3 millions d'euros détournés à l'École européenne de Bruxelles

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L’ancien comptable de l'École européenne à Uccle est jugé pour avoir détourné de l'argent six années durant. Il avait monté un système très simple de double facturation, qui n’a été repéré que tardivement.

Il aura fallu six années pour se rendre compte que les virements de loi sociale opérés par l'École européenne étaient, pour moitié, transférés vers un compte privé. Ce laps de temps extrêmement long a coûté très cher à l’école uccloise, un établissement prestigieux qui accueille 3.400 élèves de maternelles, primaires et secondaires et emploie 400 enseignants. La facture finale s’élève à trois millions d’euros.

L’affaire Jacques D., du nom du comptable historique (embauché en 1973) de l’Ecole européenne de Bruxelles a été évoquée ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. L'homme, aujourd’hui âgé de 68 ans, est renvoyé en justice pour "faux et usage de faux", "abus de confiance" et "blanchiment". Il comparaît en compagnie de plusieurs de ses enfants, de son épouse et de plusieurs hommes de paille présumés. Le dossier sera jugé au mois de novembre.

Mais que s'est-il passé?

Tout commence le 25 mai 2012. L’École européenne de Bruxelles I dépose une plainte avec constitution de partie civile, pour un préjudice de 104.490 euros. Dans la foulée, elle licencie son comptable pour faute grave.

2,937 millions
d'euros
C'est le montant détourné, entre juillet 2006 et mai 2012, par l'ancien comptable de l'Ecole européenne à Uccle.

Une enquête est lancée. La CTIF -la cellule de traitement des informations financières- passe au crible les comptes de Jacques D. et de ses sociétés. Un audit est opéré par le cabinet KPMG. Celui-ci démontrera toute l’étendue de la fraude présumée: 2,937 millions d’euros détournés entre juillet 2006 et mai 2012.

Quel était le mode opératoire? Jacques D., qui dispose du pouvoir de signature des comptes bancaires de l’école, a créé une SPRL. "Habitation domotique piscine et jardins" est en fait une entité complètement creuse. Son unique intérêt est de disposer du même acronyme (HDP) que le secrétariat social "Hulp voor De Patroons".

Grâce à cela, chaque paiement versé à la caisse sociale pouvait être facilement doublé d’un autre paiement vers la SPRL. Une simple copie couleur de la facture du secrétariat social venait s’ajouter aux comptes de l’école, en guise de pièces justificatives. De quoi garder cette entourloupe dans l'ombre.

En parallèle, d’autres virements frauduleux ont été exécutés vers les comptes de la SA Garner Immobilière. Les actionnaires et administrateurs de cette société n'étaient autres que les enfants de Jacques D.; et ce de 2007 à 2013. Ensuite, ils ont laissé leur place à plusieurs hommes et femmes de paille, radiés d’office des registres de population belges.

Cette société n’avait également aucun autre but que d’être le réceptacle de fonds soustraits à l’École européenne. Les renseignements fiscaux, obtenus par l’enquête, prouveront que cette société n’a eu qu'un seul client en 2011, aucun en 2012.

Enfin, plus de 270.000 euros ont été directement versés sur le compte BNP Paribas Fortis de l’épouse de Jacques D., sans autre justificatif.

Jacques D. affirme avoir agi sous l’emprise d’une maîtresse et d’un de ses hommes de paille. Il a reconnu les faits et été placé sous mandat d’arrêt en juin 2015. Il a passé ensuite quatre mois en détention préventive.

Ni ses avocats, Mes Catherine Toussaint et Édouard Huysmans, ni celle de l’École européenne de Bruxelles 1, Me Muriel Gillet, n’ont souhaité s'exprimer.

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