analyse

Alain Maron ou la communication bancale du chevalier blanc du Samusocial

Semaine difficile pour Alain Maron (Ecolo). Le ministre bruxellois de l'Environnement a fait part de son intention d'acheter des terrains agricoles autour de Bruxelles, ce qui a suscité une déferlante de critiques. ©BELGA

Alain Maron (Ecolo) a été révélé médiatiquement par le scandale du Samusocial dans lequel il jouait un rôle de dénonciateur. Devenu ministre bruxellois de l'Environnement, il est aujourd'hui régulièrement la cible de critiques acerbes sur les réseaux sociaux.

"L'inquiétant Alain Maron": c'est le titre d'un édito d'une rare sévérité que La Libre Belgique a consacré au ministre bruxellois en milieu de semaine. Détournement de fonds? Conflit d'intérêts? Non et non. Lundi, sur LN24, Alain Maron (Ecolo) a annoncé que Bruxelles comptait acquérir des terres agricoles dans les Brabants wallon et flamand. Tollé général. Cette vision dite "collectiviste" a été dénoncée jusque dans les rangs de la majorité où l'on a surtout insisté pour rappeler que l'achat de terres en périphérie ne figure pas dans la déclaration de politique régionale (DPR).

L'écologiste s'était déjà retrouvé sous le feu des critiques, mais c'est la première fois qu'il chancelle, finissant par présenter ses excuses au monde agricole pour l'inquiétude que ses propos ont pu susciter. Comment expliquer que la polémique ait pris de telles proportions? Étendard d'Ecolo à Bruxelles, Alain Maron détient des portefeuilles importants (environnement, énergie et santé), ce qui en ferait une cible facile pour ses adversaires. "Le MR ne cache pas sa stratégie anti-Ecolo mais comme ils sont en majorité avec nous au Fédéral et en Wallonie, ils tapent surtout à Bruxelles", analyse un mandataire écologiste.

Une fonction exigeant des précautions de langage, chaque phrase pouvant être isolée, amplifiée, décortiquée...

Beaucoup d'autres rappellent son rôle et son attitude d'"inquisiteur" ou de "chevalier blanc" dans l'affaire du Samusocial. Médiatiquement, il s'est construit sur le fait de demander des comptes. Mais devenu ministre, il serait nettement moins prompt à en rendre. En tant que ministre de tutelle des maisons de repos, il insiste beaucoup sur les manquements du Fédéral et sur l'erreur originelle de ses prédécesseurs concernant l'absence d'un plan pandémie, n'assumant dès lors aucune responsabilité propre dans la gestion de la crise, selon ses détracteurs.

Jugé imprudent dans sa communication par l'opposition cdH, il multiplie les boulettes laissant supposer que l'ancien député d'opposition n'a toujours pas enfilé son costume de ministre. Une fonction exigeant des précautions de langage, chaque phrase pouvant être isolée, amplifiée, décortiquée. Interrogé en octobre sur les éventuels risques sur la santé du testing à répétition, il avait ainsi brièvement évoqué le coût environnemental des tests-Covid. Une précision inaudible dans ce contexte de pandémie.

L'image de Bruxelles en jeu

La question est de savoir si la séquence pourrait modifier les rapports de force au sein du gouvernement bruxellois où l'on retrouve, pour mémoire, le PS, Ecolo et DéFI du côté francophone, et Groen, l'Open Vld et one.brussels chez les néerlandophones. L'équipe de Rudi Vervoort (PS) est plutôt du genre loyal même si personne ne fait mystère des relations déjà tendues en temps normal entre Alain Maron et son collègue amarante Bernard Clerfayt.

La bourde de l'écologiste n'a pas prêté à sourire.

Alors que Bruxelles s'apprête à devoir se battre pour obtenir son dû dans le cadre du plan de relance et de la répartition des fonds européens, la bourde de l'écologiste n'a pas prêté à sourire. "Cela véhicule une image selon laquelle Bruxelles a trop d'argent puisqu'elle en consacre à des projets farfelus et sans concertation", déplore un cabinettard. On retrouve la même logique chez les différents partenaires: on s'en fiche des polémiques qui touchent uniquement Ecolo, mais il ne faut pas que cela abîme l'image de Bruxelles. D'autant que l'exécutif bruxellois s'attend déjà à essuyer un nouveau flot de critiques avec le lancement imminent de la phase de concertation relative à SmartMove, son projet de taxe kilométrique.

Si plusieurs sources gouvernementales faisaient état d'un sentiment d'exaspération en début de semaine, le soufflé est vite retombé après la réunion du jeudi lors de laquelle Alain Maron a fait amende honorable. "Faute avouée, faute à moitié pardonnée", résume un membre de l'exécutif bruxellois.

Ecolo silencieux

Et au sein de la grande famille Ecolo? Les messages de soutien au ministre Maron n'étaient en tous cas pas légion sur les réseaux sociaux. À mots couverts, l'ancienne présidente des Verts Zakia Khattabi a pris la défense de son collègue en regrettant que l'utilisation d'anathèmes et de clichés grossiers prenne le pas sur les arguments pour exprimer un désaccord.

Reste à connaître l'impact sur les militants, plus difficile à évaluer.

Lors d'une réunion rassemblant les communicants du parti, les avis divergeaient entre ceux estimant que la polémique n'a atteint que le microcosme politico-médiatique et ceux redoutant que l'épisode puisse nuire à la crédibilité d'Ecolo et donner plus d'écho à la petite musique selon laquelle ce parti n'est décidément pas fait pour gouverner. Mais selon nos infos, l'incident serait presque digéré avec un seul mot d'ordre pour Alain Maron: resserrer les boulons de sa communication pour éviter que cela ne se reproduise.

Reste à connaître l'impact sur les militants, plus difficile à évaluer. Il n'est pas exclu que le ministre marque des points auprès d'un partie de la base qui ne trouvera pas du tout saugrenu d'envisager l'achat de terrains pour faciliter l'accès à la terre de jeunes agriculteurs et renforcer le circuit court durable.

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