Cultiver des céréales en pleine ville... ou quand Alain Maron fait un four

Le ministre bruxellois Alain Maron soutient un projet dont le but est de planter des céréales panifiables en pleine ville, sur l'avenue du Roi à Saint-Gilles.

Cultiver des céréales entre deux bandes de voiture en plein Saint-Gilles? Le ministre bruxellois Alain Maron porte ce projet étonnant qui suscite l'incrédulité sur la toile.

"L'avenue du Roi, par exemple, verra son allée centrale se transformer en champ de céréales, qui serviront à faire du pain qui pourra être cuit dans le four communautaire qui y sera installé! C'est le type d'action concrète que j'entends soutenir." Ce tweet d'Alain Maron, ministre bruxellois de l'Environnement et du Climat, a affolé la toile. Planter des céréales en pleine ville, en pleine pollution? 

L'idée s'inscrit dans le cadre d'un appel à projet dans le but d'accélérer l’action climatique et la protection de la biodiversité. "La Région bruxelloise offre un soutien méthodologique et financier à la réalisation d’actions concrètes de lutte contre le dérèglement climatique en phase avec les politiques régionales", précise encore le ministre. 

Il y a de l'idée, mais...

"L’idée de ce projet, porté localement, est surtout de faire 'quelque chose' avec cette longue bande de pelouse."
Alain Maron
Ministre de l'Environnement (Ecolo)

Cette initiative est développée par les communes de Saint-Gilles et Forest, selon le porte-parole d'Alain Maron. Mais s'agit-il bien ici d'une "lutte contre le dérèglement climatique"? Directement, non, ce n'est pas le remplacement du pauvre herbage de l'avenue du Roi par des céréales qui aura beaucoup d'effet. Indirectement, en poussant les citoyens à fabriquer leur propre pain, dans un four encore à installer? Il y a de l'idée quand on sait que la proportion de céréales belges dans nos pains est extrêmement faible.

Mais cultiver juste là des céréales panifiables, ça inquiète carrément. Qui voudra d'un pain aux céréales noyées sous les gaz des pots d'échappement? N'oublions pas le vandalisme ni les conditions peu favorables du terrain: mauvaise exposition due à la hauteur des immeubles environnants et à l'ombre des arbres qu'il faudrait donc couper! Les twittos se sont collés au calcul de la rentabilité. C'est faible: une dizaine de pains par semaine sans doute. "Le but de ce projet, porté par les acteurs locaux, n’est évidemment pas de nourrir le quartier", rappelle à l'ordre Alain Maron.

Faire "quelque chose"

La logistique inquiète aussi. L'agriculture n'est pas un amusement. Comment assurer la récolte? Il semble assez compliqué, et peu respectueux des enjeux écologiques, de faire entrer une moissonneuse-batteuse dans la ville pour une si petite récolte. Les citoyens iront-ils manier la faux? Et pour transporter les céréales au moulin? Au-delà des moqueries, la faisabilité du projet interpelle sérieusement.

"L’idée de ce projet, porté localement, est surtout de faire 'quelque chose' avec cette longue bande de pelouse", note encore Alain Maron. Les idées pleuvent déjà pour rentabiliser cette "longue bande de pelouse" puisque, apparemment, l'herbe brute n'a pas droit de cité.

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