interview

Alain Maron, ministre bruxellois de la Santé: "Il n'y a pas de consensus sociétal pour le certificat vaccinal"

Alain Maron, un ministre de la Santé fraîchement vacciné à l'AstraZeneca. ©Wouter Van Vooren

Alain Maron, ministre Ecolo de la Santé à Bruxelles, est confiant sur le déroulement de la vaccination. Et fustige l'excès de communication pro-codeco.

Alain Maron s'en excuse presque. Il se présente à l'interview en "simple polo". C'est que le modeste habit se prêtait mieux à sa vaccination, effectuée peu avant "comme tout le monde" au centre du Heysel à l'aide d'une dose AstraZeneca. Pour l'exemple. Il ne cache pas sa satisfaction d'y avoir vu des files "spectaculaires" de candidats au vaccin alors que la campagne s'accélère. "Après un petit couac au départ, anecdotique au regard de l’ensemble de la campagne de vaccination, cela fait chaud au cœur", confie-t-il. Reste que Bruxelles accuse toujours un retard, observe-t-on. Surtout sur la vaccination des 65 ans et plus.

"On a massivement vacciné du personnel de soins, des policiers, des pompiers, répond-il. La police, c’est 70% de non-bruxellois, le personnel hospitalier, c’est 50% de non-bruxellois. Avec la vaccination de personnels internationaux non domiciliés dans la capitale et le nombre important de sans-papiers qui y résident, "cela explique une partie du différentiel". "Mais on a un problème spécifique, admet l'écologiste: un niveau d’adhésion à la vaccination qui est un peu plus faible, surtout par rapport à la Flandre. On le voit au niveau du taux de vaccination des 65 ans et plus. On est à 72% (c'était mercredi, NDLR). La Flandre, avec plus de 90% atteint des résultats exceptionnels, il faut le reconnaître. Le facteur d'explication essentiel est d’ordre socio-économique. C’est plus difficile dans les grandes villes qui concentrent les populations les plus précaires. Cela n'a pas été une surprise, c'est pour cela qu’on a 10 centres. Nous sommes en discussion avec les autorités locales pour aider les personnes à se déplacer vers les centres de vaccination, on a lancé des équipes mobiles, on implique la médecine de première ligne. Et c’est aussi pour cela qu’on a lancé Bruvax, plus simple et plus rapide que la plateforme Doclr."

Des rappels peu efficaces

Le ministre admet cependant que le rappel téléphonique des personnes qui ne se présentent pas à la vaccination s'avère peu efficace. "Beaucoup préfèrent attendre. On espère un effet d’entrainement via le bouche-à-oreille." Si cette situation perdure, l'obligation légale s'imposera-t-elle? "On a décidé collectivement, en tout début de campagne que la vaccination serait libre et gratuite. On est toujours sur ces rails-là. On pourrait être amené à réévaluer la situation à l’été, mais a priori la décision prise n’est pas remise en question.

"On a décidé collectivement, en tout début de campagne que la vaccination serait libre et gratuite. On est toujours sur ces rails-là."

Le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort (PS), a ouvert la porte à l'idée d'un certificat donnant accès aux activités de la vie de tous les jours. Si Alain Maron ne s'oppose pas au certificat qui prend corps au niveau européen pour restaurer la circulation des personnes, il se montre sceptique pour ce qui est de la culture ou de l'horeca. "Il n'y a pas de consensus, ni politique ni sociétal, par rapport à cela. Cela pose des questions opérationnelles et éthiques vertigineuses. À titre personnel, je suis assez circonspect sur le fait d’avancer dans cette direction. Et dans tous les cas, le débat doit avoir lieu dans un lieu démocratiquement ouvert. Il n'y a pas de réponse facile à cette question et on ne peut pas y répondre en chambre, dans le cadre d'un codeco".

"Le problème, c’est surtout ceux qui tirent la couverture à eux en permanence. Les pouvoirs publics qui ne parlent pas d’une même voix, les surenchères, tout cela a eu des effets délétères."

Codeco? On tente de savoir ce qu'il attend du prochain qui doit avoir lieu le 11. Maron s'assombrit. "Je ne participe pas au grand jeu des demandes pré-codeco. Que chacun vienne avec sa liste de courses et puis qu’on analyse qui a gagné qui a perdu, je trouve cela déplorable." On embraye sur la com' de crise qui n'a pas toujours été de tout repos pour le Bruxellois. Il balaye. "Le problème, c’est surtout ceux qui tirent la couverture à eux en permanence. Les pouvoirs publics qui ne parlent pas d’une même voix, les surenchères, tout cela a eu des effets délétères." On lui met sous le nez la bulle de 1 éclatée publiquement par son coprésident Jean-Marc Nollet. "Je ne cautionne pas plus les déclarations des uns que celles des autres. On doit être ensemble. Il doit y avoir des débats, mais quand les politiques se chamaillent sur les mesures à prendre, c’est plus difficile après de les faire accepter. Je n’ai pas joué à cela."

Proche de la rupture

Point. Changement de sujet. Son commentaire sur la Boum 2 dans le bois de la Cambre qu'il ne livre qu'après un long silence réflexif. "C’est le scénario d’une catastrophe annoncée, dit-il. Il a manqué d’espace de dialogue de part et d’autre pour que les choses se passent autrement." La Ville de Bruxelles y est-elle allée un peu fort? "Il y a eu de la violence inacceptable de part et d’autre. Je n'ai pas de leçon à donner à Philippe Close, mais à l’avenir, on doit avant tout miser sur le dialogue et faire en sorte de ne pas retrouver avec un Boum 3 avec le même type de dérives de part et d’autre." Le ministre de prévenir sur les facultés d'acceptation d'une population très impactée par la crise. "On est proche d’un point de rupture".

"Des espaces publics qualitatifs et verdurisés, moins de bruit et une meilleure qualité de l’air: toutes ces revendications-là sont montées en puissance avec la crise."

On aborde le manque d’incarnation de sa Région Bruxelloise durant la crise. "J’existe et je fais exister Bruxelles dans les commissions interministérielles santé. En ce qui me concerne, je n’ai pas l’impression de ne pas assumer mon mandat en tant que ministre bruxellois", défend Alain Maron à qui l'on demande s'il valide la méthode utilisée pour les projets de mobilité et d'urbanisme, toujours plus clivants. "Des espaces publics qualitatifs et verdurisés, moins de bruit et une meilleure qualité de l’air: toutes ces revendications-là sont montées en puissance avec la crise. Mais il y a sans doute un certain conservatisme face au changement une fois qu’on mène des projets sur le terrain. C'est normal."

SmartMove au Conseil d'État

Couplé à la levée des freins du télétravail, ce besoin de verdure entraîne le risque d’un exode urbain accru. "C’est un enjeu. Il est urgent d’arriver à quantifier cet impact-là et à l’intégrer dans notre politique territoriale. Cela rend d’autant plus criant le besoin d'améliorer le cadre vie. La seule façon de conserver des habitants, c’est de nourrir les avantages que sont l’accès à la culture l’horeca et aux commerces, tout en ayant un environnement plus sain."

"On investit 1,5 milliard dans la mobilité en 2021 et cela ne va pas diminuer même si c'est compliqué budgétairement."

OK. Mais avec quel argent ? "On investit 1,5 milliard dans la mobilité en 2021 et cela ne va pas diminuer même si c'est compliqué budgétairement. Pareil pour les projets liés à la relance et à la transition économique et écologique. Il faudra trouver des moyens de le faire, publics ou privés", indique Alain Maron qui nous renvoie vers son collègue du budget, Sven Gatz, pour le détail de la situation budgétaire. Avant d’ajouter: "On était dans un très large déficit qui est devenu plus important encore."

D’où la volonté d’augmenter la fiscalité automobile? "C’est un des aspects. SmartMove pourrait financer nos investissements en mobilité. Je constate que les deux autres régions sont bien loin d’investir autant dans les transports que Bruxelles, au prorata de leur population. Or cet investissement profite à tous...", considère l’écologiste qui attend maintenant que les autres entités viennent avec des propositions pour améliorer le projet de taxe kilométrique. "Nous allons envoyer notre texte au Conseil d’État pour qu’une série de questions juridiques soient tranchées. Et pas par les cabinets d’avocats payés par l’un ou l’autre gouvernement..."

Au codeco, les autres régions ont évoqué l'éventuel retrait de la dotation navetteur. Cette menace fonctionne? "Non. Ces transferts sont fixés par la loi spéciale de financement", répond le ministre Maron. Et si les autres entités réclamaient des tarifs moins élevés et un périmètre plus réduit pour SmartMove, ce serait audible? "Bien sûr! On est ouvert à la concertation. Les propositions sur la table méritent d’être discutées. Y compris celles des autres."

"Je trouve que Rudi Vervoort fait le bien le job en tant que garant de la loyauté des uns et des autres par rapport à l’accord de majorité."

De la concertation, il en faudra aussi au sein de l'exécutif bruxellois, si l'on en croit les déclarations de la coprésidente d'Ecolo, jeudi dans Le Soir. Suite à un jugement condamnant la Stib, Rajae Maouane y avance une position pro-voile différente des partenaires DéFI et PS. "Sur le voile,  vu les différences de sensibilité, l’accord de majorité ne prévoit rien. Il y a cet élément neuf, cette décision de justice qui doit être suivie d’effets, mais nous n’avons pas encore eu de discussion au gouvernement à ce sujet", réagit Alain Maron recontacté par téléphone. Cohésion gouvernementale difficile? "Ce n’est pas mon vécu, il y a des tensions sur certains dossiers ce qui est logique. Je trouve que Rudi Vervoort fait le bien le job en tant que garant de la loyauté des uns et des autres par rapport à l’accord de majorité."

Les phrases clés

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