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2.600 fonctionnaires flamands débarquent à Tour & Taxis

©thomas ost

Annoncés voici trois ans déjà, les premiers fonctionnaires flamands investissent leur nouveau QG. D’ici fin 2017, ils seront 2.600 à y prendre leurs quartiers pour 18 ans au moins.

Mardi 28 août. Nous sommes autorisés par le maître d’ouvrage Extensa à visiter les lieux avant l’arrivée des occupants. Et même à aborder avec lui les questions qui fâchent ou ont fâché: la mobilité et la sécurité. Suivez le guide.

À l’entrée du site de Tour & Taxis, les portes du complexe de bureaux Herman Teirlinck, le nouveau centre administratif flamand (VAC), sont entrouvertes. La poussière et le bruit des derniers mois sont retombés. En façade du moins. À l’intérieur, on s’active encore à tous les étages pour régler les systèmes de contrôle électroniques, poser les derniers parquets ou meubler les espaces communs. Comme le grand restaurant, d’une capacité de 500 places, capable de servir 1.500 repas et où tout devra être huilé dès le premier midi pour monter en puissance ensuite. La salle de gym, elle, est encore inaccessible: on pare au plus pressé.

Visite à 360°

Notre guide du jour est Kris Verhellen, le CEO d’Extensa, bras de promotion immobilière du Groupe Ackermans & van Haaren (AvH), propriétaire et développeur du site. Il décompresse, peut enfin savourer le résultat de 30 mois de chantier et parcourir en primeur avec notre équipe, dont un photographe et un caméraman, les quelque 50.000 m² d’espaces de travail répartis sur 14 étages (avec la tour). Juste avant que le personnel de la Communauté flamande investisse le socle de six étages agrémentés d’un atrium central ouvert au public et de deux jardins intérieurs.

"Le bâtiment Herman Teirlinck sera une petite ville à dimension humaine."
Willem jan neutelings
architecte

Dès le premier abord, les détails du projet signé par l’architecte néerlandais Willem Jan Neutelings rappellent les bâtiments emblématiques des années Trente, avec un petit clin d’œil à la gare du Nord voisine – confort et techniques dernier cri inclus, bien sûr. La sécurité est forcément devenue une des priorités au sein des infrastructures; mais elle y est discrète et l’espace relativement ouvert. Il restera d’ailleurs accessible au visiteur lambda au niveau de l’atrium central et de certains communs du rez-de-chaussée, où trône un poste de contrôle circulaire vitré qui aura les yeux rivés sur des centaines de caméras discrètement – et, fait plus rare, esthétiquement – logées à tous les étages. "Nous avons voulu prolonger dans le VAC l’ambiance d’ouverture unique que l’on trouve dans l’atrium central de l’Entrepôt Royal voisin. Le bâtiment Herman Teirlinck n’est pas lui non plus un espace de bureaux commun. Ce sera une petite ville à dimension humaine pour tout qui y travaille ou vient y flâner", ose l’architecte néerlandais Willem Jan Neutelings.

Multipliés par deux

Avec l’arrivée imminente des fonctionnaires flamands progressivement regroupés dans leur nouveau QG, près de 5.000 personnes travailleront bientôt sur le site de Tour & Taxis. Autour du nouveau parc public-privé de 9 hectares, 1.800 logements (dont 115 viennent d’être inaugurés) devraient progressivement sortir de terre durant les dix prochaines années. Mais le promoteur y promet également deux écoles ou une maison de repos avec soins de 200 lits. Et dès 2019, derrière l’Entrepôt Royal, la gigantesque Gare Maritime (75.000 m² hors sol bientôt développés), bien connue des aficionados du festival Couleur Café, accueillera sous sa toiture rénovée un mix de bureaux et commerces répartis sur près de 40.000 m² au total.

Á la découverte du nouveau Centre administratif flamand

Le retour à la brique

La plupart des nouveaux immeubles de bureaux se drapent de peaux de verre, plus "flashy" les unes que les autres. Neutelings, lui, a résolument opté dès l’entame du projet, en 2013, pour une façade en brique. Et à l’ancienne, posée à la main. à la grosse louche (ou truelle), environ 500.000 petits rectangles jaunes cuits au four, alignés trois par trois. "Trouver la main-d’œuvre encore capable de mettre en œuvre dans les règles cette peau originale a été un des casse-tête de l’entrepreneur (Van Laere, NDLR)…", lâche Kris Verhellen. Il y a bien sûr l’aspect esthétique extérieur, qu’on aime ou pas, mais qui a le mérite d’être intemporel et de ne pas trancher autant que le siège voisin de l’IBGE avec les autres bâtiments centenaires du site. Le bureau d’architecture Neutelings Riedijk, qui a conçu ce projet et l’a mené à bien en partenariat avec le bureau belge Conix RDBM, a la réputation de dessiner des bâtiments massifs, surtout si le volume – comme c’est le cas ici – est imposant. À l’intérieur par contre, l’architecte n’a pas opté pour un atrium monumental et démesuré comme dans le siège voisin de la KBC, où les déperditions d’énergie sont, elles aussi, monumentales. Pas de déperdition d’espace non plus dans les communs et les couloirs, où la lumière naturelle est privilégiée: les concepteurs ont voulu qu’on sente les saisons de l’intérieur. Le toit verré central participe à ce souhait, tout comme les jardins intérieurs et la présence, discrète mais fréquente, du bois dans les parements et sur les sols. "Dès le début du chantier, nous avons travaillé de concert avec les décorateurs. Leur création n’a donc pas été, comme c’est souvent le cas, ‘plaquée’ au dernier moment", insiste l’architecte.

©rv doc

D’un point de vue plus technique, cette peau de brique a surtout permis de réaliser un immeuble de bureau (quasi) passif, particulièrement économe en énergie. Avec une immense façade en verre, refroidir naturellement les espaces de bureaux durant les mois d’été est quasi impossible. "La patine du temps fait qu’un mur de briques vieillit souvent mieux que la plupart des autres matériaux et dérange moins l’œil de la plupart des gens", ajoute Willem Jan Neutelings. Économiquement enfin, il est faux de croire que la main-d’œuvre exigée fait exploser les coûts de construction. Ceux-ci tournent autour de 1.250 euros le m²; un prix de revient aligné sur ceux du marché belge du bureau neuf.

Sécurité dans les étages

Les derniers étages sont uniquement accessibles avec badge. Meublés simplement, ils attendent juste les fonctionnaires et leur mobilier. Il faut gagner le 4e étage, celui où est logé le service des facilités, pour trouver des bureaux habités. On y organisait, lors de notre visite, une petite réception à l’attention des premiers occupants, censés préparer et encadrer au mieux l’arrivée du gros du contingent. Une transhumance massive qui ne sera sans doute pas, malgré la préparation bien huilée, un long fleuve tranquille.

Pas un seul fonctionnaire n’a en effet encore reçu un espace de travail dédié. Au total, 1.800 espaces de travail – offrant chacun en moyenne une surface de 20 m² – doivent suffire pour 2.600 fonctionnaires. Des espaces de relaxation, de lecture et/ou de travail sont également prévus au sein des jardins intérieurs. D’ici quelques années, les arbres récemment plantés y atteindront plus de cinq mètres de haut: d’énormes tuteurs sont déjà dressés pour les sécuriser.

Économie d’échelle

Au terme du parcours guidé, une des questions qui taraudent le visiteur est de savoir si ce nouvel écrin de l’administration flamande a coûté cher à son futur occupant. Et surprise: le déménagement et la centralisation de ses fonctionnaires devraient se solder par une sérieuse économie d’échelle pour le gouvernement régional. La facture locative annuelle des espaces de travail, vu la rationalisation, chute en effet de 12 à environ 8,8 millions d’euros. Le bail initié avec Extensa dès mai 2014, qui a remporté le marché au nez et à la barbe de ses trois concurrents (AG Real Estate, Befimmo/Fedimmo et Immobel), porte jusqu’en 2036 (18 ans) au moins. Il a permis au promoteur de négocier dès l’année suivante la vente de ses murs avec promesse d’occupation – donc rentabilisés à long terme – pour quelque 200 millions d’euros avec l’assureur suisse Bâloise. Une coquette somme, qui permet à Extensa de poursuivre ses quelque 300.000 m² de développements prévus sur son terrain de jeu aux contours enfin précisés dans un Plan particulier d’affectation du sol délivré par la Ville au terme de 15 années (au moins) de longue lutte.

©thomas ost

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