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Divisés sur SmartMove, les ministres de la Mobilité prônent le couple vélo-train

Le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry, son homologue bruxelloise Elke Van den Brandt et Georges Gilkinet, compétent au niveau fédéral pour la même matière. ©saskia vanderstichele

Alors que le trafic automobile a repris de plus belle à Bruxelles, les trois ministres "verts" de la Mobilité affirment miser sur l'intermodalité pour désengorger la capitale.

À L'Echo, on voulait interviewer depuis plusieurs mois les quatre ministres de la Mobilité du pays, mais cette demande n'a jamais abouti. Tant pis. À l'occasion de la semaine de la mobilité, les ministres verts compétents au Fédéral, en Wallonie et à Bruxelles ont tenu à afficher leur bonne collaboration. On amorce avec le niveau de congestion automobile, grosso modo similaire à celui de l'avant-pandémie. "Il y a plus de monde dans les trains aussi ! On est revenu à 78% du chiffre d’avant-covid pour le trafic en semaine, et 83% pour le trafic week-end. La demande de mobilité est plus forte, car les gens reviennent au travail même s'il restera structurellement du télétravail", affirme Georges Gilkinet (Ecolo), ministre au niveau fédéral.

Son homologue à Bruxelles embraie sur les chiffres de la Stib, à leur plus haut niveau depuis le début de la crise (67,2% de la fréquentation normale pour le métro et 67,4% en surface). "Et quand les gens retournent dans les transports publics, ils y restent. Ce n'est pas juste pour une fois, ce qui est important. Le taux de cyclistes est haut aussi. Mais c'est vrai que les embouteillages reviennent malheureusement", admet Elke Van den Brandt (Groen). "On n'a pas encore retrouvé la confiance dans les transports en commun, mais par contre on a progressé sur la multimodalité. De plus en plus de personnes envisagent leur déplacement par une combinaison de modes, comme le vélo-train, ce que l'on soutient fermement", assure le ministre wallon Philippe Henry (Ecolo).

Étendre l'intégration tarifaire

Sur l'intermodalité, le trio est loquace. On tente donc de schématiser : côté wallon, cela consiste notamment à transformer les gares en Mobipôles, afin de brancher toute l'offre de mobilité locale, passant notamment par des lignes de bus express, sur l'épine dorsale ferroviaire. Outre une meilleure coordination avec les transports en commun, la SNCB vise une meilleure accessibilité pour les cyclistes puisque le futur matériel roulant comprendra systématiquement des espaces pour les vélos. À Bruxelles, c'est l'exemple de la gare Ceria inaugurée il y a quelques mois qui est avancé. Située à proximité de la station de métro du même nom et d'un parking de dissuasion pour les voitures, celle-ci comprend du stationnement pour vélos et des deux-roues en libre-service.

En outre, l'intégration tarifaire permet depuis peu de voyager avec un seul titre de transport (Brupass) sur tous les réseaux de transport publics dans un périmètre de 11,5 km autour de Bruxelles. "Dès que je suis entré en fonction, les quatre ministres de la Mobilité se sont mis autour de la table pour identifier les sujets sur lesquels on pouvait avancer rapidement et c'est comme cela qu'on a débloqué ce dossier. On a maintenant demandé au comité de pilotage d'étudier la possibilité d'étendre la zone à 30 km", fait savoir Georges Gilkinet.

"J'ai une douzaine d'applications pour me déplacer sur mon smartphone. C'est un enjeu de rendre tout cela plus lisible."
Elke Van den Brandt (Groen)
Ministre bruxelloise de la Mobilité

Pour fluidifier le passage d'un mode de transport à un autre, le trio compte aussi sur les applications de type MAAS (mobility as a service). "Lancée l'année prochaine, l'appli de la Stib intégrera tous les modes de déplacement, dont les opérateurs de micro-mobilité. L'offre est immense à Bruxelles, mais il faut pouvoir la découvrir. J'ai une douzaine d'applications pour me déplacer sur mon smartphone. C'est un enjeu de rendre tout cela plus lisible", affirme Elke Van den Brandt.

En attendant le renforcement des fréquences prévu dans la vision 2040 du rail, Georges Gilkinet estime que le recours aux applis proposant la meilleure solution de déplacement d'un point A à un point B couplé à l'intégration tarifaire permettra de mieux exploiter le potentiel ferroviaire de Bruxelles (35 gares). "À Liège aussi, les gares situées dans la ville représentent une alternative méconnue que l'on met actuellement en avant face aux gros soucis de mobilité rencontrés suite aux inondations", ajoute Philippe Henry.

Corridors vélos

61
%
La part de la population wallonne qui habite à moins de 15 minutes (3,5 km) d'un point SNCB.

Selon ce dernier, le potentiel du couple vélo-train n'est pas négligeable en Wallonie étant donné que plus de 60% de la population habite à moins de 15 minutes (3,5 km) d'un point SNCB. À cela s'ajouterait le potentiel d'accès direct à Bruxelles en deux-roues : "Pas quand on vient d'Arlon évidemment, mais de certaines communes du Brabant wallon. Le schéma précis de mise en œuvre du corridor vélo Louvain-la-Neuve/Bruxelles est en préparation, avec l'interconnexion en Flandre au niveau de Rosières, pour un début des travaux fin de l'année prochaine."

Le Fédéral collabore également avec la ministre flamande de la Mobilité Lydia Peeters (Open Vld) pour les véloroutes longeant les lignes de chemin de fer tandis que le nouveau programme de Beliris prévoit de financer cinq nouvelles études pour des pistes cyclables longue distance en marge de grands axes (autoroute, canal, lignes ferroviaires...).

"Il faut faire de la mobilité une liberté, c'est évident. C'est aussi un marché économique extraordinaire avec toutes ces start-ups qui travaillent sur la mobilité partagée."
Georges Gilkinet (Ecolo)
Ministre fédéral de la Mobilité

Selon ces ministres, de plus en plus de travailleurs aspirent à des formules souples tel un package mobilité au lieu d'une voiture de société. "Il faut faire de la mobilité une liberté, c'est évident. C'est aussi un marché économique extraordinaire avec toutes ces start-ups qui travaillent sur la mobilité partagée. Les pouvoirs publics peuvent investir, mais si on pouvait réorienter une partie de l'argent consacré par les entreprises pour les voitures-salaires, on aurait un effet levier permettant de développer encore davantage ces solutions. Nous, on crée surtout un cadre, on fait en sorte que les opérateurs publics se parlent, y compris avec le secteur privé", fait valoir Georges Gilkinet.

Philippe Henry en est convaincu, il y a un momentum à ne pas manquer : "Beaucoup de personnes amenées à revenir sur le lieu de travail se questionnent sur le sens de passer des heures dans les embouteillages et sont prêtes à envisager la mobilité différemment. Ce qui se combine avec nos objectifs climatiques. La mobilité, qui représente une énorme part des émissions, doit basculer vers les transports en commun, les modes actifs et l'intermodalité pour pouvoir se passer de la voiture personnelle."

Elke Van den Brandt ajoute : "Si on change de mobilité, c'est bien pour la mobilité, essentiel pour le climat, mais cela va aussi rendre nos villes plus attractives avec un gain d'espace public à verduriser, des quartiers apaisés." "Je voudrais aussi avancer la dimension plaisir à ne pas être enfermé dans sa voiture", complète Georges Gilkinet. "Pendant le covid, les gens ont retrouvé le plaisir de la marche et du vélo. Le fait de pouvoir aller au codeco à vélo nous rend plus heureux Elke et moi. Cela nous permet d'être plus endurants pour la longue réunion qui va suivre. Plus globalement, les cyclistes quotidiens font du sport, prennent l'air, sont en meilleure santé."

Pas d'unité sur SmartMove

"En l'état, le texte pose problème côté wallon. Trop de personnes sont obligées de venir à Bruxelles sans toujours avoir les infrastructures nécessaires."
Philippe Henry (Ecolo)
Ministre wallon de la Mobilité

S'ils partagent des objectifs, les écologistes ne sont pas complètement alignés sur les moyens. Le projet bruxellois de taxation kilométrique est recalé par Philippe Henry. "En Wallonie, on fait le choix d'investir dans les modes actifs, car on avait un très gros retard, et dans les transports en commun pour faire en sorte que l'on puisse se passer de voiture dans les prochaines années. La priorité a été mise là-dessus plutôt que sur la fiscalité à l'usage. En tout cas pour cette législature-ci." Au point de bloquer SmartMove dans le cas où le Conseil d'État donnerait son feu vert aux Bruxellois ? "En l'état, le texte pose problème côté wallon. Trop de personnes sont obligées de venir à Bruxelles sans toujours avoir les infrastructures nécessaires. Selon ce que dira le Conseil d'État, le dialogue se poursuivra, c'est notre objectif."

Sur ce dossier, Georges Gilkinet assure avoir un rôle de facilitateur. "On doit avoir l'intelligence de reconnaître qu'il y a un enjeu à Bruxelles que l'on partage tous : les files qui coûtent des milliards d'euros selon la FEB et le Bureau du plan et leur impact sur la santé et la qualité de vie. Bruxelles pense avoir une solution, discutons-en. Essayons de trouver tous ensemble un point d'équilibre sous cette législature-ci ou la prochaine."

Même si elle assure que la concertation restera de mise, Elke Van den Brandt ne cache pas tout à fait son impatience. "Nous avons pris nos responsabilités en investissant massivement dans les transports en commun. En ville, nous ressentons tous les impacts des embouteillages et de la pollution. Et la crise a renforcé le besoin d'espaces publics qualitatifs. Il y a vraiment urgence ! C'est pour cela qu'on a mis quelque chose sur la table. Cherchons des solutions !"

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