Bruxelles veut acheter des terres agricoles pour nourrir sa population

©BELGA

Le ministre bruxellois de l'Environnement veut acquérir des terrains dans le Brabant pour fournir les Bruxellois en fruits et légumes. La Région wallonne déplore le manque de concertation.

La Région bruxelloise va prochainement procéder à l'achat de terres agricoles dans les provinces du Brabant wallon et du Brabant flamand, a annoncé le ministre bruxellois de l'Environnement Alain Maron (Ecolo) ce lundi matin sur la chaîne d'information LN24. Des acquisitions dont l'objectif est de préserver la biodiversité et de nourrir une partie de la population bruxelloise, a-t-il expliqué.

"La Région bruxelloise mettra ces terres agricoles à disposition d'agriculteurs dans le but de favoriser les circuits courts."
Alain Maron
Ministre bruxellois de l'Environnement

"La Région mettra ces terres agricoles à disposition d'agriculteurs dans le but de favoriser les circuits courts. Les discussions sont enclenchées", a assuré le ministre sans entrer davantage dans les détails de ce projet, notamment en termes de budget.

Pour appuyer son propos, le ministre a partagé sur Twitter un article datant de l'été 2019, dans lequel il est précisé que le gouvernement bruxellois s'est engagé à faire produire 30% des fruits et légumes consommés dans la région sur son territoire ou dans sa périphérie immédiate d'ici 2035. Il y aurait ainsi 250 hectares de terres agricoles au sein des 19 communes.

"Retour à une économie planifiée?"

L'annonce en a surpris plus d'un dans le landerneau politique belge. Alexia Bertrand, la cheffe de groupe MR (opposition) au Parlement bruxellois, n'a pas caché son étonnement, qu'elle a mâtiné d'une pincée d'ironie.

"Donc la région bruxelloise va acheter des terres en Brabant wallon et flamand pour nourrir les Bruxellois? On entre dans une économie planifiée? Dans la situation actuelle, ce n'est pas le rôle de l'État. La région doit d'abord gérer le peu d'argent qu'elle a pour remplir ses obligations de base (emploi, infrastructures)", a-t-elle estimé via son compte Twitter.

Plus loin, la députée calcule que nourrir un tiers des Bruxellois, soit quelque 400.000 personnes, en pommes de terre et céréales nécessiterait 530 hectares, dont elle évalue le prix à 225 millions d'euros.

Manque de concertation

Plus tard dans la matinée, le ministre wallon de l'Agriculture Willy Borsus (MR) a également réagi, faisant part de sa stupéfaction. "Les terres agricoles sont déjà extrêmement coûteuses et l'accès à la terre est très compliqué en Wallonie. Qu'une Région vienne annoncer avoir une politique d'achat agricole va augmenter cette pression au détriment des éleveurs, des cultivateurs et des maraichers."

26,5
%
Selon une étude publiée par la banque Triodos l'année passée, qui renvoie à des chiffres de la fédération des notaires de Belgique, le prix de la terre agricole a grimpé en moyenne de 26,5% entre 2014 et 2019.

Il fustige par ailleurs le fait que le gouvernement bruxellois n'a pas pris contact avec son homologue wallon avant d'annoncer cette initiative. "La Région wallonne a une action très offensive de soutien à l'agriculture, à la diversification agricole, à l'installation des jeunes, au déploiement du maraichage. La Région bruxelloise débarque comme un cheveu dans la soupe dans cette action de long terme, structurée et concertée."

Prix des terres en hausse

La Fédération wallonne de l'Agriculture s'est quant à elle voulue plus pragmatique en proposant de jouer l'intermédiaire entre la région capitale et les agriculteurs pour un partenariat. "Surprise et choquée" par le projet du ministre bruxellois, la FWA souligne que les exploitants agricoles wallons et leurs alter ego flamands ont poursuivi leur travail tout au long de la crise, s'interrogeant sur les motifs d'Alain Maron.

Face à cette annonce, la FWA estime que de nombreux producteurs wallons "seraient sans nul doute preneurs d'un partenariat avec la Région bruxelloise, si celle-ci souhaitait s'approvisionner en ligne directe dans les exploitations wallonnes".

Les craintes quant à un emballement des prix des terres semblent par ailleurs justifiées. Selon une étude publiée par la banque Triodos l'année passée, qui renvoie à des chiffres de la fédération des notaires de Belgique, le prix de la terre agricole a grimpé en moyenne de 26,5% entre 2014 et 2019.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés