En 2012, la RTBF a gardé le cap de l'orthodoxie budgétaire

La RTBF est à la corde, prévient son administrateur général Jean-Paul Philippot. ©BELGA

Mise au pain sec par son autorité de tutelle et confrontée à un marché publicitaire en berne, la chaîne publique a fait mieux que ses objectifs en 2012. Mais son patron prévient: "Nous sommes à la corde!"

Le conseil d’administration de la RTBF a récemment approuvé les comptes annuels du service audiovisuel public francophone. Globalement, la RTBF reste dans les clous selon les données dont nous avons pu prendre connaissance. Certes, elle affiche une légère perte de -1,2 million d’euros "mais elle est deux fois moins élevée que prévu puisque nous avions budgété un déficit de -2,335 millions", se félicite l’administrateur général Jean-Paul Philippot. Le résultat d’exploitation s’affiche par contre dans le vert à 1,9 million (contre 3,6 millions un an plus tôt) tandis que l’Ebitda progresse, passant de 20,6 à 22,3 millions d’euros.

"Notre situation financière reste très tendue et précaire mais elle témoigne de notre orthodoxie financière, soutient-il. Depuis 2007 notre résultat d’exploitation est toujours dans le vert et, entre 2006 et 2012, notre Ebitda a carrément doublé." L’endettement financier a de son côté diminué de 15% l’an dernier à 88,8 millions d’euros.

La croissance du chiffre d’affaires, passée de 301 à 316 millions d’euros, s’explique par l’indexation de la dotation (amputée de 1,5% en raison du plan d’économies 2010-2012) et une légère hausse de 2% du chiffre d’affaires publicitaire, soit 67 millions d’euros, due aux bonnes performances de la radio alors que la télévision était en recul. Mais quand on élimine les effets de l’inflation (environ 2%), la croissance des recettes publicitaires est atone. Malgré tout cela reste satisfaisant dans un marché déprimé.

Plan d’économies

L’administrateur général est d’autant plus satisfait qu’en 2012, la RTBF a été confrontée à la dernière — et la plus douloureuse pour ses finances — phase du plan d’économies 2010-2012 imposé par la Communauté française, soit 21,8 millions d’euros pour un total de 48 millions.

"Pour les finances de la Communauté, ce plan a pleinement porté ses fruits, observe un peu amer Jean-Paul Philippot. Alors que l’actionnaire ne nous a pas financés à la hauteur de ce que prévoyait notre contrat de gestion, nous avons rempli nos engagements comme nul autre, grâce, avant tout, aux efforts de nos 2.000 collaborateurs, tout ceci en n’hypothéquant pas l’avenir comme en témoigne la hauteur de notre Ebitda".

Le patron du boulevard Reyers insiste beaucoup sur l’engagement de ses troupes car le plan d’économies, qui s’est soldé notamment par la suppression de 87 équivalents temps plein en 2012, n’a pas empêché l’entreprise d’afficher de bonnes performances opérationnelles.Pour rappel, en 2012, la RTBF télé a gagné 1,2 point d’audience à 22,3% en soirée (cible 4 ans et plus) et 0,4 point à 22,1% en journée.

Évidemment, elle a bénéficié d’un été exceptionnellement sportif avec l’Euro de football et les Jeux Olympiques. "C’est vrai, mais cette croissance de notre audience s’est poursuivie entre janvier et mai, 2013 par rapport à la période correspondante de 2012", précise Jean-Paul Philippot qui n’est pas naïf pour autant: "Nous nous attendons à un inévitable tassement cet été."

Néanmoins, il est un autre motif de satisfaction pour la RTBF, celui du – relatif — rajeunissement de son audience, passée de 58 à 56 ans d’âge moyen sur la Une grâce à des émissions comme "The Voice", "Sans Chichis" ou "On n’est pas des pigeons". Les deux premières citées, précisément, pourraient voir leur existence remise en question dans les mois qui viennent puisque, on le sait, le nouveau contrat de gestion 2013-2017 prévoit la suppression du placement de produit dès le 1er juillet de cette année. Soit un manque à gagner supplémentaire de 2 millions d’euros.

"Le gouvernement, n’ayant pas d’argent, a décidé de sanctionner le bon élève, persifle Jean-Paul Philippot. Cela entraînera un affaiblissement de la production belge, le risque que les annonceurs trouvent à Luxembourg les moyens de submerger le téléspectateur belge de placements de produits, sans aucun contrôle du CSA, et ira à l’opposé de ce qui est un enjeu majeur pour les télévisions, à savoir rajeunir leur audience, non pas par jeunisme, mais pour toucher le maximum de personnes, ce qui est la vocation d’une chaîne publique."

Ce manque à gagner s’ajoutera aux 28 millions d’euros de nouvelles économies sur cinq ans prévus par ledit contrat. Lesquelles entraîneront une nouvelle réduction des effectifs de 75 équivalents temps plein, qui passeront pour la première fois cette année sous la barre des 2.000 personnes. Tout ceci alors que le marché publicitaire télé a reculé d’environ 10% au premier trimestre selon les estimations du groupe… RTL.

Mauvais signal

Incapable de refinancer la RTBF dans le contexte budgétaire actuel, la Communauté française l’a autorisée à afficher un déficit de 6,5 millions d’euros en 2013. "Ce n’est évidemment pas un bon signal que nous donne l’actionnaire; donc, si on peut faire mieux, on le fera mais cela très compliqué car on est à la corde. À un moment donné, la logique d’économies ne tient plus". À partir de 2014, la RTBF obtiendra bien les 8 millions d’euros supplémentaires qu’elle revendiquait lors de la négociation du nouveau contrat, mais les 6,5 millions de déficit budgétés ne seront évidemment jamais rattrapés.

Si on y ajoute les futurs investissements immobiliers (80 à 110 millions d’euros selon que l’on rénove ou que l’on reconstruise, probablement via un partenariat avec le privé — l’analyse est en cours et aucune décision ne sera prise avant la deuxième partie de l’année) et ceux prévus par le contrat de gestion pour le développement d’une série hebdomadaire de fiction, la RTBF va au-devant de nouvelles années de gestion au cordeau.

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