"Dépassons les voies sans issue autour du Bois de la Cambre. Soyons créatifs!"

Le bureau Archi 2000 s'est penché sur la manière de mieux faire cohabiter cyclistes, piétons et automobilistes dans le Bois de la Cambre. ©EPA

Rencontre avec l’architecte bruxellois Philippe Verdussen. L'homme propose des pistes pour améliorer la cohabitation entre tous les modes de transport dans le Bois de la Cambre.

L’architecte bruxellois Philippe Verdussen vit et travaille au cœur du Bois de la Cambre depuis des décennies. Et il n’a pas attendu que les responsables politiques des communes qui le bordent s’écharpent pour y repenser la mobilité pour tous les usagers.

Fin 2019, in tempore non suspecto, il avait, en effet, pris l’initiative de réfléchir à améliorer la circulation cycliste et piétonne dans le bois. C’était à l’occasion des 30 ans d’existence d’Archi 2000, son bureau. En marge d’une actualité locale qui s’envenime, il ressort aujourd’hui ses croquis. "Impossibilité de le traverser en toute sécurité, nuisances sonores et olfactives, autant de désagréments pour les cyclistes et piétons qui nous avaient alors interpellés", motive-t-il.

"Favoriser la mobilité douce ne signifie pas automatiquement éliminer la voiture."
Philippe Verdussen
Archi 2000

En quoi consiste votre idée, concrètement?

Nous souhaitons proposer des solutions en participant à une démarche positive, constructive. Au départ, il s’agissait d’une initiative centrée sur les usagers du vélo et les piétons. Mais elle s’est transformée en une recherche de cohabitation entre tous les modes de transport. Et elle tend à solutionner à la fois les problèmes de mobilité dans le bois et autour du bois. Favoriser la mobilité douce ne signifie pas automatiquement éliminer la voiture, d’ailleurs.

Concrètement, nous proposons un parcours offrant aux usagers dits faibles l’assurance d’une traversée fluide, continue, sécurisée et libérée de toutes contraintes. Ce parcours est le résultat d’examens in situ et se base évidemment sur les reliefs accidentés du bois ainsi que sur les croisements avec la circulation automobile. Nous veillons également à respecter la scénographie particulière conçue en 1957 par l’architecte Edouard Kellig. 

"Il y a certainement lieu de réduire à certains endroits les bandes de circulation, d’instaurer des limites de vitesse drastiques."

Encore une utopie d’architecte ?

Je ne le pense pas. Le pape du vélo danois, Mikaël Colville-Andersen, a dit que les gens ne se mettraient au vélo qu’une fois qu’ils se sentiraient suffisamment en sécurité. Les pistes cyclables que nous préconisons ne sont pas ces dangereuses bandes étroites peintes sur la chaussée, mais de larges pistes à sens unique séparées du trafic, des ouvrages spéciaux posés sur le site.

Résoudre le problème de la mobilité dans le bois ne se fera pas en reportant le problème ailleurs. Dans le cas qui nous occupe, il y a certainement lieu de réduire à certains endroits les bandes de circulation, d’instaurer des limites de vitesse drastiques – une zone 30 – et de les faire respecter.

Mais, de grâce, arrêtons ces mesures provisoires à la belge qui consistent à déposer des bollards en béton hideux n’importe où et n’importe comment et qui, pour finir, deviennent des mesures définitives. Notre projet est ambitieux mais réaliste. 

Le chemin suspendu dédiés aux usagers lents traverserait le Bois de la Cambre sur toute sa longueur. ©Archi 2000

Vous en avez déjà touché un mot aux autorités respectives concernées?

Le Cabinet du ministre Pascal Smet, les bourgmestres Philippe Close et Boris Dilliès ont reçu en décembre dernier, comme bien d’autres, notre carte de vœux illustrée par ce projet. C’était avant le confinement. Et tout le monde a eu ensuite d’autres chats à fouetter…

Aujourd’hui, alors que les citations et les recours se multiplient et que le débat risque de s’enliser dans de longues procédures, je trouvais opportun de ressortir du bois - si j’ose dire – et de m’inscrire dans une démarche positive, avec un concept qui fonctionne déjà dans d’autres grandes villes européennes.

"Ce projet peut être porté également par certains sponsors privés qui seraient ravis de pouvoir participer à une réelle ambition pour Bruxelles."

Quels seraient les délais d’un projet pareil? Et le coût?

Brent Toderian, expert canadien en mobilité, est venu récemment dans la capitale belge et a estimé que si Bruxelles voulait favoriser la mobilité douce, il fallait des projets à court terme, pas à l’horizon 2030. Avec un peu de volonté, j’estime que ce projet peut être réalisé d’ici 3 ans.

En termes de coût, je pense qu’il est tout à fait réaliste. Voyez ce qui se passe au Danemark, au Luxembourg et, plus près de chez nous, au Limbourg: ce sont des projets similaires, ambitieux mais payables.

Je suis convaincu, qu’outre de l’argent public, ce projet peut être porté également par certains sponsors privés qui seraient ravis de pouvoir participer à une réelle ambition pour Bruxelles, à la hauteur de l’ambition que devrait avoir une capitale européenne pour un bois de cette dimension classé dans son entièreté. Un bois que beaucoup nous envient, d’ailleurs.

©Archi 2000

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