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Armonea veut fermer une maison de repos à Molenbeek

Chez Armonea, comme dans d'autres groupes gérant les maisons de repos et de soins, la pandémie laissera des séquelles humaines, économiques et sociales. ©Tim Dirven

Le groupe Armonea Belgium, qui gère 85 maisons de repos en Belgique, a l’intention de fermer le Home Sebrechts, à Molenbeek. 108 emplois sont menacés, selon les syndicats.

Au siège d’Armonea Belgium, à Malines, impossible de joindre la direction pour tenter d’avoir des explications sur l’annonce faite ce mardi par les syndicats des travailleurs (CNE, SETCa et CGSLB) au terme d'un Conseil d'Entreprise extraordinaire. Celle-ci concerne la prochaine fermeture d’une maison de repos bruxelloise de l’opérateur belge, passé voici 2 ans sous giron français (groupe Colisée, 25.000 lits). Pas davantage d’explications, d'ailleurs, au sein de l’établissement même, où le responsable pour la presse, Jannes Verheyen (Head of Legal d’Armonea), est aux abonnés absents.

Selon la direction du groupe qui opère 85 maisons de repos en Belgique (dont 9 dans la capitale), relayée par les seuls syndicats pour l'instant, le bâtiment situé au 40 de l’avenue François Sebrechts à Molenbeek-Saint-Jean ne répondrait plus aux normes de sécurité. Autre argument avancé: le taux d’occupation de cette maison de repos serait trop bas pour rentabiliser l’exploitation.  

Au home Sebrechts, 108 travailleurs (29 ouvriers et 79 employés) seraient directement concernés par la fermeture annoncée. Un plan Renault va être activé. Une première phase d’information est planifiée le 19 avril. D’ici là, il n’est pas exclu que des actions soient menées dans d’autres établissement du groupe Armonea Belgium.

Des arguments qui n'en sont pas?

Du côté des délégations syndicales, on dénonce ces arguments et on indique que la pandémie a bon dos pour actionner rapidement la procédure Renault. "Le bail locatif de l’immeuble, que la direction d’Armonea veut fermer anticipativement, court normalement jusqu’en 2032. Le taux d’occupation de la maison de repos était de 77% en moyenne en 2020 malgré la pandémie. Et Armonea Belgium prétend que la rentabilité du Home Sebrechts pèse sur sa santé financière. C’est n’importe quoi…", réagit Wojciech Kacprzycki, secrétaire permanent à la CNE Bruxelles.

77%
de taux d'occupation
En 2020, durant la pandémie, les lits de la maison de repos en sursis étaient occupés aux trois-quarts. Un taux insuffisant pour assurer sa rentabilité, selon les gestionnaires.

Celui-ci ajoute que l’arbitrage est réalisé à distance par le nouveau propriétaire d’Armonea, un fonds majoritairement scandinave. Ce dernier imposerait une rentabilisation accrue des maisons de repos exploitées par sa filiale belge, chez nous comme ailleurs (Espagne, Allemagne).

Un patron d'un groupe concurrent avoue lui aussi mal comprendre ce qui se passe dans cette maison de repos historiquement rentable et bien notée, où les prix pratiqués et le nombre de lits (170-180) garantissent en théorie une rentabilité correcte. "Par contre, dans d'autres établissements plus petits, on est clairement passé en-dessous de la ligne de flottaison...", ajoute-t-il.

À Bruxelles et dans les communes les moins aisées, l'équation commerciale des maisons de repos et de soins est mise sous pression. ©Tim Dirven

Garantir, voire renforcer les rendements partout

"Suite aux nombreux décès engendrés dans certains établissements par l’épidémie, l’offre sur le marché dépasse la demande."
Wojciech Kacprzycki
Secrétaire permanent CNE Bruxelles

Du côté syndical, l'analyse est tranchée: "Suite aux nombreux décès engendrés dans certains établissements par l’épidémie, à la perte de confiance de la population envers l’institution des maisons de repos et à la concurrence acharnée entre les groupes commerciaux, l’offre sur le marché dépasse la demande. Surtout à Bruxelles, et tout particulièrement dans les communes les moins aisées où la population qui occupe actuellement les homes n’a pas les moyens. Armonea préfère donc tout simplement fermer et, éventuellement, rouvrir ailleurs, là où le niveau de vie et les infrastructures permettent d’augmenter les marges", expliquent les délégations syndicales pour motiver le préavis de grève qui vient d’être déposé.

Rachats en cascade

En 2019, lors de la revente aux enchères d'Armonea lancée via Rothschild et Cie par les anciens actionnaires belges - les familles Van den Brande et de Spoelberch (Verlinvest) -, c'est IK Investment Partners qui avait emporté la timbale. Le propriétaire anglais du groupe Colisée avait alors mis au pot 550 millions d’euros.

Mais en septembre dernier, le fonds d'infrastructure suédois EQT Partners (famille Wallenberg) remettait plus de 2,2 milliards d'euros sur la table pour prendre à son tour la majorité (64%) des parts de Colisée et d'Armonea, aux côtés de la Caisse de dépôt du Québec. Aujourd'hui, il s'agit donc également de rembourser et rentabiliser ces rachats en cascade.

Armonea n’est d'ailleurs pas le seul acteur du segment des maisons de repos et de soins à pratiquer ce genre d’arbitrage au sein de son portefeuille sous gestion. Un autre opérateur de première ligne dans le secteur, Senior Living Group, qui a déjà licencié 12 personnes dans un établissement bruxellois (Pléiades) et 7 à Polleur (Verviers) en 2019, aurait mis sur la table un plan social pour licencier 75 personnes. "Mais dans ce cas-ci, il s’agit de licenciement économique et la direction s’est engagée à négocier avec les représentants du personnel pour limiter au maximum la casse", précise le permanent syndical.

+ de 1
milliard d'euros
En 2020, les revenus de Colisée, classé quatrième opérateur français d'Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), dépassaient la barre du milliard d'euros

Pour Vincent Frédéricq, le secrétaire général de Femarbel, la Fédération des maisons de repos, de nouvelles restructurations et consolidations ne sont pas à exclure dans le secteur prochainement. Mais plutôt du côté des petits opérateurs, parmi lesquels certains ont très mal vécu la pandémie, économiquement mais aussi humainement. "Les normes et les charges sont par endroit intenables pour certains exploitants. Et quand vous avez vos rentrées rabotées durant des mois et que vous devez coûte que coûte honorer le loyer de vos murs, vous n'avez parfois pas d'autre issue que de mettre la clé sous le paillasson."

Le résumé

  • Armonea Belgium veut mettre la clé sous la porte à la maison de repos bruxelloise Sebrechts.
  • L'opérateur franco-belge n'est pas le seul à renforcer les arbitrages au sein de son réseau.
  • Le secteur des maisons de repos a vécu des fusions et consolidations en cascade.
  • Malgré la pandémie, ceux qui ont payé le prix fort veulent un retour sur investissement.

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