Céline Fremault: "L'égalité salariale, c'est l'affaire de tous"

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Avec les femmes cdH, la ministre bruxelloise Céline Fremault met sur la table un plan d’action national pour l’égalité salariale, constatant que les inégalités reviennent en force.

Céline Fremault (cdH) est une femme (c’est une évidence). Ministre bruxelloise en charge du Logement, de la Qualité de vie, de l’Environnement. Mais aussi féministe engagée. À l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, elle tenait à lancer un appel à tous ses collègues, à tous les niveaux de pouvoir, y compris vers les présidences des partis (dont le sien). "Chacun a le devoir de faire en sorte que la question de l’égalité homme-femme progresse. Or la situation se dégrade, toute une série d’études le montrent. Les hommes doivent être au rendez-vous. L’égalité salariale par exemple, ce n’est pas qu’une histoire de femme, ce n’est pas à mettre uniquement à l’agenda quand une femme est ministre de l’Emploi. C’est l’affaire de tous, et pas seulement le 8 mars!"

La situation de la femme régresse, nous dit la ministre. On ne se bat plus autant pour les droits des femmes que lors de la première résolution adoptée par l’ONU en 1975 (qui a donné naissance à cette journée du 8 mars). "En 2015 déjà, une timide déclaration politique de l’ONU disait que les progrès avaient été lents, qu’il restait des inégalités de taille, des obstacles structurels aux avancées", rappelle Céline Fremault. Et elle épingle les faits: "En 2014 (chiffres Unicef), les femmes produisaient 66% du travail, 50% de la nourriture, mais ne percevaient que 10% des revenus mondiaux et ne détenaient que 1% de la propriété."

Oui, mais cela, c’est un constat mondial. Et en Belgique? "Notre pays a été épinglé en matière de répartition des tâches domestiques dans l’index européen de l’égalité des genres. On a régressé de 9 points entre 2012 et 2017. Or cette mauvaise répartition a un impact sur le travail à temps partiel, les salaires moins élevés, et donc la pension inférieure à celle que les femmes pourraient prétendre s’il y avait une meilleure égalité…"

Céline Fremault en profite au passage pour épingler la politique et la composition du gouvernement fédéral. "Il n’y a plus de vice-Première, ce n’est plus arrivé depuis 20 ans. Faut-il alors s’étonner de voir les politiques menées en matière de chômage, de pensions, qui touchent plus durement les femmes?" se demande Céline Frémault. C’est bien là, notamment, que la ministre voit le recul. "Il y a une forme de gender blind, de déni sur les inégalités. Si on suit beaucoup de monde, les femmes sont déjà partout, et il n’y a plus de raison de se battre." Pour elle, ne plus se battre n’est évidemment pas une option. La ministre a donc rédigé, avec ses collègues des Femmes cdH, un plan d’action pour l’égalité salariale.

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Les derniers chiffres Eurostat montrent pourtant un recul de l’écart salarial, de -3,3% entre 2011 et 2016 (voir l’infographie). "Mais c’est à relativiser, car il n’y a pas de prise en compte des secteurs générant moins de profits, où les femmes sont moins bien rémunérées, comme les secteurs soins de santé, aide aux personnes, puériculture… Il ne tient pas compte de la proportion de femmes occupées à temps partiel, (80% des temps partiels occupés par les femmes)." Céline Fremault brandit donc l’écart salarial calculé par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes: 20,6%. Ajoutez la couche des avantages extralégaux, l’écart grimpe jusqu’à 40%.

"Nous plaidons pour un plan national de lutte contre l’écart salarial, à coordonner entre le Fédéral, les Régions et Communautés", dit Céline Frémault. Elle propose différents axes. Une revalorisation salariale des métiers à prédominance féminine, avec reconnaissance de la pénibilité pour la pension (soins de santé notamment). Elle suggère de compléter la CCT 35 sur le temps partiel par un article obligeant les employeurs à mentionner, dans le contrat de travail, si le travailleur est demandeur ou non d’un temps plein. Le plan devrait aussi comprendre une diversification des avantages extralégaux pour faciliter l’équilibre entre vie prive et professionnelle (garde d’enfant, accueil extrascolaire, jours de congé rémunérés...).

Céline Fremault suggère aussi de renforcer les quotas de femmes et de les étendre aux directions d’entreprise, de dégenrer les orientations des études pour les jeunes, de faciliter l’entreprenariat féminin. "J’en appelle au ministre de l’Emploi fédéral, il faut mettre cela à l’agenda politique. Il faut que tout le monde suive, c’est un travail de longue haleine", conclut-elle.

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