"Nous allons définitivement tourner la page de la bulle des certificats verts"

©BELGA

Le nouveau ministre wallon de l’énergie Christophe Lacroix (PS) a imaginé une nouvelle mise au frigo des certificats verts pour éponger le déficit qui se creuse dans le financement du renouvelable tout en évitant d’impacter la facture des ménages.

C’est la première interview du ministre wallon Christophe Lacroix (PS) sur l’énergie, une compétence dont il a hérité fin janvier après la démission de Paul Furlan suite à l’affaire Publifin. "En dehors des questions parlementaires auxquelles j’ai répondu, j’ai souhaité prendre le plus de recul possible sur ces matières complexes avant de m’exprimer", explique le ministre. Il sort aujourd’hui du bois pour annoncer une solution concernant la bulle des certificats verts.

Avez-vous avancé sur l’opération de temporisation des certificats verts, qui doit être opérationnelle pour le 1er octobre?
Oui. Sur ma proposition, le gouvernement a adopté mardi une solution pour gérer la bulle des certificats verts, et même pour tourner définitivement la page dans ce dossier. Cette bulle a été créée dès 2008 par un système certes généreux mais mal calibré (le ministre wallon de l’Energie était alors le cdH André Antoine, NDLR). Le ministre suivant (l’Ecolo Jean-Marc Nollet, NDLR.) n’a pas non plus pris des mesures suffisantes pour contrer cette bulle.

Comme vous le savez, je dois maintenant arriver avec une solution pour le 1er octobre, sinon la surcharge Elia va augmenter et impacter la facture des consommateurs wallons. J’ai proposé une nouvelle opération de temporisation. Mais contrairement à la mise au frigo précédente, les volumes de cette opération seront monitorés année après année, jusque fin 2022, avec la possibilité d’une éventuelle prolongation si le marché ne permet pas à ce moment-là que l’offre et la demande de certificats verts se rejoignent. Cette opération va permettre d’éviter une augmentation de la facture d’électricité des ménages de 40 euros par an, en moyenne. Et cela va garantir aux entreprises l’exonération à laquelle elles ont droit, et qui est gelée pour l’instant par Elia.

Mais qui va procéder à cette nouvelle mise au frigo des certificats verts?
Nous avons opté pour un mécanisme de financement en interne. Il n’y aura plus recours à un partenaire privé, comme lors de l’opération menée par notre prédécesseur. Les conditions de marché font que le financement d’une telle opération s’est complexifié, et que nous aurions eu moins de candidats. Nous aurions également dû payer des fees de 5 à 10 millions d’euros par an, ce qui pour moi était assez inacceptable.

Et comme j’ai également la casquette de ministre du Budget, je me suis rendu compte que les réserves de trésorerie des unités d’administration publique qui font partie du périmètre de la Région wallonne avaient quasiment triplé en dix ans. J’ai pris contact avec ces unités d’administration publique pour que les réserves dont elles disposent servent notamment à financer cette opération. Nous avons besoin pour cette année de 180 millions d’euros.

Cela va permettre d’économiser les 5 à 10 millions de rémunération annuelle que nous aurions dû payer à un partenaire privé. Cela évite d’alourdir l’endettement de la Wallonie, puisque l’opération se fait en interne, sous forme d’un prêt sans intérêt de ces unités d’administration publique à la Région wallonne. Et cela leur permet d’éviter des intérêts négatifs potentiels sur cette trésorerie, ce qui représente pour elles une économie de 1,5 million d’euros par an, puisque les banques nous ont annoncé que sur des montants positifs importants, elles allaient commencer à appliquer des taux d’intérêt négatifs.

Qui sont ces unités d’administration publique qui vont financer l’opération?
Il s’agit par exemple de la Sogepa, du Forem, de l’Avic, de la Société wallonne du logement ou de la Spaque. Nous en avons contacté un certain nombre, et elles ont marqué un accord de principe. Nous allons maintenant avoir des négociations bilatérales avec chacune d’entre elles, et voir année après année combien elles peuvent nous prêter. Car il ne s’agit pas d’un trésor de guerre, mais de moyens destinés à leur permettre de répondre à leurs missions. Leur rôle n’est pas de mener une opération d’extermination de la bulle des certificats verts, mais elles vont y contribuer, et je les salue pour cela. Nous allons solutionner un problème important de manière innovante.

Avez-vous vraiment l’assurance que cela va permettre de régler le problème?
Oui. Comme nous faisons cette opération en interne, elle est plus facile à monitorer et plus facile à prolonger si nécessaire. Il ne s’agit pas de reporter le problème à plus tard, mais de faire en sorte que la bulle se dégonfle progressivement. Le marché va nécessairement revenir à l’équilibre avec la fin du mécanisme Solwatt, et donc cette bulle va s’éteindre. Cela va permettre de passer à autre chose.

Dans le photovoltaïque toujours, le régulateur prévoit de faire contribuer, à partir de 2019, les propriétaires de panneaux aux frais de réseau. C’est aussi un dossier réglé?
C’est une proposition de la Cwape, dans son rôle de régulateur indépendant et neutre, et qui fait l’objet d’une consultation. Je n’ai pas à intervenir dans cette décision qui n’est ni rouge, ni verte, ni jaune ni bleue. Mais je pense qu’elle lève une certaine injustice. L’ensemble des ménages wallons devait supporter le surcoût de l’injection sur le réseau de l’électricité produite par les 130.000 ou 135.000 détenteurs de panneaux photovoltaïques. La position de la Cwape, qui est lourde à porter, met fin à cette injustice. Et même si une surcharge est exigée des propriétaires de panneaux, je rappelle que le photovoltaïque est un investissement rentable, qui rapporte 7 à 8% par an, surtout pour les installations du régime Qualiwatt, qui tient compte de l’introduction de ce tarif prosumer. Il faut dépassionner le débat et le rendre plus objectif, en rappelant l’intérêt d’investir dans le photovoltaïque, qui va jouer un rôle important pour atteindre l’objectif de 100% de renouvelables à l’horizon 2050.

Et ses objectifs pour 2020, la Wallonie va-t-elle pouvoir les tenir, alors que les nouvelles installations se font à un rythme moins soutenu que prévu?
Dans le grand photovoltaïque, les résultats sont assez exceptionnels. C’est vrai par contre qu’on a un souci pour le petit photovoltaïque. Et dans l’éolien, on sait que les recours empêchent un certain nombre de projets de ce faire. Mais avec les projets en cours, on y arrivera. Et concernant le petit photovoltaïque, je veux renverser la vapeur et restaurer la confiance, en encourageant les gens à investir. C’est beaucoup plus intéressant qu’un livret d’épargne!

Décodage: la bulle des certificats verts

Le système wallon de soutien à l’énergie verte est à nouveau en déséquilibre, malgré la révision à la baisse des subsides au photovoltaïque, les enveloppes mises en place pour contrôler le développement des nouvelles installations renouvelables et la mise au frigo d’un paquet de certificats verts par Ecetia.

Le nombre de certificats verts octroyés aux producteurs est très supérieur au nombre de certificats que les fournisseurs sont obligés de racheter. Un déséquilibre dû à l’ancien système de soutien au photovoltaïque, Solwatt, trop généreux.

Des millions de certificats verts affluent donc chez Elia, obligé de les racheter à 65 euros. Et le niveau actuel de la surcharge Elia, payée par les consommateurs wallons, n’est plus suffisant pour couvrir cette obligation. La Cwape chiffre le déficit à 600 millions d’euros environ d’ici 2024.

Le gouvernement wallon a donc décidé de retirer du marché les certificats verts excédentaires. Une opération de temporisation dont le ministre Lacroix nous dévoile aujourd’hui les contours.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content