portrait

Fabian Maingain, le "fils de"

Fils du président de DéFI, Fabian Maingain est en train de se faire un prénom en politique. Ses interventions sur des gros dossiers tels que le stade national ou le piétonnier font mouche.

"Aujourd’hui, j’accepte mon nom et les avantages qu’il procure". À 30 ans, Fabian Maingain, fils aîné d’Olivier Maingain, assume être un "fils de". Mais durant son enfance, porter son nom était parfois un fardeau pour lui. "Le lundi, à l’école, des élèves, des professeurs aussi, m’interpellaient souvent avec les déclarations du week-end de mon père. Certains m’attaquaient avec vigueur sur ma filiation".

Lassé, il va développer un rejet de la politique. "Je disais que je ne suivrais pas cette voie…". Adolescent un peu rebelle, Fabian Maingain décroche des cours donnés au Collège Saint-Michel et finit par rejoindre alors l’Icmes (Institut Communal Mixte d'Enseignement Secondaire). "Le projet pédagogique y est plus centré sur l’élève. C’est ce qu’il me fallait à l’époque. Ça m’a permis de me raccrocher".

Pour se défouler, il pratique le rugby au centre sportif communal de Neder-Over-Hembeek. C’est là que la politique le rattrape. Mal éclairé, le parking du centre sportif est régulièrement le lieu d’actes de vandalisme. Le rugbyman en a marre et décide d’interpeller les autorités communales sur le sujet. "Je voulais faire bouger les choses", raconte-t-il.

À 18 ans, il entre dans l’action et rejoint le FDF, présidé par son père. "Tout le monde me parlait de politique, malgré moi, j’étais bien forcé de répondre. Finalement, c’est davantage l’entourage extérieur qui m’a amené sur cette voie qu’un véritable cheminement personnel. La politique fait partie de moi, en quelque sorte. Mon père, lui, était plutôt réticent au départ. Il préférait que je me concentre sur mes études. Il n’était pas non plus à l’aise avec le côté ‘fils de’ mais il m’a quand même laissé faire".

Après avoir tenté les sciences économiques alors qu’il n’est "pas trop matheux", Fabian Maingain s’inscrit en sciences politiques. "Ce qui était intéressant, c’est que j’avais l’aspect théorique au cours et l’aspect pratique au parti". Plus tard, il choisira les marchés publics comme spécialisation. C’est son dada aujourd’hui: le stade national, le projet Néo, le piétonnier… il est très attentif aux dossiers qui engagent de l’argent public.

Étudiant, il travaille en tant que serveur à la "Bastoche", haut lieu de la gastronomie ulbiste. "J’ai adoré mes années horeca. Ça m’a appris le sens du travail", dit-il.

En 2006, à 20 ans, il entame sa première campagne électorale. "Mon nom m’a certainement aidé car il est connu. Mais à la 46e place de la liste, il fallait que j’aille chercher des voix". Il sera élu et deviendra le plus jeune conseiller communal. En 2014, après les élections régionales, il sera encore le plus jeune député bruxellois, à 28 ans.

Au parti, personne ne conteste sa légitimité. "Certes, il a le bénéfice du nom mais on ne peut pas dire qu’il a été très poussé par son père lors des dernières campagnes. Il n’est pas entré au parlement par le système de suppléance. Il est allé chercher son siège tout seul, sans puiser dans le pot commun. J’ai même parfois l’impression que son père est plus dur avec lui, de peur qu’on le taxe de favoritisme", commente ce ponte du parti. "Je ne suis pas privilégié. Le seul avantage que j’ai, c’est sans doute de pouvoir lui parler plus rapidement que d’autres au téléphone", répond l’intéressé.

Talents oratoires

Même ses adversaires politiques le défendent. "Il n’est pas là par hasard. C’est un bosseur. Et quand il a un os en bouche, il ne le lâche pas. Il me fait penser à un personnage de théâtre. Il a de la voix. Il est capable de tenir longtemps le crachoir. Ça peut agacer. Mais je pense qu’il s’entend bien avec tout le monde", dit celui-ci. "Il n’attaque pas nommément les personnes. Il a le sens du politique. Ses interventions ne sont jamais à côté de la plaque. Il a toujours la bonne phrase, le bon mot. Il a très certainement hérité de l’aisance oratoire de son père mais il est beaucoup plus sympa", juge cet autre.

Ce commentaire amuse Fabian Maingain. "Peut-être que je parais plus accessible au premier abord", répond-il humblement. "J’aimerais bien avoir la même aisance oratoire que lui mais je suis loin d’être à son niveau. Il a mis la barre très haut. Je pense tout de même avoir hérité de sa force de conviction. Quand j’ai une idée, je m’y cramponne. Je suis tenace".

Bon vivant

S’il ne pratique plus le rugby aujourd’hui, il tente d’aller nager régulièrement pour décompresser et éliminer les petits excès mais il avoue être moins assidu que son père, qui court tous les matins. Grand amateur de "cheese and wine", Fabian Maingain est un bon vivant. "Un guindailleur qui a l’esprit de camaraderie", disent ses proches. Il aime partager des bonnes tables avec d’autres militants du parti. Cela ne semble gêner personne qu’il soit le fils du président. "On peut lui dire: ton père m’agace. Il sait faire la part des choses", affirme celui-ci. "Il est beaucoup moins clivant que son père ou même que les trois cocos. Il est plus rassembleur", ajoute cet autre.

Les trois cocos: Olivier Maingain, Didier Gosuin et Bernard Clerfayt. Ce sont justement les personnalités que Fabian Maingain cite, lorsqu’on l’interroge sur ses modèles en politique. "Mon père pour sa force de conviction et son engagement démocratique. Didier Gosuin pour sa vision pragmatique et son attachement à la bonne gestion publique. Et Bernard Clerfayt pour l’incroyable travail qu’il a effectué dans sa commune pour faire cohabiter des personnes de communautés différentes", justifie-t-il. Il prend la peine de n’offusquer aucun clan. Lorsqu’on lui fait remarquer, il répond que "c’est ça aussi qui fonde l’identité du parti: des personnalités différentes avec chacune leur propre sensibilité. Et c’est dans la rencontre avec ces trois personnalités que j’ai trouvé mes marqueurs politiques".

Imagine-t-il un jour atteindre leur niveau? Président de parti, ministre, ou encore bourgmestre de la plus grande commune de Bruxelles? "Tout le monde ne fait pas une aussi longue et brillante carrière. Tout peut s’arrêter rapidement en politique. Je n’en fais donc pas un plan de carrière. Je vais continuer à travailler et on verra où cela me mènera dans quelques années. J’ai d’autres centres d’intérêt. Si j’arrête un jour, un de mes plans de reconversion serait d’ouvrir un bar à vin avec une fromagerie à l’arrière", confesse-t-il.

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