Publicité

Les communes et la Fédération pourraient faire trembler le budget wallon

Le confinement de l'économie a singulièrement creusé le déficit budgétaire de la Wallonie. ©Valentin Bianchi

Les pouvoirs locaux et la Fédération Wallonie-Bruxelles sont les principaux soucis à long terme pour les finances publiques wallonnes.

Le nouveau budget wallon pour 2022 offre une image contrastée. D’une part, il a été bouclé sans lever d’impôts supplémentaires. D’autre part, il affiche un déficit inédit de 4,1 milliards d’euros qui fait suite à trois facteurs exceptionnels: le Covid, les inondations et le plan de relance. Cela signifie que le déficit sera reporté sur la dette, qui passera à 21 milliards d’euros, contre 17 milliards en 2019 (avant la pandémie) et 8 milliards seulement en 2015.

En guise de gage de crédibilité, le gouvernement wallon s’est engagé, en s’appuyant sur l’avis d’un panel d’experts universitaires, à réduire le déficit de 1% des recettes par an au cours des dix prochaines années, soit 150 millions d’euros par an de manière cumulative.

Le hic, c’est que l’exécutif n’a pas précisé où il irait chercher les 150 millions l’année prochaine. Tout au plus a-t-il pris l’engagement de rationaliser certaines structures publiques, notamment les distributeurs d’eau.

Alors y a-t-il péril en la demeure? La Wallonie court-elle à la faillite?

600 millions en trésorerie

Giuseppe Pagano, professeur de finances publiques à l’UMons, est membre du panel d’experts universitaires qui a conseillé le gouvernement wallon. Il admet la gravité de la situation budgétaire: "On ne peut pas laisser la dette augmenter dans de telles proportions, ce n’est pas soutenable."

"Actuellement, ce sont les banques qui paient des intérêts à la Région wallonne. Cela ne sert à rien de jouer à se faire peur."
Giuseppe Pagano
Professeur de finances publiques à l'UMons

Mais il tient également à relativiser certains points. "À l’heure actuelle, la dette wallonne ne pose pas de problème insurmontable. La Région wallonne emprunte à du 0,6% sur dix ans et à des taux négatifs sur cinq ans. Actuellement, ce sont les banques qui paient des intérêts à la Région wallonne. Cela ne sert à rien de jouer à se faire peur."

Il épingle aussi un autre élément, c’est que la Wallonie a de la trésorerie. "Elle dispose actuellement de 600 millions d’euros en caisse qu'elle va pouvoir utiliser en 2022 sans faire appel aux marchés."

600
millions d'euros
La Région wallonne dispose actuellement de 600 millions d’euros en trésorerie.

Voilà pour le court terme. À moyen terme, c’est la remontée des taux qui guette ainsi que le tarissement, à partir de 2024, des flux financiers en provenance de la Flandre, à raison de 62 millions d’euros chaque année sur dix ans. Autrement dit, en 2034, la Wallonie devra se passer de 620 millions d’euros par an issus des transferts.

Cette ponction pourrait être compensée par une augmentation des recettes, mais cela suppose qu’il y ait de la croissance. "C'est le vrai problème, car sans croissance, les recettes ne progressent plus. Or, de 2008 à 2020, la croissance économique moyenne de la Wallonie était nulle en raison des crises à répétition", rappelle Giuseppe Pagano.

Pensions communales

À cela s’ajoutent plusieurs problèmes structurels. Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain et membre du think-tank Itinera, met en garde par rapport à deux points précis.

Premièrement, la Région va devoir soutenir les pouvoirs locaux mis en difficultés par la prime de responsabilité qu'ils doivent verser pour les pensions de leurs agents statutaires, nombreux à partir à la retraite. "Comme les communes ne peuvent pas se retrouver en déficit, ce sera à la Région de suppléer. La Flandre le fait déjà, la Wallonie pas encore. Or cette charge va doubler, voire tripler dans les années à venir", prévient Jean Hindriks.

Il s’inquiète également de l’avenir de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). En 2019, la dette de la FWB représentait 65% de ses dépenses. En 2020, c'est passé à 85%. Or la toute grosse part des dépenses de la FWB sont des salaires, notamment ceux des 120.000 enseignants, et la FWB n’a pas le pouvoir de lever de l’impôt. De plus, en vertu de la loi de financement, le Fédéral n’est pas tenu de porter secours à la FWB ni même de se porter garant. Cette tâche incombera dès lors à la Région wallonne.

Remontée des taux

Dans l’immédiat, il faudra scruter les taux. Tant qu’ils restent à des niveaux très bas, tout va bien. "Mais ils vont finir par remonter un jour. D’ici là il serait prudent de se mettre en ordre de bataille, c’est-à-dire de retrouver l’équilibre budgétaire et de réduire le taux d’endettement", souligne Pagano.

"Si la méfiance s’installe à l'égard de la Fédération, les taux augmenteront et la Région devra intervenir."
Jean Hindriks
Professeur d'économie à l'UCLouvain

Jean Hindriks, lui, n’exclut pas un rappel à l’ordre venu de l’extérieur. "Les marchés réagissent par rapport aux fondamentaux, en regardant notamment le ratio d’endettement." À ses yeux, la situation de la Région wallonne est liée à celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Si la méfiance s’installe à l'égard de la Fédération, les taux augmenteront et la Région devra intervenir. Les sorts respectifs de chacune des deux entités n’ont jamais été aussi liés et on aurait tort de les considérer séparément.

Le résumé

  • À court terme, les finances publiques wallonnes sont soutenables.
  • Les taux d'intérêt sont négatifs et il reste 600 millions d'euros en trésorerie.
  • À terme par contre, les pensions des agents communaux risquent de venir grever le budget wallon.
  • Mais la principale menace pour la Wallonie, c'est la situation financière précaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés