interview

Bernard Clerfayt: "Nous tentons de rattraper le retard numérique de Bruxelles"

©Kristof Vadino

Bernard Clerfayt, ministre bruxellois en charge notamment de la transition numérique (DéFI), dévoile son plan numérique pour Bruxelles. Fracture numérique, utilisation des données, 5G, administration digitale: les chantiers ne manquent pas.

Cela fait plusieurs années que Bruxelles clame sa volonté de devenir une "smart city", mais on peine à le percevoir dans les faits. C’est aussi votre ambition?

Bruxelles a depuis longtemps affirmé son ambition, mais dans les faits on avance moins vite que d’autres. On ne sera une "smart city" que si on rencontre une série de conditions qu’on ne rencontre pas encore aujourd’hui. Dans un classement international des "smart cities", Bruxelles n’est même pas dans le top 50. Il faut changer ça.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de dévoiler votre plan numérique pour la Région?

Il a fallu mettre de l’ordre dans toute une série de dossiers et remettre sur les rails des chantiers urgents. Il a fallu objectiver la situation actuelle, faire un état des lieux, car cela n'existait pas. Par le passé, on a beaucoup veillé à faire du discours et de l’emballage et on n'a peut-être pas assez travaillé sur des éléments structurels.

"Par le passé, on a beaucoup veillé à faire du discours et de l’emballage et on n'a peut-être pas assez travaillé sur des éléments structurels."

Il faut maintenant rattraper le retard numérique accumulé ces dernières années. La "smart city", elle dépend de la capacité des citoyens à s’approprier le numérique, le digital. C’est le premier enjeu, surtout dans une ville comme Bruxelles qui connaît une fracture numérique importante.

Cette fracture numérique a encore été mise en évidence par la crise actuelle. Quel est votre plan d’action en la matière?

L’appropriation par tous des capacités numériques, c’est essentiel. Nous allons bientôt dévoiler un "plan d’appropriation" en se basant notamment sur les Espaces publics numériques qui sont présents dans les quartiers, proches d’une population qui est moins habituée au numérique.

"L’Europe recommande qu’au moins une grande ville par pays soit équipée de la 5G en 2021, je souhaite que ce soit Bruxelles."

Près de 10% des Bruxellois ont toujours peur de l’ordinateur et 40% disent avoir du mal à l’utiliser pour consulter les horaires de trains par exemple. Soyons clair, nous n’allons pas apprendre à tous les seniors en maison de repos à devenir des as du numérique. On va surtout se concentrer sur les quartiers et les publics qui ont le plus gros retard.

Quels sont les autres enjeux concernant le numérique à Bruxelles pour les prochaines années?

Les données. Leur gouvernance, leur partage et leur sécurité. Celui qui a la donnée est celui qui a le pouvoir, beaucoup d’administrations sont donc réticentes à les partager sans se rendre compte de tout ce qu’elles ratent pour leur activité et ce qu’elles pourraient y gagner en les partageant. On fonctionne encore trop en silo dans l’administration, nous travaillons à la refonte du système de gestion des données en Région bruxelloise.

La Région accuse un retard dans la capacité des administrations à délivrer leurs services de façon digitale. Où en êtes-vous dans ce dossier?

On vient de faire un bond en avant durant le confinement avec IRISbox. L’objectif, c’est de simplifier le plus grand nombre de démarches administratives. Nous visons 80% pour 2025.

"Il n’y a toujours pas de référentiel commun pour la gestion de la donnée à Bruxelles. Et le plus grave, c’est sur le plan de la sécurité."

Ce qui est déjà assuré, c’est qu’il n’y aura plus aucune nouvelle démarche administrative qui ne sera pas accessible numériquement. On va aussi interdire à partir de 2021 aux administrations bruxelloises de demander plus d’une fois une donnée que l’administration peut trouver elle-même. Le but est de simplifier un maximum les démarches administratives.

De quels moyens disposez-vous pour réaliser vos ambitions?

Ce sont les moyens que nous avons eus en arrivant, car ce gouvernement n’a toujours pas été en mesure de faire son budget de mise en œuvre de la déclaration de politique régionale. Ce gouvernement n’est pas encore installé dans une stratégie à moyen terme, pourtant nous avons des urgences et nous tentons de rattraper le retard qu’a pris Bruxelles dans la course à la smart city.

©Kristof Vadino

Par exemple, il n’y a toujours pas de référentiel commun pour la gestion de la donnée à Bruxelles. Et le plus grave, c’est sur le plan de la sécurité. Il faut une règle unique pour tous les opérateurs de la Région pour fixer la protection, le partage et l’exploitation de la donnée.

Est-ce que Bruxelles aura la 5G dans un avenir proche?

L’Europe recommande qu’au moins une grande ville par pays soit équipée de la 5G en 2021, je souhaite que ce soit Bruxelles, mais nous avons du retard sur Anvers. Nous accusons ce retard, car nous avons, dans d’autres circonstances, voté une norme d’émission pour la 5G très contraignante.

©Kristof Vadino

L’opinion publique a besoin d’être informée sur le sujet. Il faut un vrai débat là-dessus et qu’on explique où en est la recherche scientifique. La communauté scientifique ne dit, à ma connaissance, rien d’alarmant pour le moment. On devrait même plus s’inquiéter de son smartphone que d’une antenne dans son quartier. Il faut être transparent dans ce dossier comme le fait, par exemple, Bruxelles-Environnement en expliquant où sont situées les antennes et ce qu’elles émettent. L’accord de gouvernement ne dit pas qu’il est contre la 5G et ne dit pas non plus qu’on le fera quoi qu’il arrive. Le débat est ouvert.

Les Bruxellois appelés à donner leur avis

La Région de Bruxelles-Capitale va consulter ses citoyens pendant le mois de juin pour identifier leurs besoins, leurs envies et leurs préoccupations en sortie de crise. Pour cela, elle lance dès ce vendredi l’initiative "Brussels Hacks the Crisis" en collaboration avec Citizenlab.

L’objectif est, via une plate-forme en ligne, de collecter les idées numériques des Bruxellois pour améliorer leur vie quotidienne dans la capitale et les faire évaluer par un jury de professionnels. Ce dernier sélectionnera 5 idées qui seront soumises aux votes de la population pour en retenir deux.

Elles seront ensuite développées par des étudiants cet été lors de l’Open Summer of Code. Le gouvernement décidera ensuite si elles méritent de devenir, par exemple, une application officielle de la région.

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