Affaire Chovanec: Jambon et le top de la police se disent mal informés

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Jan Jambon, ministre de l'Intérieur à l'époque de l'affaire Chovanec, était auditionné ce mardi par les commissions Justice et Intérieur de la Chambre. Avec Marc De Mesmaeker et Catherine De Bolle, commissaire général et ex-commissaire générale de la police fédérale.

Le ministre-président flamand Jan Jambon (N-VA) était sur le gril des commissions Justice et Intérieur de la Chambre ce mardi. Il l'est en tant qu'ex-ministre de l'Intérieur en fonction lors de l'interpellation et du décès, fin février 2018, de Jozef Chovanec, ressortissant slovaque, à l'aéroport de Charleroi.

Il est dans la tourmente depuis la diffusion, cet été, des images de l'intervention musclée. On y voit M. Chovanec maintenu sous le genou d'un officier de police durant de longues minutes alors qu'une de ses collègues se fend d'un salut nazi.

"Ce rapport ne fait pas état des faits effroyables que nous avons pu voir sur les images diffusées cet été."
Jan Jambon
Ex-ministre de l'Intérieur

Jan Jambon avait, dans un premier temps, affirmé ne plus se souvenir des faits avant d'admettre, samedi, une "erreur de communication". Devant les députés, il est resté sur sa ligne de défense, renforcée par le rapport de police transmis à son cabinet à l'époque et qui a fuité dans la presse.

Rappel des faits

L'ancien ministre de l'Intérieur a commencé par reprendre les faits qui se sont soldés par un malaise de M. Chovanec alors qu'il était en cellule à Charleroi dans la nuit du 23 au 24 février 2018.

Le 26, soit avant le décès, le cabinet Jambon était sollicité par l'ambassadeur de Slovaquie. Pour préparer la rencontre, le cabinet reçoit le fameux de rapport de police sur les faits. Ce dernier ne parlait pas de l'attitude des policiers, s'est défendu le ministre-président flamand.

"Ce rapport ne fait pas état des faits effroyables que nous avons pu voir sur les images diffusées cet été", a indiqué Jan Jambon. "On reproche au cabinet qu’il ne se soit pas montré proactif. C’est inexact. Il a demandé le rapport de police. Sans cette démarche je n’aurais même pas eu ce rapport, et je n'avais aucune raison de douter de ce rapport de police."

Le cabinet Jambon avait reçu l'ambassadeur le 2 mars, en l'absence du ministre. Un deuxième entretien, cette fois avec M. Jambon, avait eu lieu le 30 mai 2018.

"Je veux regarder la famille Chovanec droit dans les yeux car je me rends compte qu'elle vit un cauchemar."
Marc De Mesmaeker
Commissaire général de la police fédérale

Le ministre aurait-il dû entamer une procédure disciplinaire? "Un ministre de l’Intérieur peut demander le lancement d'une procédure disciplinaire ou suspendre un fonctionnaire de police", a indiqué Jan Jambon, "mais ces possibilités relèvent de procédures exceptionnelles où le ministre dispose d‘informations qui justifient ces procédures. Il faut des indices clairs de faits punissables et, à ce moment, je n’avais aucun élément de cet ordre."

Interrogé par la députée Ecolo Zakia Khattabi sur sa responsabilité politique, Jan Jambon a indiqué ne pas avoir commis de faute.

Le chef de la police "tend la main" à la famille Chovanec

Marc De Mesmaeker, commissaire général de la police fédérale (qui n'était pas encore en fonction au moment des faits) était également auditionné par le Parlement. Il a admis avoir été mis au courant des faits dès le 26 février en tant que membre du secrétariat technique de la police, qui soutient le cabinet du ministre de l'Intérieur, mais pas des images sorties dans la presse.

Alors qu'une enquête disciplinaire est en cours parallèlement à l'instruction judiciaire, "est-ce que quelqu'un dans toute la chaîne policière avait ces images?", s'est-il interrogé. "Si oui, par qui ont-elles été visionnées et qui a fait quoi? Je n’ai pas de réponses."

"Le ministre avait le pouvoir de lancer une procédure disciplinaire, la question est de savoir s’il y a eu inertie."
Ahmed Laaouej
Député PS

"Je veux regarder la famille Chovanec droit dans les yeux car je me rends compte qu'elle vit un cauchemar", a-t-il aussi dit, demandant une entrevue avec les proches de M. Chovanec. "Je représente l’autorité belge et je sais que des milliers de membres de la police me disent de le faire. Ce sont des milliers de mains que l’on tend."

La commissaire générale de la police au moment des faits, Catherine De Bolle, a indiqué, elle aussi, ne pas avoir été informée des détails de l'intervention. "Je n’ai pas été informée des faits, j’aurais dû être informée. Si j’avais eu les images, j’aurais pris les mesures qui s’imposent."

Les interrogations du PS

Le député PS Ahmed Laaouej est revenu sur la plainte déposée, dès le décès de Jozef Chovanec, par sa famille et les démarches qui avaient été entreprises par l’ambassadeur de Slovaquie. Il a également évoqué la mise en garde de la police faisant état de possibles questions parlementaires alors que les faits avaient filtré dans la presse. Des éléments qui auraient dû, selon lui, conduire le ministre à s’informer davantage.

"Le ministre avait le pouvoir de lancer une procédure disciplinaire, la question est de savoir s’il y a eu inertie", s'est-il interrogé. "Le récit de M. Jambon n’est pas crédible", a-t-il ajouté. Le député PS a également interpellé Catherine De Bolle. "Vous dites que vous auriez dû être informée, mais par qui, par quel service?"

Une enquête interne a été lancée suite à la fuite des images dans la presse. Le Parlement en attend beaucoup, notamment pour comprendre comment le top de la police n'a pas été alerté par le contenu des images saisies par la justice.

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