Trop de surfaces commerciales en Wallonie

©RV DOC

Une étude de l’ULg montre que le commerce wallon s’affaiblit à cause du développement débridé de l’offre commerciale. A de nombreux endroits, les surfaces commerciales vides se multiplient.

Huy. Petite ville liégeoise d’un peu plus de 21.300 habitants, mais seizième destination commerciale de Wallonie tout de même, avec ses 190 points de vente. Depuis peu, l’entité fait partie du club (pas si) fermé des 23 nodules commerciaux du sud du pays à présenter un taux de cellules vides dépassant les 20%, rejoignant ainsi Charleroi, Eupen, Herve, Jemappes ou encore Genappe.

Préoccupant, alors que le turn-over communément considéré comme acceptable oscille entre 5 et 10%. Pourtant, les bords de Meuse hutois se portaient bien il n’y a pas si longtemps. Mais les pouvoirs locaux se sont eux-mêmes tiré une balle dans le pied, en autorisant la construction à Ben-Ahin, quelques kilomètres plus loin mais toujours au sein de la même commune, d’un shopping-center d’une trentaine d’enseignes qui a vidé en grande partie le centre de Huy de son activité commerciale.

Nouveaux complexes

"Cet exemple est typique de l’effet néfaste qu’un retail park peut avoir", glisse Guénaël Devillet, directeur du SEGEFA, le service d’étude en géographie économique de l’université de Liège qui publiera le 18 février un "Atlas du commerce en Wallonie".

Un ouvrage d’une centaine de pages et de planches, réalisé suite à une double mission confiée par le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt (PS).

La première visait à identifier les comportements d’achat des consommateurs, grâce à une enquête réalisée auprès de 16.000 ménages. La seconde avait pour ambition de répertorier l’ensemble des points de vente présents sur le territoire, dans le but de créer LOGIC, un outil d’aide à la décision pour les communes amenées à se prononcer quant à l’implantation de nouveaux complexes sur leurs terres, depuis que les pouvoirs locaux sont les seuls à octroyer le permis nécessaire.

Or l’objectif de cet atlas est précisément de freiner les ardeurs communales et "l’effet L’Oréal" (comme on le surnomme au SEGEFA) qui semble agir sur certains bourgmestres, convaincus que leur entité le vaut bien. Quitte à mettre sérieusement en danger l’offre commerciale de leurs voisins et non pas à créer, mais à simplement relocaliser de l’emploi existant…

Huy est loin d’être le seul exemple de choix politiques discutables. L’Atlas recense pas moins de 32.000 points de vente en Wallonie (soit 6.138.000 mètres carrés), dont 13% sont actuellement inactifs. Surtout, les espaces dédiés à une activité de vente ne cessent d’augmenter. Entre 2010 et 2012, le SEGEFA a relevé 200.000 mètres carrés de surfaces commerciales supplémentaires, ce qui correspond à 3,2% de l’offre totale ou encore à l’offre d’une commune comme Tournai!

Pas visibles, mal situés

Étonnamment, 10% de ces nouveaux espaces ne sont pas occupés, parce qu’ils ne correspondraient pas aux attentes des enseignes. Pas assez visibles, pas suffisamment accessibles, mal situés…

Car c’est essentiellement en périphérie que ces mètres carrés supplémentaires sont construits, alors que l’offre est déjà abondante.

Le SEGEFA a, par exemple, estimé que seul 0,2% de la population wallonne doit rouler plus de 15 minutes en voiture pour aller faire ses courses dans un supermarché. Cet étalement périphérique conduit parallèlement à l’affaiblissement des centres-villes historiques, qui doivent lutter pour retrouver (ou conserver) leur attractivité.

Faut-il dès lors stopper toutes les constructions dans les campagnes? Guénaël Devillet n’ira pas jusque-là. "Le commerce est une fonction induite et vivante, où l’on constatera toujours des changements et des innovations, indique-t-il. Mais il faut pouvoir orienter les investissements pour que l’ensemble de la polarité y trouve son compte." Bref, éviter les concurrences stériles.

"D’autant qu’il est important de garder des terrains disponibles pour d’autres types d’activités qui généreront plus de valeur ajoutée, alors que la Wallonie mise de plus en plus sur la logistique", ajoute-t-il.

Sans oublier que l’e-commerce devrait prochainement changer la donne en mettant certains magasins "physiques" hors-jeu, amplifiant encore la problématique des cellules vides. "Nous avons estimé que 1,6% des dépenses wallonnes annuelles sont effectuées sur internet. Mais ce pourcentage est en augmentation continuelle. Plus il se développera, plus il ‘mangera’ des mètres carrés commerciaux…"

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