Deloitte prône un statut unique pour les taxis et Uber à Bruxelles

Le secteur du taxi a été particulièrement perturbé par l'arrivée des plateformes comme Uber et Heetch en 2014. ©REUTERS

Dans une étude commandée par la Région bruxelloise, Deloitte recommande d'imposer des règles communes à l'ensemble des acteurs du secteur du transport rémunéré de personnes. Le MR presse le gouvernement bruxellois d'appliquer ces recommandations connues depuis longtemps.

À Bruxelles, le dossier des taxis est sensible. À trois reprises lorsqu'il détenait le portefeuille de la mobilité, Pascal Smet (one.brussels) a tenté de réformer le secteur du transport rémunéré de personnes, chamboulé par l'arrivée d'Uber. En vain. Le blocage venait systématiquement du PS qui a d'ailleurs décidé de garder la main sur cette compétence durant cette législature plutôt que de la confier à l'actuelle ministre de la Mobilité. L'accord de majorité du gouvernement de Rudi Vervoort (PS) annonçait une réforme globale ayant pour objectif l'amélioration du service, du statut des chauffeurs et une protection de ce service face à la concurrence déloyale des nouveaux acteurs "disruptifs".

C'est dans ce contexte qu'une étude socio-économique de l’ensemble du secteur du transport rémunéré de personnes en Région bruxelloise a été commandée à Deloitte. Cette étude est bouclée depuis février 2020, mais ses conclusions n'ont jamais été transmises aux députés bruxellois.

Nombre de véhicules, de chauffeurs, d'exploitants, taux de renouvellement: l'étude dresse tout d'abord un état des lieux. On apprend notamment que l'un des plus gros enjeux auxquels fait face le secteur du taxi est le taux de taxis inactifs qui s'élève à 20% faute de chauffeurs. Et que cette pénurie impacte surtout le service de nuit et l'offre de service destinée aux PMR (personnes à mobilité réduite). En revanche, le marché des voitures de location avec chauffeur est en pleine expansion depuis 2014, l'année d'arrivée d'Uber et Heetch. Leur nombre est passé de 235 en 2013 à 983 en 2019, soit une hausse de plus de 400%.

Rentabilité insuffisante

Le constat posé par l'étude REBEL de 2013 est confirmé: le secteur des taxis n’est pas un marché rentable. Les chauffeurs ne génèrent pas assez de recettes journalières pour atteindre le salaire minimum légal. La situation n’est pas rentable non plus pour les exploitants moyens, au vu de l'analyse de Deloitte qui relève cependant que leur nombre est resté stable depuis 2013. "Ce qui nous indique que le marché des taxis recoure à un circuit en noir qui permet de subsister au niveau de la rentabilité", conclut le consultant.

"Le nombre d’exploitants est resté stable entre 2013 et 2019. De plus, des nouveaux acteurs sont entrés sur le marché et continuent d’entrer. Cet aspect nous indique que le marché des taxis recoure à un circuit en noir qui permet de subsister au niveau de la rentabilité."
Deloitte

Considérant que le manque de réglementation commune dans le secteur du transport de personnes rémunéré engendre une compétition inéquitable entre les taxis et les chauffeurs roulant via les plateformes électroniques, Deloitte recommande d’unifier le secteur sous une même autorisation. Ce qui n'empêcherait pas de maintenir des distinctions pour le service Collecto et les limousines. Ainsi, le consultant préconise une formation commune et égale pour tous les candidats-chauffeurs. "Aucune différence ne doit être faite selon le type de véhicule, le moyen de réservation ou quel qu'autre critère."

Prix plus libres

Un régulateur pourrait fixer la tarification des taxis sans réservation (hélés en rue ou disponibles au stationnement), selon Deloitte qui préconise une tarification dite corridor pour les taxis réservés à l'avance afin d’encourager une certaine liberté et concurrence tout en évitant le dumping social (prix minimum) et en protégeant le client contre les pratiques abusives (prix maximum).

Si l'exécutif bruxellois devait décider de fixer un numerus clausus, une révision régulière de celui-ci serait nécessaire selon l'étude. "Enfin, une transition vers un système d’autorisations attribuées aux chauffeurs devrait se faire en prenant en compte les différents risques que chaque scénario comprend."

Sur plusieurs points, l'étude de Deloitte rejoint en fait le plan taxi élaboré par Pascal Smet en 2017. L'ex-ministre bruxellois de la Mobilité proposait d'attribuer les licences aux chauffeurs et non plus aux véhicules et de relever le plafond du numerus clausus à 1.800 licences. Il était également déjà question à l'époque d'un assouplissement des prix avec un seuil maximum pour éviter le "surge pricing". Ce qui explique probablement le manque de publicité faite par le gouvernement à la récente étude Deloitte...

Temps perdu

"Les principales conclusions de cette étude sont connues depuis longtemps. Cela montre à quel point le gouvernement a perdu du temps", réagit le député David Weytsman (MR) qui tient le PS directement pour responsable des difficultés actuelles. "La situation financière des travailleurs du secteur taxi, plombé par l'absence de réforme, n'a cessé de se dégrader pour atteindre des rémunérations moyennes au niveau du seuil de pauvreté. Une tendance renforcée par la crise actuelle."

"La situation financière des travailleurs du secteur taxi, plombé par l'absence de réforme, n'a cessé de se dégrader pour atteindre des rémunérations moyennes au niveau du seuil de pauvreté. Une tendance renforcée par la crise actuelle."
David Weytsman (MR)
Député bruxellois

Aux yeux du MR, l'étude rappelle l'importance de certaines mesures à prendre comme l'octroi des licences aux chauffeurs pour mieux les protéger ou la modernisation de la tarification. "Il faut intégrer l'offre de transport rémunéré de personnes dans la stratégie de mobilité globale, en incluant par exemple ce secteur dans le prochain MaaS", souligne David Weytsman qui réclame une présentation rapide de cette étude par Rudi Vervoort.

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