À Bruxelles, la relance passera par la construction durable

Laurent Schiltz, de la Fédération Construction, et le ministre régional de l'Environnement Alain Maron veulent faire de la construction durable un axe de relance majeur pour Bruxelles. ©Kristof Vadino

Formation à la construction circulaire, nouvelle mouture d'une alliance Emploi-Environnement-Rénovation et augmentation du budget dédié aux primes font partie des projets de relance du ministre bruxellois de l'Environnement.

Le ministre régional de l'Environnement Alain Maron (Ecolo) annonce que la relance économique bruxelloise passera notamment par la brique avec de nouvelles ambitions en matière de durabilité et de circularité. Cette transition s'organisera en collaboration avec le secteur comme ce fut le cas lors de l'introduction d'une version allégée du standard passif en 2015. "La Région avait fixé le niveau d'ambition en laissant une liberté de moyens, avec de la prévisibilité. Pires élèves de la classe européenne, nous sommes devenus des modèles pour les bâtiments neufs", souligne Laurent Schiltz, secrétaire général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale.

Cette fois-ci, les objectifs communs du gouvernement bruxellois et du secteur de la construction concerneront la rénovation énergétique. Pour rencontrer les objectifs fixés dans le volet bruxellois du plan national énergie-climat (PNEC), il faudra atteindre rapidement un taux annuel de rénovation de 3% du bâti ancien, contre 1% actuellement. Et pour l'écologiste, cette rénovation massive des logements existants devra avoir l'impact environnemental le plus faible possible. Raison pour laquelle il faut former et conscientiser les entreprises à la circularité, ce qui implique entre autres d'utiliser des matériaux durables ou de récupération et de prévoir la démontabilité des bâtiments.

2
Millions
Une enveloppe de 2 millions d'euros sera ainsi octroyée à la transformation circulaire, sociale et durable des entreprises de la construction et de leur personnel.

Une aide spécifique de 2 millions sera octroyée aux entreprises du secteur de la construction pour les soutenir dans la formation et dans leur accompagnement à la durabilité et la circularité pendant la période de relance économique post-covid. "Pour le circulaire, il faut passer du 'pourquoi' au 'comment', comme on l'a fait pour la rénovation énergétique. Très concrètement, il s'agit parfois simplement de savoir quelle entreprise appeler pour venir récupérer des châssis en PVC au lieu de les envoyer à la décharge. Cette période de crise peut être l'occasion pour les entreprises dont le carnet de commandes s'est vidé de réorienter leur business model pour répondre aux besoins d'une clientèle qui réfléchit autrement, avec un soutien du politique pour le circulaire", considère Laurent Schiltz qui ajoute que le circulaire pourrait aussi attirer de jeunes recrues, en modernisant l'image de ce secteur en quête perpétuelle de main d'œuvre.

Afin d'encourager les Bruxellois à faire appel à elles, les entreprises locales ayant suivi cet accompagnement personnalisé seront mises en avant par les pouvoirs publics délivrant les primes. Alain Maron entend d'ailleurs pousser la relance des demandes de rénovation énergétique en augmentant les budgets disponibles pour les primes, mais aussi en prévoyant une procédure simplifiée et un guichet unique. Pour l'heure, les primes à la rénovation et les primes énergie ne sont pas accessibles selon les mêmes modalités, ce qui peut représenter un frein.

En préparation, une nouvelle alliance Emploi-Environnement-Rénovation démarrera début 2021. "Secteur de la construction, banques, notaires, architectes, fiscalistes, administrations régionales: il s'agit de mettre tous les acteurs privés et publics autour de la table pour identifier tous les outils économiques nécessaires pour atteindre le taux de rénovation de 3%", résume le ministre bruxellois.

Win-win global

"Je suis persuadé que l'investissement public doit aller dans l'accélération de la rénovation énergétique. Quand les caisses sont vides, il faut prendre les mesures de relance qui ont l'effectivité la plus grande."
Alain Maron
Ministre bruxellois de l'Environnement

Le duo évoque un win-win global duquel ressortent gagnants l'environnement et le climat, l'économie et l'emploi, la santé et le portefeuille des citoyens. "Si on atteint les objectifs du PNEC, cela veut dire que les habitants de Bruxelles seront devenus moins dépendants de leur facture énergétique", fait valoir l'écologiste qui souligne que c'est aussi l'occasion de soutenir un secteur où l'effet de levier est particulièrement important. "Je suis persuadé que l'investissement public doit aller dans l'accélération de la rénovation énergétique. Quand les caisses sont vides, il faut prendre les mesures de relance qui ont l'effectivité la plus grande."

Et la Confédération de la Construction de rappeler qu'un million d'euros investis dans les primes génère un investissement total de 7,5 millions dans la construction, la création de 90 emplois et 1,37 million de rentrées publiques (TVA, ONSS). Enfin, tout soutien sera le bienvenu pour ce secteur particulièrement touché par la crise. Une baisse de l'activité d'au moins 10% est estimée pour 2020, annonce Laurent Schiltz. "Cette situation aura des répercussions à l'automne: 23% des entrepreneurs de la construction seront contraints de licencier des travailleurs, tandis que 9% craignent une faillite."

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