De l'intelligence artificielle pour relever les défis sociétaux bruxellois

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort, la secrétaire d'État bruxelloise en charge de la Transition économique Barbara Trachte et Hugues Bersini, professeur d'informatique à l'ULB ©Kristof Vadino

L'institut AI for the Common Good, qui sera créé à l'aide des fonds européens pour la relance, visera à appliquer l'intelligence artificielle à la santé, l'environnement, la mobilité et la gouvernance.

Le gouvernement bruxellois a décidé de se servir des fonds européens pour la relance pour doper la recherche en intelligence artificielle. Avec un budget de seulement dix millions d'euros, AI for the Common Good figure parmi les tout petits projets. Mais il n'en demeure pas moins ambitieux puisqu'il s'agit de créer un nouvel institut mettant cette technologie au service de l'intérêt général.

"Il y a un déficit de compétences informatiques dans les administrations publiques et une rupture avec les universités."
Hugues Bersini
Professeur d'informatique à l'ULB

"On veut vraiment viser le bien public. C'est à dire apporter une solution à tous les problèmes que Bruxelles rencontre dans les domaines de la santé publique, mobilité, transition énergétique, de l'accès à l'enseignement et à l'emploi. Avec cette crise, on se rend compte que les problèmes logistiques sont en réalité bien souvent des problèmes informatiques: le fiasco de Coronalert, les problèmes d'envoi des invitations pour la vaccination... Il y a un déficit de compétences informatiques dans les administrations publiques et une rupture avec les universités. Alors qu'on vient chercher le soutien universitaire en santé, en sociologie, en économie, ce n'est pas le cas pour l'informatique", déplore Hugues Bersini, professeur d'informatique à l'ULB.

"Quand on choisit les secteurs prioritaires pour l’avenir, on ne pousse pas les domaines dans lesquels il n'y a rien. Il faut un terreau fertile, ce qui est le cas de l'intelligence artificielle à Bruxelles dans laquelle on va investir pour la mettre au service de la transition écologique et sociale. Il n'est pas question de dire qu'on développe l'intelligence artificielle pour la développer, mais bien pour relever des défis cruciaux en santé, climat, emploi...", insiste la secrétaire d'État bruxelloise en charge de la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo).

Un algorithme plus humain

Les équipes universitaires travaillent, en effet, déjà sur des projets d'applications relatifs à la mobilité intermodale, à la gestion énergétique de communautés de voisins ou encore d'accompagnemement à l'emploi et à la formation. Mais de l'aveu d'Hugues Bersini, ces initiatives restent disparates. "L'ULB et la VUB collaborent, mais pas encore assez. La création de l'institut va nous permettre de concrétiser l'objectif de bien commun et de faire du multidisciplinaire. Par exemple, le centre qui s'intéreresse aujourd'hui à la problématique de la gouvernance algorithmique ne travaille pas avec les informaticiens. Or, il serait intéressant qu'ils se parlent. L'idée de cet institut, c'est de mobiliser aussi des juristes, des sociologues, des philosophes, des psychologues pour rendre l'algorithme humain et inclusif."

"Il faut fixer un cadre qui ne bride pas la recherche, mais qui préserve les principes fondamentaux de notre société démocratique."
Rudi Vervoort (PS)
Ministre-président bruxellois

Les questions éthiques chères au gouvernement bruxellois seront au coeur d'un think tank développé avec la Fondation Roi Baudouin. "On est conscient qu'il y a une intrusion algorithmique dans nos vies, consentie ou pas. Pour le moment, l'IA sert principalement à enrichir les GAFA. Mais on peut la rendre bienveillante. Beaucoup de manifestes éthiques sont rédigés en Europe, mais les développeurs basés aux États-Unis s'en fichent. Si on développe ces outils nous-mêmes, à l'échelle de la ville, ce sera donc une grande innovation", fait valoir Hugues Bersini.

L'intelligence artificielle attire mais génère des craintes, constate le ministre-président bruxellois. "On le voit avec la crise covid et l'émergence de toutes les questions liées aux données personnelles. Il faut donc aborder les deux faces. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer dans le développement de cette technologie. Il faut fixer un cadre qui ne bride pas la recherche, mais qui préserve les principes fondamentaux de notre société démocratique", conclut Rudi Vervoort (PS).

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés