Aides Covid: l'indépendant est-il moins soutenu à Bruxelles?

La salle de sport bruxelloise, Winner's, a été forcée à la fermeture et n'a toujours pas reçu d'aides. ©Kristof Vadino

Coiffeurs, gestionnaires de salle de sport, métiers de contact... les indépendants affirment être moins aidés en Région Bruxelloise qu'en Flandre ou en Wallonie. À Bruxelles, on assume et on s'explique.

Luc Pelligrini est gestionnaire d'une salle de sport à Bruxelles. Forcé à la fermeture depuis le mois d'octobre des suites des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus, il ne décolère pas. "Aujourd’hui, les différences entre les soutiens financiers des différentes régions sont intolérables: en Flandre 10 % du chiffre d'affaires 2019, en Wallonie +/ 15.000 euros et à Bruxelles, capitale de l'Europe... RIEN!"

Ce gérant du Winner's voit ses réserves s'épuiser. Chaque mois, il débourse près de 7.000 euros de frais fixes, sans aucune rentrée pour compenser.
Démoralisé, sans ressources, il appelle à une réouverture imminente des salles de sport, mais aussi à une aide suffisante.

Cri général

Ce cri n'est pas propre au secteur du sport. De nombreux indépendants bruxellois –qu'ils aient dû ou non arrêter leurs activités – se plaignent de cette différence de soutien apporté par les régions. On ne compte plus les "j'ai un collègue wallon ou flamand qui a préféré fermer, car il perçoit davantage en fermant qu'en restant ouvert".

"Le constat est simple: un restaurant flamand a reçu quatre fois plus d'aides qu'un restaurant bruxellois."
Olivier Mauen
SNI

Le syndicat neutre pour indépendants s'est attelé à un petit exercice: à quel niveau d'aides un restaurant fictif de 4 salariés a-t-il pu prétendre?

"Le constat est simple: un restaurant flamand a reçu quatre fois plus d'aides qu'un restaurant bruxellois", explique Olivier Mauen du SNI, non sans préciser que ce constat vaut pour tous les secteurs.

Rappelons en effet qu'en Flandre, outre la prime unique du 1e lockdown et les trois salves d'aides liées à la perte du chiffre d'affaires, les métiers touchés par la crise ont reçu une aide d'avril à juin de 160 euros par jour.

Question institutionnelle

L'explication à cette inégalité est multiple. Oui, la Région bruxelloise a réagi plus tardivement.

Récemment, on reconnaissait au cabinet de Babara Trachte, ministre bruxelloise de la Transition économique, que le texte sur l'aide de maximum 5.000 euros était toujours en cours d'élaboration. Il sera publié cette semaine.

En attendant, depuis novembre, les indépendants forcés à la fermeture ont dû se contenter d'un acompte de 1.500 euros.

"La décision a été pris plus tard à Bruxelles car notamment le budget 2020 avait été épuisé. Il a donc été décidé de payer en 2021."
Clarisse Rademakers
UCM

"La décision a été prise plus tard à Bruxelles, notamment car le budget 2020 avait été épuisé. Il a donc été décidé de payer en 2021", explique Clarisse Rademakers d'UCM.

Autre point: notre système institutionnel. L'origine de cette inégalité repose sur l'autonomie financière et budgétaire des régions. Notre pays est donc constitué d'une Flandre dotée de davantage de moyens que la Wallonie, et bien au-delà de ce que Bruxelles dispose.

"Même si Bruxelles commence à réagir, elle ne pourra pas rattraper le niveau des aides octroyées par la Flandre. Ce qui va poser un sérieux problème concurrentiel, avec des acteurs flamands qui seront mieux armés pour faire face à la reprise", poursuit Olivier Mauen.

Avec les moyens du bord

Au niveau de la Région bruxelloise, on affirme comprendre cette frustration. "Nous reconnaissons que les primes n'arrivent pas assez vite et qu'elles sont d'un montant global inférieur à celui de la Flandre. Mais le budget de la Région est ce qu'il est."

Nicolas Roelens, porte-parole de Barbara Trachte, insiste sur le fait que pendant cette année Covid, quelque 500 millions d'euros, sur un budget total de 5 milliards, ont été attribués au soutien des secteurs économiques.

500 millions
euros
La Région bruxelloise affirme que quelque 500 millions d'euros, sur un budget total de 5 milliards, ont été attribués cette année au soutien du secteur économique.

Outre la prime de maximum 5.000 euros disponibles cette semaine, une prime, dite "Tetra", de 5.000 à 100.000 euros (en fonction du secteur d'activité, de l'emploi et des pertes du chiffre d'affaires entre 2019 et 2020) a été décidée. En phase d'adaptations, de concert avec les représentants des secteurs concernés, elle devrait viser les activités toujours fermées comme l'horeca, l'événementiel, les discothèques... Sa finalisation est attendue dans le courant du mois de mars.

Sans vouloir compter les points, Nicolas Roelens affirme qu'une fois ces deux primes disponibles, l'aide bruxelloise ne sera pas loin d'égaler celle faite en Wallonie.

L'UCM reconnait aussi la main tendue de la Région Bruxelles-Capitale aux fournisseurs de l'horeca, et les solutions trouvées en matière de loyers.

Enfin, Nicolas Roelens conclut en rappelant que la Région compte proportionnellement davantage d'indépendants actifs dans les métiers les plus affectés (horeca, événementiel...) que les autres régions.

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