Demande de permis déposée pour une Toison d'Or invitant à la flânerie

©Polo/Fortier/Bruxelles Mobilité

La demande de permis de réaménagement de l’artère bruxelloise dédiée au luxe prévoit la disparition du parking en surface.

Sainctelette, Belliard, rond-point Schuman… À quelques semaines du scrutin régional, le rythme des annonces faites par le ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics Pascal Smet (sp.a) s’est sensiblement accéléré. "Ce n’est pas un petit plan fait dans notre coin juste avant les élections, précise-t-il d’emblée, anticipant notre remarque. La demande de permis déposée pour le réaménagement de l’avenue de la Toison d’Or et du Boulevard de Waterloo est le résultat d’un concours international lancé avec le bouwmeester et d’une longue série de réunions et d’ateliers avec les commerçants et les habitants du quartier", ajoute-t-il en brandissant l’inventaire des rencontres organisées depuis juin 2017.

"Pour maintenir le commerce de luxe sur cet axe, il faut offrir une expérience aux clients."
Pascal Smet (sp.a)
Ministre bruxellois de la Mobilité

Un processus de concertation qui n’a pas empêché une partie des commerçants de s’opposer au projet régional en déposant une demande de permis alternatif, avec le concours de l’architecte Pierre Lallemand. "Venir avec ses propres plans sans l’accord du gestionnaire de voirie parce que l’on n’est pas content du résultat d’un concours et de la consultation, je trouve cela quand même fort. C’est comme si je déposais une demande de permis pour des travaux dans la maison de quelqu’un d’autre. On n’est plus à l’époque de Paul Vanden Boeynants quand les groupes privés déterminaient le sort de la ville. Maintenant, c’est le public en concertation avec les habitants."

Rendre ce tronçon de la petite ceinture aux piétons, les inviter à la flânerie même en soirée lorsque les magasins sont à rideaux tirés, c’est l’objectif du projet régional imaginé par l’architecte français Bruno Fortier, gagnant du concours en compagnie du bureau belge Polo-Architects. "Parmi les grands points de départ donnés aux bureaux d’architecture, il y avait l’obligation de procéder à un réaménagement de haute qualité qui va se maintenir dans le temps. Nous avons aussi insisté sur le besoin d’offrir une expérience aux clients pour maintenir le commerce de luxe. Aujourd’hui, il n’est pas possible de déguster une pâtisserie dans l’espace public car on se trouve sur une autoroute, ce n’est pas agréable. Enfin, il fallait que le projet ne gêne pas l’éventuelle couverture ultérieure du tunnel", résume Pascal Smet.

Ce qui débouche sur un projet radical au niveau de la mobilité. À l’arrêt ou en mouvement, c’est la voiture qui occupe actuellement la majeure partie de l’espace disponible. Le projet de réaménagement réduit drastiquement son emprise. Dans le tronçon compris entre le rond-point Louise et les trémies du tunnel, la circulation automobile est réduite à une seule bande dans chaque sens. Le long du tunnel jusqu’à la Porte de Namur, la circulation repasse à deux bandes dans chaque direction pour absorber le flux des voitures sortant du parking souterrain qui pourront faire demi-tour à hauteur de l’actuel rond-point, amené à disparaître. "À cet endroit, il faudra d’ailleurs remplacer la statue de l’homme de l’Atlantide pour mettre une œuvre de qualité", lâche le ministre.

Un vaste parvis ensoleillé

En clair, le trafic de transit devra impérativement passer dans le tunnel tandis que la surface accueillera le trafic de destination avec la possibilité de déposer quelqu’un dans les zones "kiss and ride" ou d’accéder au parking souterrain. N’espérez plus vous parquer en voirie, les 380 emplacements sautent dans le projet qui maintient seulement une quinzaine de places courte durée. Un gain d’espace qui permet la création de pistes cyclables bidirectionnelles de 3 mètres de large, des deux côtés de l’axe. Ainsi que la création d’un vaste parvis au pied de l’église du Couvent des Pères Carmes. "Nous avons tenu compte de l’ensoleillement pour déterminer l’emplacement de cette esplanade, en rassemblant les flux de circulation vers le boulevard de Waterloo. Les gens pourront flâner, prendre un café, écouter de la musique sur des ronds de végétation entourés de bancs… Un kiosque avec de la petite restauration de qualité est aussi prévu", fait valoir le socialiste néerlandophone.

©Polo/Fortier/Bruxelles Mobilité

De façade à façade, les espaces dédiés aux piétons seront recouverts d’un revêtement en granit portugais bicolore. Ne risque-t-on pas d’obtenir un espace trop minéral, comme d’aucuns se plaignent déjà à De Brouckère ou Rogier? "C’est parfois impossible de verduriser davantage car il n’y a pas de terre, mais du parking ou du métro en sous-sol", justifie Smet qui précise que le projet prévoit plus d’arbres qu’à l’heure actuelle. S’il faudra en abattre 18 pour aménager le nouveau tracé, 47 feuillus supplémentaires seront plantés, portant le total à 120. L’entrée du parc d’Egmont, à côté de The Hotel, sera mise en évidence grâce au prolongement du revêtement.

Le ministre en profite pour rappeler qu’il dispose du soutien des propriétaires du groupe hôtelier. Il admet en revanche qu’il reste des pierres d’achoppement avec d’autres sociétés comme Interparking dont les 55 places en surface sont menacées par le projet qui prévoit aussi la fermeture de la pompe à essence Q8 dont le permis d’environnement arrive à terme en 2023. "Le Sofitel se sent discriminé parce que The Hotel dispose d’une voirie d’accès. Mais ils pourront utiliser la zone livraison quand ils auront des délégations importantes", tente de rassurer Pascal Smet qui annonce que son projet, dont le coût est estimé à 10 millions d’euros, sera à l’enquête publique avant l’été.

Opposition: "Unanimité contre"

Selon le CEO d’Interparking, le projet de Pascal Smet rencontre une unanimité "considérable" contre lui: Beci, le Bel (Brussels Exclusive Labels), l’association Uptown… "Les commerçants ne se retrouvent pas dans le projet actuel. Lors de la piétonnisation des boulevards du centre, on se trouvait dans un phénomène négatif. Tandis que notre réaction est positive. Nous avons chargé un architecte de renom pour préparer un projet qui maintient l’accès au quartier, tout en le rendant plus vert et plus apaisé. Je crois que c’est assez révolutionnaire", déclare Roland Cracco. Pour ce dernier, le dépôt de demande de permis par le gouvernement bruxellois ne modifie en rien leur démarche. "Nous introduirons notre demande de permis après les élections, comme prévu. Ça ne change rien du tout à la volonté et la conviction des acteurs qui vivent et travaillent dans ce quartier, ce qui n’est pas nécessairement le cas de ceux qui proposent le projet actuel."

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