Seule une société sur quatre développe la Wallonie

©Bea Uhart

Un logiciel développé par la SPI et le Pr Didier Van Caillie (ULg) a permis d’identifier près de 104.000 sociétés en Wallonie, dont 23.000 ont un impact sur l’environnement socio-économique.

Selon nos informations, la SPI a mis au point un logiciel assez puissant permettant de jauger de la solidité financière d’une entreprise. Baptisé Leodica, il a été développé en collaboration avec Didier Van Caillie, professeur à HEC-Université de Liège et directeur du Centre d’étude et de la performance des entreprises (Cepe).

"Leodica permet beaucoup de choses. Grâce aux différentes données que le logiciel peut traiter, on peut connaître la manière dont une entreprise a maîtrisé la croissance durant les trois dernières années. Les résultats permettent aussi d’appréhender la solidité financière d’une entreprise et sa pérennité" (Benoît Collet, analyste et conseiller en mobilité à la SPI)

Le Pr Van Caillie voit aussi d’autres avantages à Leodica. "Le principal objectif de Leodica est qu’il permet d’avoir une vision claire de la nature des acteurs économiques sur un territoire. Il permet de paramétrer des données au niveau local et de remonter jusqu’au niveau national. Elle permet d’identifier les entreprises structurantes, c’est-à-dire celles qui ont une valeur contributive au niveau local", renchérit-il.

Liège et le Hainaut en tête

D’après lui, une entreprise structurante se définit par son impact sur l’emploi direct et indirect, son attachement au territoire (entendez par là les investissements qu’elle y a consentis) ainsi que par un profil de risque financier et de délocalisation relativement faible. À titre d’exemple, des entreprises comme le motoriste aéronautique Safran Aero Boosters (ex-Techspace Aero) ou l’entreprise technologique EVS sont considérés comme des entreprises structurantes en Province de Liège. Dans le Brabant wallon, Benoît Collet évoque GSK, et dans le Hainaut, Alstom.

→ Quel constat tirer?

Sur la base des entreprises qui ont un minimum d’actif de 1.000 euros et ont déposé leur compte à la Banque nationale, la SPI a dénombré, à fin juillet 2017, un total 103.961 entreprises en Wallonie et quelque 457.000 entreprises au niveau national.

"Leodica permet de cerner la solidité financière d’une entreprise te sa pérennité."
benoît collet
analyste à la spi

Parmi elles, Leodica a identifié 22.795 entreprises structurantes en Wallonie, soit près du quart qui totalise plus de 80% de l’emploi direct et plus de 90% de la valeur ajoutée. La répartition des entreprises structurantes indique que le Hainaut et la province de Liège abritent le maximum d’entreprises structurantes, respectivement 31% dans le Hainaut et 30,7% à Liège. Les données confirment que les deux provinces sont les locomotives économiques de la Wallonie et que le développement du sud du pays ne peut être garanti que si ces deux provinces renouent avec la croissance.

La répartition des emplois équivalents temps plein (ETP) confirme le statut des deux provinces du Hainaut et de Liège.

©Mediafin

Concrètement, Leodica permet de calculer la valeur ajoutée par personne occupée (vapo) d’une entreprise et son ratio cash flow/dettes. "La vapo permet de comparer des entreprises de tailles différentes un peu à l’image du PIB qui permet de comparer deux pays. Une valeur ajoutée par personne occupée d’au moins 50.000 euros d’une entreprise signifie qu’elle a créé des emplois de qualité. La valeur ajoutée territoriale englobe non seulement la valeur ajoutée économique mais aussi la vapo et l’effet sur l’emploi. Leodica tient compte aussi du ratio de solvabilité", poursuit Benoît Collet. "Parfois quand on fait la démonstration à certains dirigeants d’entreprise, ils sont surpris des résultats car on arrive à leur révéler des choses qu’ils ignoraient pratiquement sur leurs activités ou la pérennité de celles-ci", sourit-il.

Comment ça marche?

Grâce à Leodica, la SPI a identifié des critères permettant de classer une société dans la catégorie des entreprises structurantes. Pour ce faire, il fait afficher une valeur ajoutée territoriale (valo) d’au moins 25 sur 50. La valo intègre notamment la valeur ajoutée économique de l’entreprise ainsi que l’impact de ses activités sur l’emploi direct et indirect. La part des actifs immobilisés (machines, bâtiments, etc.) sur le total des actifs et la valeur ajoutée par personne occupée (vapo) sont également prises en compte. Ces éléments donnent un tableau de bord assez précis de la santé financière d’une entreprise et de son impact sur le territoire où elle est implantée. L’outil développé par la SPI permet aussi de cerner l’indépendance financière de l’entreprise étudiée (trésorerie, cash flow d’exploitation, etc.). 

Appliqué au dossier Caterpillar

D’après Didier Van Caillie, les acteurs du dossier Caterpillar à Charleroi ont utilisé Leodica dans leur approche. Il aurait contribué à détecter avec plus de précision les sous-traitants de l’entreprise (frappée par une décision de fermeture) et à mieux cibler les mesures d’accompagnement pour garantir leur efficacité. En gros, Leodica a contribué à dégager les priorités de développement de la région après le drame de la fermeture de Caterpillar.

Outre le poids territorial d’une entreprise, Leodica permet aussi d’identifier quand une entreprise est à l’étroit dans le lieu où elle est implantée. L’outil, combiné éventuellement avec d’autres données, peut aider les opérateurs économiques à aiguiller l’entreprise vers d’autres sites où elle peut déployer davantage ses activités avec des indications sur les sous-traitants adéquats et les potentiels clients en demande de ses produits.

Grâce à ces données et leur traitement, la SPI peut mieux cerner les problèmes des entreprises afin de les aiguiller vers l’outil économique wallon le plus à même de leur apporter de l’aide (Meusinvest, Sowalfin, SRIW, Sogepa, etc.). "Ainsi, ils ont une idée sur le profil des entreprises avant de les approcher et peuvent mieux répondre à leurs desiderata", précise Benoît Collet.

Une convention est en cours de finalisation avec l’Agence pour l’entreprise et l’innovation (AEI) pour rendre Leodica accessible aux projets financés via les subsides européens (Feder). D’après la SPI, Leodica peut être utilisé pour réaliser le même travail à Bruxelles et en Flandre.

En finançant la mise au point d’un outil comme Leodica, la SPI veut aussi élargir la palette de ses services et ne veut plus apparaître comme un simple promoteur immobilier qui développe des zonings industriels. "Il y a aujourd’hui une évolution et notre activité dépasse la simple vente de terrains dans les parcs d’activités économiques", soulignent les dirigeants de la SPI.

Que fait la SPI
  • Active depuis plus de 50 ans, la SPI est l’agence de développement économique en province de Liège. Elle occupe à fin 2016 environ 103 collaborateurs.
  • Son bilan de 2016 indique qu’elle gère 60 parcs d’activités économiques affichant un taux d’occupation de plus de 90%.
  • Elle gère aussi 60 infrastructures d’accueil dont 45 bâtiments-relais et 15 espaces pour entreprises.
  • Les parcs et bâtiments de la SPI abritent 2.664 entreprises qui occupent environ 46.232 travailleurs.
  • La SPI a investi, l’an dernier, 7,5 millions d’euros dans des zonings. Elle est impliquée dans l’aménagement de zones économiques autour de Liège Airport et du Trilogiport.

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