En toute discrétion, l'ULB brade les bâtiments de l'ISTI

L'ULB, qui n'a officiellement pas encore libéré les lieux, paie désormais un loyer à l'ASBL ayant racheté les anciens locaux de l'ISTI. ©Kristof Vadino

L'ULB prétendait avoir vendu les anciens locaux de l'ISTI à un promoteur privé, au mieux de ses intérêts. En réalité, les bâtiments ont été cédés directement à une ASBL, sans aucune publicité ni mise en concurrence.

Des riverains qui redoutent l'implantation d'une école secondaire dans leur quartier. Le sujet aurait pu en rester là si les riverains en question n'avaient pas, au cours de leur investigation, soulevé plusieurs anomalies. Les zones d'ombre et les mensonges émaillent en effet le processus de vente des anciens locaux de l'école de traduction et d'interprétation (ISTI) situés dans le quartier Bel Air, à Uccle.

Après avoir hérité à titre gratuit, en 2014, de ces locaux appartenant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'ULB les a cédés, fin 2017, à l'ASBL Générations qui prévoit d'y implanter une école secondaire "pluraliste" de confession musulmane.

C'est par voie de presse, en 2019, que les riverains prennent connaissance de la vente de l'immeuble. Désireux de connaître la future affectation des locaux, ils contactent l'ULB qui affirme ne rien savoir, les bâtiments ayant été vendus à un promoteur. C'est d'ailleurs ce qu'affirme le porte-parole du recteur à la RTBF, en février 2020: "Nous avons vendu à un promoteur privé, au mieux de nos intérêts, et sans poser de conditions à propos de la future affectation des lieux." C'est un mensonge.

Un prix qui étonne

L'acte authentique prouve que le bien immobilier a été directement vendu à l'ASBL Générations dont l'une des missions affichées est de promouvoir et œuvrer à une dynamique de réussite dans les quartiers à public socialement défavorisé. Au sein du comité de quartier, on écarquille les yeux en découvrant une photo prise lors du Télévie 2018 sur laquelle apparaissent côte à côte le recteur de l'ULB Yvon Englert et le représentant de l'ASBL Générations Ibrahim Akrouh.

150.000
Euros
L'ULB, qui n'a officiellement toujours pas quitté les lieux, paie depuis le 1er janvier 2019 un loyer annuel de 150.000 euros à l'ASBL.

Le prix de vente et l'absence totale de publicité sont d'autres éléments troublants. Ni la commune d'Uccle ni les promoteurs actifs dans la zone n'avaient été mis au courant de la volonté de l'ULB de se séparer des bâtiments de l'ISTI. Ceux-ci ont été cédés pour la somme de 3,8 millions d'euros à l'ASBL schaerbeekoise. Selon une estimation du bien réalisée en 2008 par le bureau Jones Lang LaSalle, le n°34 de la rue Joseph Hazard en valait déjà à l'époque 3,14.

"Pour du résidentiel, des promoteurs étaient prêts à mettre entre 4 et 5 millions d'euros pour ce bâtiment", assurent les riverains. Mais c'est surtout une clause relative à l'occupation qui empêchera l'ULB d'empocher le prix de vente initial.

L'université bruxelloise, qui n'a officiellement toujours pas quitté les lieux, paie depuis le 1er janvier 2019 un loyer annuel de 150.000 euros à l'ASBL. Et les deux parties ont convenu d'un montant de 500.000 euros par an à partir de janvier 2022 si l'ULB ne libère toujours pas les lieux. "À ce rythme, l'ASBL recevra gratuitement les locaux", raillent certains riverains.

Une clause de réméré qui n'en est pas une

Ce n'est pas fini. Lors d'un CA de l'ULB en juin 2020, le recteur de l'ULB s'est targué d'avoir prévu une clause de réméré lui permettant de récupérer à tout moment le bien immobilier s'il s'avérait que l'université avait finalement besoin des bâtiments. Sauf que l'acte de vente nous démontre que cette clause de réméré n'en a que le nom. Il s'agit seulement d'une clause résolutoire classique prévoyant une reprise de bien en cas de non-paiement du prix de vente dans les délais impartis.

"À plusieurs reprises, nous avons contacté l'ASBL Générations pour en savoir plus sur leur projet, en vain. Si l'on n'a rien à cacher, on est à livre ouvert, ce qui n'est pas le cas ici."
Boris Dilliès (MR)
Bourgmestre d'Uccle

Cette vente ne pouvait pas avoir lieu sans publicité ou mise en concurrence préalable et serait dès lors illégale, selon le cabinet d'avocats Cambier consulté par le comité de quartier Hazard Bel Air. "Une mise en concurrence au moyen d’une publicité adéquate aurait dû être réalisée puisque, d’une part, l’ULB a agi dans le cadre de sa mission de service public et se devait de respecter les principes généraux de bonne administration, dont le principe d’égalité des candidats, et d’autre part, l’ULB en tant qu’entité adjudicatrice est soumise au respect des principes d’égalité et de traitement et de non-discrimination de droit européen et de droit belge."

Opacité déplorée

À Uccle, c'est l'opacité du dossier qui est épinglée. "Je m'interroge sur la manière cavalière dont l'ULB a procédé à la vente, mais c'est le volet relatif à la conservation de la qualité de vie dans le quartier qui m'importe le plus. À plusieurs reprises, nous avons contacté l'ASBL Générations pour en savoir plus sur leur projet, en vain. Si l'on n'a rien à cacher, on est à livre ouvert, ce qui n'est pas le cas ici", déplore le bourgmestre Boris Dilliès (MR).

Entre-temps, le représentant de l'ASBL a sollicité un rendez-vous auprès de la commune. "Nous sommes disposés à rencontrer les riverains. Aucune porte n'est fermée", assure Ibrahim Akrouh. Au sujet de la vente du bâtiment, il affirme n'avoir eu aucun contact avec l'ULB. "Nous n'avons pas été favorisés, on ne se connaît pas, c'est le marché immobilier qui a fonctionné."

L'ULB, qui déclare être attaquée sur le plan judiciaire, n'a pas souhaité répondre à nos questions. "Nous nous estimons dans notre bon droit mais réservons nos arguments à la justice et nous ne désirons pas mener le débat par voie de presse."

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