Bruxelles: comment la Région va-t-elle partager le terrain?

Les discussions autour du PRAS démographique inquiètent les entreprises et émoustillent les promoteurs immobiliers.

Le boom démographique est au cœur de toutes les nouvelles politiques menées par le gouvernement bruxellois. Bruxelles va en effet connaître, d’après les prévisions du Bureau du Plan, une croissance d’environ 200.000 personnes d’ici 2020. "D’ici là, 156.000 jeunes entre 20 et 39 ans arriveront sur le marché de l’emploi", précise le ministre de l’Économie, Benoît Cerexhe (cdH). Il va donc falloir trouver du travail pour tous ces nouveaux arrivants mais il faut aussi les loger. Et le gouvernement doit veiller à ne pas trop favoriser une politique au détriment de l’autre. En effet, s’il n’y a pas de travail en ville, les nouveaux arrivants la quitteront. Et la construction de nouveaux logements ne servira à rien dans ce cas. Il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre les deux fonctions. C’est ce à quoi s’attelle le gouvernement en voulant modifier le Plan régional d’affectation du sol (PRAS).

Hier, le ministre-président, Charles Picqué (PS) a évoqué le sujet lors d’un séminaire organisé par Laurence de Hemptinne, spécialiste de l’immobilier. Devant toute une assemblée d’acteurs de l’immobilier curieux de connaître l’évolution des terrains de la capitale, Charles Picqué s’est montré assez prudent. Car le sujet suscite autant d’intérêt que d’inquiétude. Le milieu entrepreneurial bruxellois a peur de perdre du terrain. Les promoteurs immobiliers, eux, s’impatientent de savoir ce qu’il y a à gagner.

Perte de terrain

Pour sa part, Benoît Cerexhe n’a pas été invité au séminaire. Mais tient à intervenir dans le débat. Il ne veut pas que les entreprises soient les laissées pour compte de ce nouveau PRAS. Il estime que la part qui leur est accordée a déjà été largement phagocytée par d’autres fonctions. Selon l’Observatoire des activités productives, en quinze ans, 25% du parc immobilier dédié aux industries a été reconverti. Dans 45% des cas, c’était pour construire du logement. La plupart de ces pertes se situent dans la partie centrale du canal (voir infographie). Parallèlement à cela, l’industrie a aussi repris du terrain, notamment au nord et au sud du canal. Mais au total, le solde s’avère négatif: sur tout le territoire régional, près d’un million de m² de surfaces industrielles a été perdu depuis 1997 (soit 17%).

Près d'un million de m2 de surfaces industrielles a été perdu depuis 1997, soit 17%.

Charles Picqué rappelle cependant que 700.000 m² sont vides, soit 15% du stock. Ce chiffre dépasse d’ailleurs de 50% le taux de vacance des bureaux, déjà fortement critiqué. Le ministre-président estime que l’espace réservé à l’industrie est mal utilisé. Il réfléchit donc à une meilleure intégration de l’activité économique. L’une de ses idées est de créer des zones d’entreprises en milieu urbain (ZEMU). Il s’agirait de convertir des zones d’activités productives en zones multifonctionnelles. En somme, des parcelles qui accueilleraient du logement mais aussi des entreprises. Une bonne partie des zones industrielles pourrait ainsi être reconvertie en zones ZEMU. Avec la crainte, à nouveau, que le logement vienne grignoter la part réservée aux entreprises. Pour information et à la grosse louche, un m² de logement revient à 600 euros alors qu’il équivaut à 200 euros pour de l’activité économique. Pour les promoteurs immobiliers, le calcul est vite fait.

Pour éviter que les entreprises se retrouvent chassées hors de ces zones, Benoît Cerexhe souhaite que la Région fixe un pourcentage d’entreprises par zone. Le ministre-président n’est pas contre. Tout l’enjeu de la discussion qui s’annonce portera donc sur ce chiffre qui, selon Charles Picqué, différera en fonction des zones.

Ce dernier veut que les ZEMU n’accueillent que les entreprises de taille réduite (2.000 m² par immeuble). Car "ce sont souvent ces entreprises qui génèrent le plus d’emplois au m²". Où iront donc celles qui nécessitent une plus grande surface? Le ministre-président précise sans s’avancer sur un chiffre précis qu’une partie des zones industrielles sera maintenue.

Promoteurs en attente

En attendant, les promoteurs immobiliers sont aux aguets. Beaucoup spéculent déjà sur le changement d’affectation de certaines zones. Hier, à l’occasion du séminaire, le CEO d’Atenor présentait le projet "City Docks", qui se situe actuellement dans une zone industrielle, le Quai de Biestebroeck à Anderlecht. La présentation qui en a été faite était déjà bien avancée. Stephan Sonneville, le CEO, n’a d’ailleurs pas hésité à mentionner- à plusieurs reprises- les emplois que pourraient créer son projet. Discret appel du pied.L

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