Extinction Rebellion: Olivier de Schutter, gazé au visage, raconte

©BELGA

Une enquête est menée suite aux actions musclées de la police lors de la manifestation d'Extinction Rebellion.

La police bruxelloise a interpellé samedi après-midi 435 manifestants d'Extinction Rebellion sur la place des Palais et la place Royale, dont 317 ont fait l'objet d'une arrestation administrative. Les autres ont été emmenés au commissariat pour identification et ont été relâchés.

La méthode de l'intervention pose question. De nombreuses photos, accompagnées de commentaires, circulent. On y voit notamment Olivier De Schutter, professeur à l'université de Louvain et ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, face à un policier qui tient un spray au poivre à quelques centimètres de son visage

Celui-ci nous raconte les événements:

"Ces familles, y compris avec des jeunes enfants et des personnes âgées, étaient là pacifiquement, pour exprimer leur inquiétude face à la lenteur de l’action sur le climat — et inquiet, franchement, on le serait à moins, compte tenu des alertes à répétition des scientifiques. Je constate que nos gouvernements sont dans une complète schizophrénie: on prend des engagements sur le climat, mais on continue de négocier des accords commerciaux qui vont à rebours de ces engagements, et de promouvoir des modes de consommation et de production qui ne sont absolument pas durables, y compris en subsidiant les énergies fossiles et en investissant dans la bétonisation pour la voiture ou pour l’avion." 

D'abord l'urgence climatique

Ce n’est pas en décrédibilisant leur combat que l’on répondra à l’urgence climatique.
Olivier De Schutter
professeur UCLouvain, ex-rapporteur spécial de l'Onu

Olivier De Schutter nous explique l'esprit des manifestants qu'il accompagnait: "Ces jeunes disent leur désarroi. Ils le font pacifiquement. On leur répond par des matraques, des chiens et des autopompes. C’est totalement inacceptable. Nous avons besoin que les politiques tiennent des propos qui apaisent, qui réconcilient notre société avec elle-même: c’est ensemble, unis que nous pourrons relever le défi climatique. Au lieu de cela, on parle de ces manifestants comme s’il s’agissait de dangereux radicaux. Mais ce n’est pas en décrédibilisant leur combat que l’on répondra à l’urgence climatique."

Manifestation interdite

Rappelons les faits. Extinction Rebellion avait appelé à une occupation des jardins du Palais royal afin d'y tenir des débats citoyens sur la question climatique. Ces jardins se trouvent dans la zone neutre, où les manifestations sont interdites. La police avait dès lors tout prévu pour empêcher cette occupation: boucliers, chiens, matraque, gaz au poivre...

©REUTERS

La majorité des manifestants s'est rassemblée sur la place Royale samedi et peu avant 18h, la police a mis un terme à l'action, utilisant une autopompe et du spray au poivre. Les manifestants ont tenté de résister de manière pacifique mais ont finalement été embarqués. Ont notamment été emmenés 147 activistes qui ont tenté de pénétrer dans les jardins. 

Intervention trop musclée?

"Il y a effectivement des indications que tout ne s'est pas passé conformément aux règles", a admis le porte-parole de la police Olivier Slosse ajoutant que l'action de la police allait faire l'objet d'une enquête.

Il s'agit d'une enquête interne, demandée par le chef de corps, pour analyser certains comportements, à charge et à décharge, nous a précisé Olivier Slosse, qui tient à bien expliquer le contexte dans lequel la police a travaillé. Il raconte ainsi que la police a tenté de contacter un responsable de la manifestation, sans résultat. Les agents ont alors dû faire face à plusieurs tentatives d'intrusion dans les jardins du parc, qui sont un domaine privé.

"Et vers 16h, alors qu'il y avait environ 450 personnes sur la place, qui tenaient des 'réunions citoyennes', nous les avons averties que nous allions rétablir la circulation pour les transports en commun, raconte le porte-parole de la police de Bruxelles. Cela a été refusé et les personnes installées sur la place se sont placées sur les rails du tram, où elles ont également mis leur bateau avec des militants enchaînés. Ils nous ont dit qu'ils comptaient rester sur place pendant 48 heures. En concertation avec l'autorité administrative, nous avons décidé de mettre un terme à cette occupation. Mais les groupes se déplaçaient et nous avons pris la décision de faire usage de l'arroseuse et des sprays lacrymogènes." 

Comment réagissent les autorités communales?

Mise en cause par le syndicaliste flamand Patrick Roijens, la Ville de Bruxelles a réagi par la voix de la porte-parole de Philippe Close. "Une manifestation n'est jamais évaluée sur son contenu. Le bourgmestre est neutre et il décide sur base d'une analyse de risques pour les citoyens, la ville et la police."

Philippe Close va rencontrer des membres du mouvement Extinction Rebellion pour évoquer leurs prochaines actions.

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