"Le four de Durobor ne pourra pas indéfiniment rester allumé"

©Photo News

Frédéric Willems, déjà très actif dans le secteur du verre, a déposé un projet de reprise d'une partie des activités de Durobor. Environ 70 emplois pourraient ainsi être sauvés. Son ambition est de faire du site un leader mondial dans les verres en polymère. En attendant, la Sogepa tente de maintien le site en activité.

Déjà un repreneur pour Durobor? Après son aveu de faillite auprès du tribunal de l'entreprise de Mons le 30 avril dernier, et la désignation de deux curateurs, une première offre de reprise pour les activités de la gobeleterie située à Soignies vient d’être déposée. Frédéric Willems, le propriétaire des sociétés Decaglass et Tradyglass actives dans la décoration et la commercialisation de verres et bouteilles, a déposé une offre de reprise auprès de la Sogepa en début de semaine. Une lettre d’intention a également été envoyée à la curatelle ce jeudi. En attendant, la Sogepa s'est assurée du soutien d'une quinzaine de travailleurs pour garder le four en activité au moins jusqu'à lundi.

Ce four ne pourra toutefois pas être maintenu indéfiniment en activité compte tenu du coup des salariés, mais aussi du gaz.

Un homme "de verre"

Pour les ouvriers de Durobor, pour les syndicats et pour le site, ce projet peut représenter une belle opportunité d’avenir.
Frédéric Willems
Patron de Tradyglass

L’homme d’affaires, candidat à la reprise, n’est pas un inconnu dans le secteur du verre. Ancien responsable marketing pour les marchés belges et Luxembourgeois chez Durobor jusqu’en 2001, Frédéric Willems évolue dans le monde du verre depuis 1995. Aujourd’hui, ses activités localisées sur un zoning de Soignies depuis 2008, ont réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires consolidé (avec la petite filiale française basée à Beaune) de 9,5 millions d’euros pour un volume global de 20 millions de pièces décorées.

L'activité maintenue au moins jusqu'à lundi

Les discussions se poursuivent avec les deux candidats à la reprise de la gobeleterie Durobor. La Sogepa a donné son feu vert au maintien en activité du four jusqu'à lundi au moins. Un signe positif, selon les syndicats.

Le maintien "voudrait dire qu'une perspective de reprise de l'activité de production est discutée", salue Stefano Fragapane (FGTB).

Du côté de la CSC, on avance deux scénarios. "Un plan A, avec la reprise complète de l'outil et donc de la production de verres. C'est la piste privilégiée. Mais il faut aller vite car maintenir le four en activité coûte très cher au niveau du gaz. Le plan B est celui du candidat Frédéric Willems, des sociétés Decaglass et Tradyglass, actives dans le domaine de la décoration, et de la commercialisation de verres et de bouteilles. Quelque 70 travailleurs seraient concernés. Pour l'option A, par contre, nous n'avons ni chiffres ni nom de repreneur. Si l'intention est de reprendre l'activité de production, nous verrions mal l'outil fonctionner avec beaucoup moins que les 140 travailleurs actuels", commente Rico Zara du syndicat chrétien.

L'ambiance est morose dans les rangs des travailleurs, rapportent les organisations. "C'est le ras-le-bol et la démotivation. Certains travailleurs ont déjà vécu plusieurs faillites. La confiance est donc ébranlée."

Avec une trentaine de personnes, les activités peuvent se résumer à la décoration de verres et bouteilles pour le monde brassicole et de la boisson avec des clients comme Nestlé ou Spadel. A côté, il vient de développer une toute nouvelle activité de production de verre en matière polymère (plastique) identiques aux originaux en verre avec déjà une série de commandes pour des clients comme Chimay, Duvel, Triple Karmeliet.

Un centre de décoration du verre

Les pieds sur terre, Frédéric Willems est lucide sur les chances de réussir la relance des anciennes activités de Durobor. L’offre qu’il a déposée auprès de la curatelle et de la Sogepa porte essentiellement sur la partie décoration de Durobor. "Je pense que la production du verre n’a malheureusement plus d’avenir dans l’état actuel de l’usine, des outils et du marché général. Et même avec une nouvelle usine, vous n’avez plus le marché qui a été repris par des gros verriers. Pensez récupérer des gros volumes à des géants comme le français Arc n’est pas possible vu le coût de la main d’oeuvre".

Frédéric Willems est par contre persuadé que le pôle décoration de Durobor a encore un avenir. Outre une partie des stocks de verres gérés par la curatelle, son projet porte sur la reprise d'une série d’actifs appartenant toujours à la société Durobor Real Estate (des actifs immobiliers et des actifs de production) qui ne fait pas l’objet de la faillite et qui appartient à 100% à la Région wallonne à travers la Sogepa. " Mon projet porte sur le volet décoration de Durobor. C’est environ un quart de son activité. Je propose de reprendre l’atelier de décoration avec l’engagement d’une dizaine d’anciens travailleurs de Durobor. Je compte également installer mon activité de production et décoration de verres en polymères. L’activité est en pleine progression. L’ambition est vraiment de se positionner comme leader mondial dans ce domaine. Je viens d’acquérir une deuxième ligne de production d’une capacité de 3 à 4 millions de verres par an. L’évolution de cette activité devrait permettre de réengager plus ou moins 40 personnes dans les 5 ans. "

À côté des anciens actifs de Durobor, Frédéric Willems voudrait installer sur le site de la gobeleterie un atelier mécanique qu'il est en train de racheter. Cette activité doit assurer la flexibilité du développement de la moulerie pour l’activité de production de verres. "Cette relocalisation irait de paire avec l’arrivée de sa société Alterdecor, spécialisée dans la décoration de bouteilles de parfums, de flacons et de bouteilles d’alcool actuellement située à Gosselies."

Au total, le projet mis sur la table permettrait de faire revivre une partie du site de Durobor avec une centaine de travailleurs, dont 70 anciens travailleurs touchés par la faillite.

Discret sur l’aspect financier, Frédéric Willems estime que sa société est financièrement prête pour ce genre d’investissement. "Pour les ouvriers de Durobor, pour les syndicats et pour le site, ce projet peut représenter une belle opportunité d’avenir. Mon but est de créer un centre coordonné de décoration de verres, bouteilles et flacons de parfum en verre et la production de verres et bouteilles en matière polymère actif au niveau européen pour la partie décoration et au niveau mondial pour tout ce qui est la production de verres en polymère."

Enfin, il semblerait que le stock de Durobor soit constitué de 10 millions de pièces en verre pour une valeur comptable de quelque 4 millions d'euros.   

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