interview

Alexia Bertrand (MR): "Bruxelles doit trouver le moyen d'augmenter ses recettes"

©JONAS LAMPENS

Leader de l'opposition à Bruxelles, Alexia Bertrand (MR) s'inquiète face à une dette qui croît vite et fort et des recettes en baisse. La libérale plaide pour qu'un vaste plan d'isolation du bâti soit initié dans le cadre de la relance.

L'analyse du budget se poursuit cette semaine au parlement bruxellois. Figure de proue de l'opposition, Alexia Bertand (MR) identifie un problème central: la baisse constante des recettes. "C'est comme devoir rembourser un crédit hypothécaire pour sa maison avec un salaire qui baisse chaque année. Dans un crédit, on rembourse évidemment le capital, mais vu que la charge d'intérêt de la dette augmente aussi malgré les taux bas, la métaphore reste pertinente", précise la libérale qui se dit particulièrement inquiète depuis l'exposé fait par l'agence de la dette en commission, fin novembre.

"Il y a plusieurs paramètres à regarder au niveau de la dette. Est-ce que je peux la refinancer? On voit que l'agence de la dette y parvient grâce à une politique basée sur la demande des investisseurs. Standard & Poor's lui donne d'ailleurs une bonne cote pour la gestion des liquidités et le management financier. En revanche, on a de mauvaises notes en ce qui concerne la croissance de la dette qui croît trop fort, trop vite. Et ça c'est le bulletin du gouvernement bruxellois", affirme la députée qui fait encore dans la métaphore: "L'agence de la dette fait le meilleur gâteau qu'elle peut avec ce qu'elle reçoit. Mais même le meilleur cuisinier du monde n'obtiendra pas une étoile au Michelin avec des ingrédients avariés!"

La libérale redoute pour l'avenir un effet dit "boule de neige". Dans ce scénario du pire, la Région serait obligée d'emprunter avec intérêts pour payer une partie de sa charge d'intérêts. "On n'en est pas encore là. Mais dans la pire hypothèse présentée par l'agence de la dette, on avait un ratio de 77% de l'accroissement des charges d'intérêts par rapport à la croissance des recettes en cas de double dégradation de rating. Ce serait grave, car cela aurait un impact concret sur les politiques qu'on peut mener", souligne Alexia Bertrand.

Attirer les classes moyennes

L'équipe Vervoort doit donc trouver le moyen d'augmenter ses recettes sans toucher aux impôts comme elle s'y est engagée, rappelle-t-elle. "Outre ce qu'elle reçoit du Fédéral, les recettes régionales principales sont les additionnels à l'IPP, les droits d'enregistrement, les droits de succession et les additionnels au précompte immobilier. Pour augmenter ces recettes, il faut rendre Bruxelles attractive pour les classes moyennes. Qu'elles aient envie d'y acheter des biens immobiliers, de les rénover et de laisser ce patrimoine à leurs enfants. Il faut arrêter cet exode vers la périphérie!"

"Pour augmenter ces recettes, il faut rendre Bruxelles attractive pour les classes moyennes. Qu'elles aient envie d'y acheter des biens immobiliers, de les rénover et de laisser ce patrimoine à leurs enfants. Il faut arrêter cet exode vers la périphérie!"
Alexia Bertrand
Cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois

Ce qui passe notamment par un abattement des droits d'enregistrement pour des biens au-delà d'un montant de 500.ooo euros, mais aussi par l'instauration d'un climat favorable à l'entrepreneuriat, enchaîne Alexia Bertrand qui estime à ce sujet que les mesures prises face au covid sont lacunaires. "En temps normal, on compte déjà trois entreprises qui s'en vont pour deux qui s'installent à Bruxelles. Mais dans la crise, les différences de primes sont marquées entre les régions, notamment en ce qui concerne les voyagistes. Pour eux, c'est la double peine puisque Bruxelles est davantage impactée par la chute du tourisme."

Si des aides à la trésorerie sont accessibles pour des montants jusqu'à 15.000 euros via le prêt Recover, il manque selon elle un outil à destination des PME ayant besoin de moyens plus conséquents. "La mission déléguée chez Finance.Brussels c'est uniquement pour l'horeca, mais il n'y a rien pour les PME des autres secteurs en dehors du prêt Proxi qui nécessite une certaine notoriété pour lever une somme limitée à 300.000 euros. Il fallait garantir les prêts bancaires comme aux Pays-Bas ou prévoir des prêts subordonnés pour les PME qui ont besoin d'un million d'euros pour se relancer. "

Et d'ajouter que la mesure visant à alléger les loyers commerciaux annoncée par la secrétaire d'État à la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo) en juillet dernier n'a jamais vu le jour. "On n'a toujours aucune ordonnance alors que le problème est connu. Cela pouvait aussi se faire via un abattement du précompte immobilier ou des prêts."

Des investissements productifs

Le gouvernement bruxellois a rentré ses fiches projets pour le plan de relance le week-end dernier. À ce sujet, Alexia Bertrand dit espérer un véritable changement de paradigme. "On espère qu'il s'agira de véritables investissements productifs dans la mobilité, la digitalisation et la transition énergétique. J'espère qu'on aura un vrai plan d'isolation du bâti et pas simplement une augmentation de l'enveloppe de primes qui reste sous-utilisée parce que le système n'est pas assez simple et l'effet retour pas suffisamment clair pour les gens. Pareil en mobilité ou l'on espère des investissements dans les infrastructures à l'heure où l'exécutif a complètement abandonné l'idée d'un métro dans le sud de Bruxelles. Pour faire baisser la dette, il faut augmenter le PIB. Ma conviction, c'est qu'on peut avoir des politiques qui sont porteuses au niveau économique, écologique et social."

"J'espère qu'on aura un vrai plan d'isolation du bâti et pas simplement une augmentation de l'enveloppe de primes qui reste sous-utilisée parce que le système n'est pas assez simple et l'effet retour pas suffisamment clair pour les gens."
Alexia Bertrand

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