Bruxelles veut cerner les compétences numériques et linguistiques de ses demandeurs d’emplois

La Région bruxelloise va consacrer 30 millions d'euros du plan de relance à l'amélioration des compétences numériques et linguistiques des demandeurs d'emplois. ©laurie dieffembacq

La Région bruxelloise va créer des modules de test permettant d'évaluer tous les demandeurs d'emploi sur base d'un référentiel commun en langue et en numérique.

Vendredi passé, la Belgique a déposé la version définitive de son plan de relance à la Commission européenne, pour un total de 5,9 milliards d’euros. Dont 395 millions pour Bruxelles. Assez ou pas assez ?

Le ministre régional de l'Emploi Bernard Clerfayt (DéFI) ne veut pas revenir sur la polémique. "Ce n'est jamais assez. Après, l'économie bruxelloise est imbriquée dans celle des autres régions. Rien n'est plus important pour Bruxelles et son marché de l'emploi que la qualité de l'enseignement. Avoir des jeunes qui sortent du secondaire avec des compétences en langues, en sciences... et qui prennent le chemin des études supérieures", estime-t-il.

Paradoxe bruxellois

La mission de Bernard Clerfayt est d'utiliser au mieux les 85 millions dévolus à l'emploi et la formation, soit 22% de l'enveloppe européenne pour la Région-Capitale. Il n'est pas question de réinventer la roue, mais de s'attaquer, encore et toujours, au fameux paradoxe bruxellois. À savoir que le premier bassin d'emploi du pays est aussi la région qui affiche le taux de chômage le plus élevé, en raison d'une inadéquation entre un marché de l'emploi exigeant et une fraction des demandeurs d'emplois faiblement qualifiée. "La crise ne fait qu'accroître cette tendance. On a encore plus besoin de renforcer les compétences."

17,5%
La part des personnes inscrites chez Actiris qui ne comprennent pas la langue dans laquelle leur dossier est rédigée.

Et en particulier les compétences linguistiques et numériques. "À ce jour, 17,5% des personnes inscrites chez Actiris ne comprennent pas la langue dans laquelle leur dossier est rédigé. Or, on a tendance à engager des gens qui comprennent les consignes... Au-delà du fait que l'on recherche des webmasters, des ingénieurs informaticiens, etc., l'usage d'outils numériques devient crucial même pour les métiers faciles d'accès. Par exemple, des sociétés de titres-service développent des solutions digitales pour organiser les tournées. C'est aussi nécessaire pour travailler dans un commerce vu l'essor de la vente en ligne", considère Bernard Clerfayt.

Bilan de compétence

La part du lion, 30 millions d'euros, servira donc à améliorer ces aptitudes. Ce qui passera d'abord par l'instauration d'un bilan de compétences. "Des modules de tests vont permettre de classer tous les demandeurs d'emploi sur base d'un référentiel commun en langue et en numérique, avant de s'inscrire en formation. Beaucoup de gens déclarent à Actiris des compétences qui ne sont pas objectivées, ce qui n'aide pas à les placer. Les recruteurs feront ainsi davantage confiance aux informations communiquées par Actiris."

La volonté est aussi d'élargir Brulingua à ceux qui n’ont pas de connaissances de base dans une des langues nationales. "Il ne faut pas partir uniquement de la vérité administrative, mais de la réalité de terrain. Si des personnes parlant uniquement polonais ou arabes ne comprennent pas les instructions de base dans l'application, cela ne peut pas marcher", ajoute le ministre bruxellois de l'Emploi.

Trois millions et demi doivent permettre d'améliorer le taux d'emploi des personnes porteuses d'un handicap, très faible à Bruxelles.

Nouvelles crèches Actiris

Dans l'optique d'une reprise de croissance qui soit la plus inclusive possible, 17 millions d'euros serviront à ériger de nouvelles maisons d'enfants Actiris. "Pour les mamans seules, la gestion des enfants est un handicap à la recherche active d'un travail ou au suivi d'une formation, préalable indispensable à un emploi stable avec des conditions compatibles avec la vie de famille."

Trois millions et demi doivent permettre d'améliorer le taux d'emploi des personnes porteuses d'un handicap, très faible à Bruxelles. "Il s'agit de financer des aménagements physiques ainsi que des formations très spécifiques pour un métier en particulier, une fois le contact établi avec l'employeur."

Projets innovants

La Région entend consacrer une douzaine de millions d'euros à des projets innovants, notamment au travers de Social Impact Bonds. Ce système qui a fait ses preuves avec Duo for a Job permet aux pouvoirs publics de rémunérer un opérateur seulement s'il atteint les objectifs fixés au préalable.

"Je veux une évaluation permanente des politiques de retours à l'emploi."
Bernard Clerfayt (DéFI)
Ministre bruxellois de l'Emploi

Au rayon des innovations, on note l'absence du projet pilote de Territoire zéro chômeur. "Des groupes de travail sont en discussion avec Pierre-Yves Dermagne (ministre fédéral de l'Économie et du Travail, NDLR). Vu que tous les effets retour bénéficient au Fédéral, on ne pourra le faire que si l'État nous accorde les frais d'allocation de chômage auxquels nous ajouterons alors le supplément pour la formation le temps de créer l'activité économique", précise le ministre amarante.

Évaluation permanente des mesures

Enfin, un million sera alloué au développement d'un outil permettant de monitorer les trajectoires de l'emploi. "Au lieu d'évaluer tous les trois ans une mesure via une étude universitaire, je veux une évaluation permanente des politiques de retours à l'emploi", déclare Bernard Clerfayt qui ajoute qu'un autre million servira à convaincre les demandeurs d'emploi à s'orienter vers les métiers en pénurie. "Il y a des clichés à démonter. Comme dans la construction, par exemple, où la technologie a rendu les métiers moins physiques."

Des projets déjà initiés au travers du plan de relance bruxellois, tels que la coopérative de repreneuriat et le fonds Rebond qui prévoit des coachings pour les travailleurs victimes de faillite figurent désormais dans le plan européen pour des montants respectifs de 6,3 et 9 millions d'euros.

Le résumé

  • Une trentaine de millions serviront à évaluer les compétences linguistiques et numériques de tous les demandeurs d'emploi bruxellois et à renforcer ces formations.
  • Pour que la reprise soit "inclusive", des budgets sont prévus pour de nouvelles maisons d'enfants Actiris et pour augmenter le taux d'emploi des personnes porteuses d'un handicap.
  • La Région bruxelloise promouvra des projets innovants, au travers du système des Social Impact Bonds.
  • Sans accord avec le Fédéral, le projet pilote de Territoire zéro chômeurs ne verra vraisemblablement pas le jour.

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