Affaire Kir, règlement de comptes ou éveil des consciences au PS?

Emir Kir a affirmé faire l’objet d’un "lynchage raciste et turcophobe" avant que ses soutiens avancent la thèse d’un règlement de comptes interne au PS. ©Dieter Telemans

Le bourgmestre de Saint-Josse doit s’expliquer devant la commission de vigilance du PS pour avoir reçu deux maires turcs du MHP à la maison communale en décembre dernier.

Le député fédéral et bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir (PS) a rencontré pour la première fois, lundi matin, les deux rapporteurs désignés par la commission de vigilance du PS bruxellois. Cet organe a été saisi par un militant socialiste qui reproche à Émir Kir d'avoir reçu des maires turcs membres du MHP, parti ultranationaliste d’extrême droite, à la maison communale de Saint-Josse le 4 décembre dernier.

Le problème est structurel et ne s’arrête pas à un mandataire trublion d’origine turque.
Un mandataire socialiste

Dans les médias, le maïeur tennodois a adopté plusieurs lignes de défense. Il a tout d’abord signalé que les maires étaient invités par les institutions européennes, et que c’est dans ce contexte qu’ils avaient aussi été reçus à Saint-Josse. Plus tard, il a affirmé faire l’objet d’un "lynchage raciste et turcophobe". Et puis c’est la thèse d’un règlement de comptes interne au PS en raison de son inimitié avec le nouveau président de la Fédération bruxelloise Ahmed Laaouej qui a été avancée par ses soutiens.

Une très grande tolérance jusqu'à présent

La séquence n’est pas neuve sur le fond. Emir Kir a, par exemple, déjà relayé sur les réseaux sociaux, en juillet 2018, une rencontre avec un maire turc d’extrême droite. Mais, cet épisode, qui prend une tournure particulière suite à la saisine de la commission de vigilance, est-il dès lors annonciateur d’un éveil des consciences au PS?

Les députés bruxellois Sevket Temiz, Hasan Koyuncu et Ibrahim Dönmez se sont fendus, en octobre dernier, de publications sur Facebook pour soutenir l’Opération "Source de Paix", soit l’offensive militaire turque en Syrie pourtant condamnée par le PS.

Jusqu’ici, les élus socialistes inféodés à Ankara bénéficiaient d’une très grande tolérance. "En visant Émir Kir, on ouvre la boîte de Pandore. Kir, c’est la partie visible de l’iceberg, mais cet iceberg est énorme. Le problème est structurel et ne s’arrête pas à un mandataire trublion d’origine turque. C’est toute la problématique du communautarisme, du rapport à la politique dans le pays d’origine et du rapport malsain entre religion et politique qui doit être questionnée. Si la plainte contre Kir sert à faire jurisprudence, c’est intéressant, mais s’il s’agit juste de se débarrasser d’un ennemi politique, cela ne permettra pas de remettre le PS bruxellois en phase avec ses valeurs fondamentales", résume un mandataire socialiste.

Un cas pas isolé

Le cas Kir n’est pas isolé, en effet, et ses défenseurs en profitent pour dénoncer un deux poids deux mesures dans cette affaire. Pourquoi les députés bruxellois Sevket Temiz, Hasan Koyuncu et Ibrahim Dönmez qui ont déjà exprimé de façon flagrante leur "allégeance" au pouvoir en place en Turquie ne sont-ils pas inquiétés par la Fédération bruxelloise du PS?, interrogent-ils. Ces trois députés régionaux se sont fendus, en octobre dernier, de publications sur Facebook pour soutenir l’Opération "Source de Paix", soit l’offensive militaire turque en Syrie pourtant condamnée par le PS.

En principe, ces faits connexes n’influenceront pas la commission de vigilance dont les sages sont amenés à statuer uniquement sur les faits à l’origine de la saisine, à savoir la réception de deux maires dans le cadre officiel de la maison communale de Saint-Josse. Seul l’avenir dira donc si les nouveaux cadres du parti, Paul Magnette au niveau national et Ahmed Laaouej à la Région bruxelloise, seront plus prompts que leurs prédécesseurs à rappeler à l’ordre les camarades qui s’éloignent de la ligne et des valeurs du parti.

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