analyse

À Bruxelles, l'implantation territoriale de la plupart des partis s'est durcie

©Debby Termonia

La division spatiale, sociodémographique et politique intrabruxelloise apparaît plus affirmée depuis les élections du 26 mai, selon le Cevipol.

L’implantation territoriale de la plupart des partis s’est durcie en Région bruxelloise, ressort-il du cahier du centre d’Étude de la vie politique de l’ULB consacré à la refonte du paysage politique bruxellois à l’issue du méga scrutin du 26 mai dernier. Concrètement, cela signifie que les gagnants ont plus engrangé dans leur zone de force que dans les espaces où ils sont moins forts, tandis que les perdants ont plus perdu dans leur zone de faible ancrage que dans leurs bastions.

"D’un point de vue politique, cette élection traduit de la sorte une forme de polarisation intrabruxelloise dans un contexte de mouvements importants de population à l’intérieur du territoire bruxellois et entre Bruxelles et sa périphérie. Cette exacerbation renvoie à une division spatiale et politique entre le nord et l’ouest vs le sud-est, renforçant, entre autres, une fracture socioterritoriale intense entre quartiers pauvres et riches", observent Pascal Delwit et Émilie Van Haute, qui considèrent que cette dualisation des implantations territoriales sera un enjeu important en termes de cohésion sociale.

"Cette dualisation des implantations territoriales est un enjeu important pour les années à venir en termes de cohésion sociale."
Pascal Delwit et Émilie Van Haute
Politologues du Cevipol

La difficulté grandissante du PS à compter dans les communes du sud de la capitale et, à l’inverse, le poids décroissant du MR dans les communes jouxtant le canal avaient été pointés rapidement après la publication des résultats des dernières élections. Ce constat est largement confirmé par les calculs effectués par les politologues du Cevipol. Prenons les socialistes bruxellois qui ont perdu deux députés fédéraux sur cinq mais qui restent de justesse le premier parti au niveau régional.

Molenbeek, Koekelberg et Saint-Josse se présentent comme trois îlots auxquels s’ajoute une présence encore consistante à Bruxelles et Anderlecht. En revanche, la dimension désertique de l’implantation socialiste dans les communes du sud-est est de plus en plus palpable. Le sévère recul du PS est, en effet, plus prononcé dans ce qui constituait déjà ses zones de faiblesse: Woluwe-Saint-Pierre (-45% des voix par rapport à 2014); Watermael-Boitsfort (-39,4%); Uccle (-36,8%), Auderghem (-35,8%); etc.

Malgré un ressac sévère, le MR conserve l’essentiel de son ancrage historique dans le sud-est, effectuant ses meilleurs scores à Woluwe-Saint-Pierre (32,5%) et Uccle (30,2%).

Passons maintenant aux libéraux qui ont perdu un de leurs quatre mandats fédéraux et cinq sièges sur 18 dans l’hémicycle bruxellois. Malgré un ressac sévère, le MR conserve l’essentiel de son ancrage historique dans le sud-est, effectuant ses meilleurs scores à Woluwe-Saint-Pierre (32,5%) et Uccle (30,2%). Mais le MR recule encore sensiblement dans le nord-est, son espace d’implantation le plus faible. À Saint-Josse, Schaerbeek et Evere, le MR se fixe désormais sous le seuil des 10%.

Les deux auteurs constatent qu’Ecolo a aussi durci sa géographie électorale car la montée des verts est, certes, généralisée dans l’ouest et le nord mais moins saisissante que dans le sud-est. Idem pour le PTB qui grimpe partout mais réalise ses percées les plus marquantes dans les territoires où il était déjà ancré comme Molenbeek, Schaerbeek et Anderlecht. Quant au cdH, sa géographie électorale se décline désormais sous la forme d’un archipel. La dynamique est différente chez DéFI qui performe toujours dans le sud-est malgré un léger recul dans les deux Woluwe et à Auderghem mais qui se maintient, voire progresse légèrement, dans l’ouest et le nord.

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