Objectif 100.000 emplois pour le nouveau gouvernement wallon

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Parmi les grandes ambitions du nouvel exécutif wallon, PS, MR et Ecolo veulent augmenter de 5% le taux d’emploi d’ici la fin de la législature.

Avec un chômage qui oscille sous la barre des 200.000 unités, un taux d’emploi d’à peine 63,7%, la Wallonie tire la langue. Ce n’est évidemment pas neuf. Le sud du pays vit avec ce handicap depuis de nombreuses années et même si les choses s’améliorent, notamment sur le front du chômage, cela reste un boulet pour l’économie, le pouvoir d’achat et les entreprises. Avec moins de deux tiers de la population en âge de travailler qui participe au marché du travail, c’est toute la société wallonne qui encaisse.

4 milliards €
L’ambition est là. D’ici la fin de la législature, le nouvel exécutif wallon espère créer environ 100.000 emplois. Pour y arriver, il va investir 4 milliards dans des grands travaux.

Comme les précédents gouvernements, le nouvel arc-en-ciel wallon a rangé cette problématique dans les dossiers urgents à régler sous la législature. On n’éradiquera évidemment pas le problème en 5 ans mais le texte de l’accord passé entre le PS, MR et Ecolo entend jeter les bases du changement. "Le gouvernement poursuivra comme objectif d’augmenter le taux d’emploi, c’est-à-dire faire participer davantage de Wallonnes et Wallons au marché du travail, et favoriser la création d’emplois durables et de qualité", précise le texte.

Pour objectiver les choses, les négociateurs font le pari de créer 100.000 postes en 5 ans. C’est le chiffre qui a été mis sur la table au moment de rédiger la Déclaration de politique régionale (DPR). Cet objectif ambitieux qui rappelle celui de Guy Verhofstadt ne se retrouve pourtant pas dans la DPR. "On n’a pas voulu s’enfermer dans un chiffre", reconnaît un négociateur. Un autre souligne qu’il faut être "rigoureusement prudent avec ce genre de déclaration, car tout dépend de l’année de référence". Bref, plutôt que de se lancer sur un chiffre sexy mais risqué, la DPR fait un pari et "se fixe comme objectif que le taux d’emploi atteigne 68,7% à l’horizon 2025, s’inscrivant dans une perspective de plein-emploi en 2030".

"Le gouvernement poursuivra comme objectif d’augmenter le taux d’emploi, c’est-à-dire faire participer davantage de Wallonnes et Wallons au marché du travail, et favoriser la création d’emplois durables et de qualité."

Pour créer ces milliers d’emplois, les nouveaux ministres vont injecter 4 milliards d’euros dans une série de chantiers autour de l’isolation des bâtiments, la recherche et le développement, le logement…

Le pari s’annonce très ambitieux, analyse Philippe Donnay, commissaire au Bureau fédéral du Plan. "Augmenter de 5% le taux d’emploi, cela revient à créer 120.000 nouveaux postes sous la législature. À politique constante sans nouvelles mesures, on peut dire que la Wallonie va créer 51.000 emplois. C’est notamment dû au vieillissement de la population, estime l’expert. Il faudra donc plus que doubler la création d’emploi naturelle."

"Augmenter de 5% le taux d’emploi, cela revient à créer 120.000 nouveaux postes sous la législature."
Philippe Donnay
commissaire au Bureau fédéral du Plan

Si ce n’est pas impossible, le gouvernement va devoir en même temps composer avec un assainissement budgétaire annoncé dans le sud du pays pour revenir à l’équilibre budgétaire en 2024. "Cet assainissement budgétaire va intervenir à un moment ou un autre. Or, si on diminue les dépenses de l’État, si on ne remplace pas les fonctionnaires qui partent à la pension, c’est du pouvoir d’achat et des postes qui disparaissent. D’une certaine manière, on détruit de l’emploi direct et indirect. En Belgique, 1% d’assainissement coûte 0,6% en termes de croissance. Il faut bien se dire qu’il n’y a rien de neutre", explique le commissaire. Il rappelle au passage que la productivité belge est en baisse depuis deux ans. L’autre élément clé que le gouvernement wallon devra tenir à l’œil, c’est sa stratégie d’investissements qui entend mener dans certains secteurs clés en parallèle aux assainissements. "Tout gouvernement doit analyser la faisabilité de l’investissement public au niveau budgétaire, au niveau du timing. Il y a aussi le problème des ouvriers qualifiés nécessaires. Ils ne sont pas faciles à trouver. Il faut aussi se demander quels types d’emplois on veut créer en Wallonie. Le chômage conjoncturel wallon n’est pas très élevé. C’est surtout du chômage structurel. Il faut donc créer de l’emploi structurel."

Reste la question du financement. Le gouvernement wallon pourrait emprunter, et donc s’endetter, pour financer de nouvelles politiques. "S’endetter pour de l’investissement net peut avoir du sens mais dire que cela ne coûte rien parce que les taux sont bas, c’est faux. Le jour où les taux remonteront, l’endettement ne sera pas remboursé et la charge de la dette va exploser."

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