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Lutgen lance une grenade, le cdH ne veut plus gouverner avec le PS

©BELGA

Dégoûtés par les affaires, et même si leur casier n’est pas vierge, les humanistes n’entendent plus gouverner avec le PS. Le cdH lance un appel au MR, à Ecolo et à DéFI, afin de lancer de nouvelles majorités dans l’espace francophone. Un pari audacieux. Et loin d’être gagné.

C’est ce qui s’appelle débrancher la prise. Il est, à peu de chose près, 13h30, ce lundi. Et Benoît Lutgen a convoqué la presse – et indiqué à certains présidents de parti qu’il allait s’exprimer. Le président du cdH a quelque chose à dire. Et comme il ne dit pas souvent des choses…

"La cupidité de certains a dépassé tout entendement, attaque d’emblée le Bastognard. Leur ‘conscience’ sociale a été emportée par l’appât du gain. S’octroyer des jetons de présence aux dépens des plus démunis est choquant." Benoît Lutgen se dit "dégoûté". Et plus de doute possible: il attaque son partenaire socialiste de front. Son arme: l’affaire du Samusocial, qui a emporté le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur. Il fait mine de tempérer: le parti socialiste ne détient pas le monopole des affaires. (Exact; le cdH a lui-même été éclaboussé par Publifin.) "Cependant, force est de constater qu’après 30 ans de pouvoir ininterrompu, le PS porte une responsabilité écrasante dans l’ampleur et la répétition des scandales."

ça y est. Le coup est porté. Le cdH n’entend plus gouverner avec le PS – rien que cela, c’est une révolution, en terres francophones. Et dire que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) qualifiait, dimanche, Benoît Lutgen de "loyal". Celui-là même qui, le lendemain, "lance un appel" au MR, à Ecolo et à DéFI, afin de mettre en place de nouvelles majorités "positives" en Wallonie, à Bruxelles et à la tête de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Parce que, oui, à ces niveaux de pouvoir, il ne faut pas passer par la case "nouvelles élections" pour faire valser un gouvernement et changer une majorité. En fait, par la grâce de la "motion de défiance constructive", un gouvernement ne chute pas; il se remplace. Il "suffit" qu’une nouvelle majorité se dessine et porte une nouvelle équipe, ou plus simplement une même majorité mais remaniée.

Accueil mitigé. Ou glacial.

Bref, Benoît Lutgen souhaite se débarrasser du PS et le remplacer par le MR, Ecolo et DéFI – enfin, ceux qui veulent bien. Le déclencheur? Les affaires. Mais pas seulement. Le cdH tente de se refaire une santé. "Il souffre de son image de parti scotché au PS, glisse cet observateur. Quand le PS est dominant, cela permet malgré tout au cdH de monter à bord des gouvernements. Mais là, il n’est pas question de rester amarré à un bateau qui coule." Surtout que les partenaires de toujours ont fini par se déchirer et qu’une certaine rancœur s’est installée. "Sur plein de dossiers, les deux partis s’opposaient. De plus en plus. Mis sous pression par le PTB, le PS avait mis la barre à gauche toute. Et cela, ce n’était pas ce qui avait été convenu durant l’été 2014. Pas qu’en Wallonie, mais aussi à Bruxelles. Où, par exemple, le dossier des allocations familiales est bloqué depuis des mois."

Voilà ce qui explique que Benoît Lutgen se lance. Du côté des autres partis, la réaction à cet appel navigue entre le "mitigé" et le "glacial". Le MR a été le premier à réagir, à peine une heure après. Son président Olivier Chastel "répondra favorablement à un appel au dialogue politique sur l’avenir des entités fédérées". N’empêche, un bureau politique se tient tout de même durant la soirée. La question est posée. "Belle opportunité, ou cadeau empoisonné?", s’interrogent les libéraux. Auront-ils le temps de peser, d’ici 2019? En même temps, peuvent-ils se payer le luxe d’envoyer paître, eux qui piaffent dans l’opposition régionale depuis 2004?

Côté DéFI, on ne peut pas dire que le grand patron Olivier Maingain, rapatrié dare-dare de Montréal, fasse des petits bonds. "J’y vois plus une tentative de sauvetage du cdH qu’une volonté d’instaurer un changement de gouvernance. Sinon, le cdH aurait pu engager ce chantier depuis l’installation du gouvernement wallon, comme nous l’avons nous-mêmes fait en Région bruxelloise." Notez qu’Olivier Maingain n’est pas plus tendre avec le MR, "collé à Yvan Mayeur à la Ville de Bruxelles", et bien embêté par les remugles du Kazakhgate, qui a coûté son poste de bourgmestre à Armand De Decker. Quant au cdH, ce n’est pas mieux, lui qui n’est pas épargné par la saga Publifin. Le poids lourd DéFI du gouvernement bruxellois, Didier Gosuin, n’est pas plus tendre, dénonçant la "combine" du cdH. DéFI réunira ses instances ce mardi – et d’ici-là, allez savoir.

Allez savoir, c’est un peu le même combat chez Ecolo, mais cette fois-ci après réunion des instances. On caricature un brin, parce qu’en substance, les verts vont dans le même sens que DéFI. Ce qui compte, ce n’est pas l’équipe, mais le projet qu’elle porte. "Ce que les citoyens veulent, c’est un changement de système et de pratiques politiques", affirment les coprésidents Khattabi et Dupriez. Dès lors, et dès mercredi, Ecolo enverra à l’ensemble des formations politiques – PS compris, donc – les "propositions qu’il estime incontournables pour jeter les bases d’un rétablissement de la confiance des citoyens à l’égard du monde politique". Et advienne que pourra.

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