Faut-il (vraiment) craindre les variants?

La situation est dramatique au Brésil. Et l'on ne sait si le variant qui y sévit est plus virulent, ou si le virus surfe sur une dynamique renforcée de circulation, combinée à une population jeune et une forte densité. Voire le tout en même temps. ©EPA-EFE

Durant les semaines qui viennent, la Wallonie compte sur l'opération "Re Vax" pour améliorer le taux de protection des plus âgés. Ou quand le vaccin sonne deux fois.

C'est le sujet politique du moment – si pas le plus crucial, le plus prégnant. Que l'on voyait venir de loin, dans ce pays où tout ce qui n'est pas a priori communautaire finit par le devenir. Et donc, voilà la Flandre qui l'annonce, par la voix de Jan Jambon: si elle affiche une longueur d'avance dans la vaccination, il n'y a pas de raison qu'elle attende Bruxelles ou la Wallonie pour déconfiner.

29%
couverture première dose
Pour l'heure, 29% des adultes wallons ont déjà reçu une première dose, contre 30,2% en Flandre. Et si l'on se penche sur les plus de 18 ans affichant une couverture vaccination complète (2 doses, à l'exception de Johnson & Johnson), la Wallonie passe devant, avec 8,6%, contre 8,1% pour la Flandre.

Qu'en est-il dans les faits? Depuis le début de la campagne, à quelques écarts près, Flandre et Wallonie avancent au même rythme. En Wallonie, 29% des adultes ont reçu leur première dose, contre 30,2% en Flandre. "Et ce petit 1,2 point de différence, c'est l'équivalent de l'avance que la Wallonie a affichée un mois durant, relativise Yvon Englert. Les deux sont dans un mouchoir de poche."

"Je remarque que les agendas politiques des uns et des autres n'ont pas disparu; je refuse d'entrer dans cette logique. Moi, je ne fais pas la course avec la Flandre ou Bruxelles, mais contre le virus."
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

Ce n'est guère pour cela que le rendez-vous numérique avec le délégué général Covid-19 pour la Wallonie avait été fixé; mais puisqu'on l'avait sous la main... Et puis, Yvon Englert retombant souvent sur ses pattes, cet épisode politique lui permet d'introduire ce pour quoi il est là. "Moi, je ne fais pas la course avec la Flandre ou Bruxelles, mais contre le virus."

Hésitation vaccinale

Cela étant, derrière ces scores se cachent des disparités régionales. Pour faire bref, le nord du pays affiche une meilleure couverture auprès des plus âgés (92,5% des plus de 85 ans et 95,1% pour les 75-84 ans, contre respectivement 73,6% et 78,7% en Wallonie), tandis que le sud est plus avancé de 45 à 74 ans. Qu'en déduire? Que la Wallonie "traverse" plus rapidement les différentes classes d'âge. Autrement dit, dans chaque classe, elle compte moins de personnes motivées qu'en Flandre.

92,5%
des plus de 85 ans en Flandre
En Flandre, 92,5% des personnes de plus de 85 ans ont déjà reçu une première injection, contre 73,6% en Wallonie.

"Il ne faut pas se voiler la face, admet Yvon Englert. La confiance dans la vaccination est plus forte en Flandre qu'en francophonie, où nous sommes plus influencés par cette culture 'antivax' qui vit très fort en France. Quelque part, c'est la confrontation entre le monde germanique et le monde latin, où l'individualisme est plus marqué."

"Nous travaillons avec cela en tête: l'hésitation vaccinale est plus forte du côté francophone qu'en Flandre. Ce n'est pas un débat communautaire, mais de santé publique. Cela dit, ce constat ne veut nullement dire que nous n'avons pas l'ambition d'y arriver."
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

"Nous travaillons avec cela en tête: l'hésitation vaccinale est plus forte côté francophone. Ce n'est pas un débat communautaire, mais de santé publique. Cela dit, ce constat ne veut nullement dire que nous n'avons pas l'ambition d'y arriver."

"Re Vax", le retour du vaccin!

C'est dans ce cadre que s'inscrit l'initiative "Re Vax", lancée mercredi dernier en Wallonie. Son objectif est simple: offrir une seconde chance de se faire vacciner à ceux qui ont laissé filer la première. Et ce via le centre d'appel, joignable au 0800/45.019. Cette semaine, focus sur les plus de 80 ans, avant de se tourner vers les plus de 75 ans la semaine prochaine.

0800/45.019
Centre d'appel
Un numéro d'appel pour tous ceux qui, en Wallonie, ont raté leur chance de se faire vacciner. Il suffit de se munir de sa carte d'identité et d'appeler.

"Améliorer la vaccination des aînés est l'enjeu majeur actuel, et particulièrement dans le cadre de cette troisième vague, martèle Yvon Englert. C'est ce public-là qui est le plus à risque de se retrouver à l'hôpital!"

Et les variants dans tout cela?

C'est là qu'intervient Simon Dellicour, chercheur FNRS au laboratoire d'épidémiologie spatiale de l'ULB, qu'Yvon Englert a convié à l'entretien. "Parce que cette troisième vague est très probablement due au variant britannique, justifie le Monsieur Covid wallon. Plus transmissible, celui-ci a rompu l'équilibre qui existait entre les mesures de distanciation et la circulation du virus."

"Pour que l'on s'intéresse à un variant en particulier, il faut que celui-ci présente un comportement suspect. Se posent alors trois questions. Est-il plus transmissible? Est-il plus virulent, c'est-à-dire risque-t-il d'envoyer davantage de gens à l'hôpital? Et échappe-t-il à la protection acquise du système immunitaire, que ce soit naturellement, via infection, ou par le biais de la vaccination?"
Simon Dellicour
Membre de la plateforme fédérale de surveillance génomique

Où en est-on donc avec les variants? "Un variant est une combinaison inédite de mutations du virus", rappelle Simon Dellicour, par ailleurs membre de la plateforme fédérale de surveillance génomique du SARS-CoV-2. Et des variants, il en existe un paquet. "Pour que l'on s'intéresse à un variant en particulier, il faut que celui-ci présente un comportement suspect. Se posent alors trois questions. Est-il plus transmissible? Est-il plus virulent? Et échappe-t-il à la protection acquise du système immunitaire, que ce soit naturellement ou par le biais de la vaccination?"

Pour l'heure, en Belgique, le patron, c'est le variant britannique. Apparu en septembre dans le Kent, repéré en Belgique fin 2020, il pèse quelques mois plus tard 85% des cas positifs détectés. "La seule question qui ne fait plus débat, c'est qu'il est plus transmissible, note Simon Dellicour. De 30 à 50%, ce qui fait qu'il circule plus." Voilà qui explique, de concert avec la vaccination des plus âgés, l'allure de cette vague, troisième du nom, qui envoie aux soins intensifs des patients plus jeunes.

Encore des inconnues

Pour le reste, le débat n'est pas clos. Le variant britannique est-il plus coriace? "Il existe des études tendant à montrer que le risque d'hospitalisation est multiplié par un facteur compris entre 1,5 et 2, mais aucun consensus large n'existe."

"Les hospitalisations actuelles auraient pu être évitées avec la vaccination."
Yvon Englert
Délégué général Covid-19 pour la Wallonie

Par contre, du côté des vaccins, les nouvelles sont encourageantes. "Les études menées au Royaume-Uni montrent que les vaccins Pfizer et AstraZeneca fonctionnent très bien face au variant britannique. De manière générale, Moderna affiche des résultats similaires à ceux de Pfizer. Quant à Johnson & Johnson, puisqu'il a été déployé plus tard, ses études de phase 3 intègrent les variants et font état d'une baisse globale de 85% des hospitalisations."

Et ses cousins sud-africain et brésilien?

Nés plus tard et drainant moins de données, les deux autres variants progressent encore masqués. "Il y a des raisons de les craindre, soulève Simon Dellicour. Parce qu'ils sont associés à des flambées épidémiques. Et que la mutation qu'ils partagent avec le variant britannique, la N501Y, est suspectée d'être associée à une plus forte transmissibilité." Par ailleurs, ils ont en commun une autre mutation, la E484K, que n'a pas le variant britannique, et que l'on soupçonne d'aller de pair avec un échappement à la mémoire immunitaire acquise naturellement.

"La tendance est positive. Pour toutes les combinaisons, on se dirige vers une protection vaccinale contre les formes sévères."
Simon Dellicour
Membre de la plateforme fédérale de surveillance génomique

Tous aux abris, alors? Pas si vite. Même si les données manquent, les études vont dans la bonne direction. "La tendance est positive, insiste Simon Dellicour. Pour toutes les combinaisons, on se dirige vers une protection vaccinale contre les formes sévères." Ce n'est pas tout, ajoute Yvon Englert. "Cela s'accompagne d'un raccourcissement des symptômes et de la période d'excrétion, et donc de la contagiosité."

5%
Incidence du variant brésilien en Belgique
En Belgique, le variant sud-africain est estimé à moins de 4% des cas positifs et le brésilien, à moins de 5%. Des chiffres qui restent stables depuis 10 semaines.

Autre donnée encourageante: en Belgique, le variant sud-africain est estimé à moins de 4% des cas positifs et le brésilien, à moins de 5%. "Et cela ne bouge pas beaucoup, complète Simon Dellicour. Ces chiffres sont stables depuis dix semaines; pendant ce temps-là, le variant britannique passait de moins de 50% à 85%."

Qui du variant indien? Des autres à venir?

Le nouveau-venu, c'est le variant indien. Déjà repéré à trois ou quatre reprises sur le sol belge. Et dont on ne sait rien, ou presque, si ce n'est que la plateforme de surveillance génomique n'a pas encore de preuve de sa circulation active sur le territoire. D'ailleurs, peut-être que cela ne s'arrêtera pas là, que d'autres entreront dans la danse.

"Nous avons les vaccins et la logistique de vaccination qui fonctionnent. La dynamique est très bonne."
Simon Dellicour
Membre de la plateforme fédérale de surveillance génomique

"C'est une course entre la vaccination et l'apparition de variants, résume Simon Dellicour. Même s'il ne faut pas voir les choses de manière binaire. Ce n'est pas tout ou rien." Les vaccins ne seront pas inutiles en un coup. "On parle d'un risque de baisse de la protection vaccinale, et de la possibilité de réaliser des 'boosters', des rappels, sur une base régulière. Mais nous avons les vaccins et la logistique de vaccination qui fonctionnent. La dynamique est très bonne."

Réactions politiques

En Flandre, les ministres CD&V de l’Emploi (Hilde Crevits) et de la Santé (Wouter Beke) soutiennent le ministre-président Jambon (N-VA). "Les Flamands ne doivent pas être les victimes. Nous avons fait nos devoirs et méritons quelque chose en retour", réclame Wouter Beke. Un avis que ne partage pas le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld), qui entend se focaliser sur l’avancée de la campagne.

Côté francophone, cela a bondi. "Le déconfinement passera par la Wallonie, Bruxelles et la Flandre, en même temps! ", lance la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS). Pour Georges-Louis Bouchez, président du MR, s'il devait y avoir des règles différentes, ce serait plutôt à l'échelle d'une ville ou d'une zone ciblée. Le président du cdH Maxime Prévot n’est pas plus heureux. "Communautariser la pandémie, c'est amoindrir nos forces communes pour la combattre." Ni François De Smet, patron de DéFI. "Le nationalisme confirme que le repli sur soi et l'égoïsme sont ses seuls projets."

Sophie Leroy

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