interview

Denis Knoops: "Nous, on investit comme un privé, la bienveillance en plus"

Denis Knoops, président du conseil d'administration de finance&invest.brussels. ©Dieter Telemans

L'Écho a pris l'apéro avec l'ancien patron de Delhaize. A la carte: le nouveau gouvernement, la politique vis-à-vis des entreprises et ses priorités au sein de l'organisme qu'il préside.

Chez Félix. Un bar à vin accroché sur un coin et une pancarte sur le zinc: "Soutenez l’horeca schaerbeekois". Ici, c’est le beau côté de la commune, celui des squares et des télés, celui aussi des institutions. Y’a même un marché. Le vendredi où, de 18h à 20h30, l’ex-patron de Delhaize prend un apéritif avec tous ceux qu’il croise, avant de se retrancher ici, Chez Félix, à l’heure où les étals remballent. Pas de chance, vendredi il était pris, pas de chance les prochains seront tous sous la pluie. Alors, il a choisi lundi et comme c’est un lundi, Denis Knoops a décidé de prendre un Ice Tea alors qu’il le confie dans la même phrase, d’ordinaire il aime bien boire un petit verre. "C’est bien la première fois de ma vie que je ne prends pas un verre de vin ici", ajoute-t-il alors en retirant son ciré.  

L'homme de la situation

Alors que dehors, des gens à petits chiens se promènent sur les trottoirs mouillés, les négociations gouvernementales, elles, semblent bien embarquées alors "Habemus Papam?" lançons-nous pour briser la glace. 

5 dates clés du président de finance & invest.brussels

  • 1970: "Je découvre que Saint-Nicolas n’existe pas, la déception de ma vie, d’un coup je perds ma naïveté et je découvre le monde des adultes."
  • 1990: "J’embrasse une juriste à Louvain-la-Neuve et là, il se passe quelque chose de différent. 30 ans plus tard, nous sommes toujours mariés."
  • 1996: "CEO de Tom&Co, ma femme m’appelle en pleine réunion pour me dire qu’elle attend des jumeaux, ma fille aînée avait moins d’un an. Un an et demi après mon célibat, j’étais marié et père de trois enfants, une croissance rapide!"
  • 2001: "La naissance de mon quatrième enfant à Bangkok, le jour des attentats de New York."
  • 2020: "Je reçois une lettre adressée au 'Docteur Knoops', ma fille venait de recevoir son numéro Inami, la fin d’un cycle pour moi."

Lui parie depuis longtemps sur De Croo, le mec qu’il faut pour la situation. "Un gars sympa en prime, pas le genre leader dictateur et être issu d’un petit parti, c’est clairement un avantage pour diriger un gouvernement de 7 partis. Et puis, il est à fond et depuis longtemps dans le sustainability, pour moi il a tout compris." La manifestation du Belang hier? Oui, il a vu: "Ça fout les jetons, avec leurs logos, leurs drapeaux et leurs slogans, on dirait les suprémacistes aux USA", mais malgré cela, Denis Knoops dit avoir confiance dans l’avenir de son pays, allant même jusqu’à expliquer n’avoir jamais été aussi belge qu’aujourd’hui.

"Pareil avec les produits, il y a 10 ans, personne n’aurait imaginé mettre un drapeau sur l’emballage d’un fromage, par exemple". Et non, ce n’est pas parce qu’il avait un drapeau sur son masque qu’on se moquait de Georges-Louis Bouchez mais bien parce que "Georges-Louis Bouchez énerve tout le monde, un côté narcissique-selfie qui irrite. Beaucoup de politiques sont comme ça. Quand j’annonçais le plan de licenciements en 2014 chez Delhaize, certains politiques flamands venaient me voir juste pour la photo avec les journalistes, après n’avoir rien écouté de ce que je leur racontais pendant la réunion. D’autres en revanche, plus hommes d’État, sont venus sans photo ni caméra, off the record, juste pour comprendre." Concernant la N-VA à présent, Knoops, qui siégeait jadis au raad van bestuur du Voka, le patronat flamand, explique que 95% des patrons flamands qu’il y côtoyait votaient N-VA parce qu’ils étaient pro-business: "Ça n’a rien à voir avec le nationalisme, ils s’en fichent, ils sont juste pro-capital, comme ceux qui votent MR côté francophone."

À l’aube de ce qui se profile comme un nouveau gouvernement, on branche le nouveau président de finance&invest.brussels (ex-SRIB) sur ce qu’il serait bien de faire pour les entreprises justement. Lui, tout ce qu’il demanderait, c’est qu’on arrête "d’inventer de nouveaux organismes censés répondre à des problèmes, le style 'On crée ça pour aider les jeunes à trouver un emploi', avant de créer un autre organisme pour aider ensuite les entrepreneurs à aider les jeunes, c’est véritablement une maladie en Wallonie. Cela ne résout rien, ça ne crée que des effets d’aubaine chez certains, là où les vrais entrepreneurs n’ont pas le temps de s’intéresser ni à ces mesures ni à la politique, eux ils bossent. C’est fou comme le monde politique et le monde de l’entreprise non seulement ne se parlent pas mais ne se comprennent pas."

"C’est fou comme le monde politique et le monde de l’entreprise non seulement ne se parlent pas mais ne se comprennent pas."
Denis Knoops
Président de finance&invest.brussels

Govtech

Autre constat depuis son arrivée à finance&invest.brussels? Le retard qu’elle avait sur ses homologues flamand et wallon, même si aujourd’hui, selon lui, grâce à Pierre Hermant et l’équipe en place, l’organisme a été recapitalisé (8 à 40 millions) et le cap est mis non seulement sur les boîtes bruxelloises mais aussi sur celles qu’ils veulent faire venir de l’étranger, les govtech notamment, dont le terrain naturel serait Bruxelles, siège des institutions et capitale de l’Europe. "Ce qui est dommage, c’est que les boîtes ici nous connaissent mal, de très bonnes sociétés ne font pas appel à nous, là où d’autres pensent qu’on est là pour leur donner des subsides. Or nous, on investit comme un privé, la bienveillance en plus, car notre but c’est de créer de la valeur et de l’emploi avant tout."

"Il faut avoir suffisamment d’argent pour pouvoir dormir la nuit et pas assez que pour être obligé de se lever tôt le lendemain pour en gagner."

Son verre d’Ice Tea à moitié vide à présent, Denis Knoops – serial entrepreneur depuis qu’il a quitté Delhaize en 2017 –, explique être frappé par la culture start-up aujourd’hui. "C’est super, même s’il faut faire la différence entre le 'très bon' et le 'n’importe quoi'. Néanmoins, ce que je constate, c’est qu’on entretient l’idée – et les médias les premiers – que lever des fonds pour une start-up est un but en soi. On se retrouve souvent avec des levées incroyables pour des boîtes qui n’ont pas besoin d’autant d’argent, ce n’est pas sain et au-delà de la dilution qu’elles entraînent, le produit devient toxique. Et puis enfin, quand on a trop d’argent, on ne fait que des conneries. Mon conseil c’est qu’il faut avoir suffisamment d’argent pour pouvoir dormir la nuit et pas assez que pour être obligé de se lever tôt le lendemain pour en gagner."

Que buvez-vous?

  • Apéro préféré? "Une bière IPA de Brussels Beer project, avant je ne buvais que de la pils."
  • A table? "Un bordeaux, plutôt saint-julien ou pomerol, ou alors un côtes-du-rhône bien pêchu." 
  • Dernière cuite? "Cet été à Duinbergen - le Schaerbeek de la mer - avec des amis. Plusieurs spritz à l’apéro avant d’enchaîner sur de très bons vins, mais j’ai quand même réussi à conduire mon vélo en rentrant."
  • A qui payer un verre?  "A la juge d’instruction Anne Gruwez, elle allie de nombreuses qualités, l’humilité, l’humanité, l’humour et beaucoup de bon sens. Ça nous manque." 

La mode aberrante des licornes

Le sommet de l’aberration pour lui ? La mode des licornes, il ne voit pas l’intérêt d’avoir des "valos de dingue" sans créer de la valeur alors qu’à l’inverse, on trouve en Belgique de très belles PME qui fonctionnent très bien avec des "valos ridicules".  À l’entendre, c’est un peu comme si on opposait "nouvelle économie et ancienne économie, l’une est branchée, l’autre complètement ringarde", or des deux côtés, on trouve de très belles initiatives. Une chose en revanche est bien certaine pour notre homme, c’est que l’avenir appartient désormais tant aux start-ups qu’aux PME, particulièrement en Belgique, terreau fertile s’il en est. Fini donc l’empire des grosses boîtes qui faisaient rêver les ingénieurs en sortant de leurs études, les Unilever et autres Henkel de son époque, pour lui celles-ci sont désormais bouffées "par la compliance", "sclérosées par les layers de pouvoir" et peinent par conséquent à attirer les jeunes talents. "Avant, si un jeune travaillait dans une PME, c’était parce que la grosse boîte n’avait pas voulu l’engager, aujourd’hui c’est l’inverse."  

"Mettre les rouges, les bleus et les verts ensemble, s’ils arrivent à s’entendre, c’est très sustainable en soi."

 L’apéro est terminé. Finalement et pour la photo, Denis Knoops prendra quand même bien une bière. Pas encore de fumée blanche au-dessus du Palais royal, qui sait, ce sera peut-être pour demain. Knoops conclut alors sur le "durable", l’avenir selon lui, avant de lâcher "Finalement la Vivaldi, c’est pas si con. Mettre les rouges, les bleus et les verts ensemble, s’ils arrivent à s’entendre, c’est très sustainable en soi". 

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