Gouvernance, survol et sécurité, les grands absents de la campagne

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Les enjeux climatiques, le sous-financement de la Justice, l'immigration, voilà les thèmes qui ont animé la campagne électorale jusqu'à présent. Pour Pascal Delwit, le point de vue macroéconomique est le grand absent de la campagne.

À moins de deux semaines du triple scrutin électoral, il n’aura échappé à personne que les enjeux climatiques monopolisent les débats de cette campagne. Poussé par une série de sondages qui prédisent une vague verte après le 26 mai et renforcé par des jeunes qui manifestent dans les rues chaque jeudi depuis près de 20 semaines, l’environnement truste l’avant-scène et s’est imposé dans tous les états-majors des partis. "L’environnement a donné le tempo et s’est imposé dans l’agenda. Mais il n’a pas non plus été exagérément développé. Les partis ont plus travaillé sur des visuels que sur le fond", note Pascal Delwit, professeur de science politique à l’ULB.

La campagne sur le climat ne s’est évidemment pas cantonnée autour des grands enjeux environnementaux. Elle a débordé sur le volet fiscal avec une joute entre le MR et Ecolo. "Mais plus largement, la question de la fiscalité a été présente avec une nouvelle demande de tax shift faite par le MR et celle du PS pour une globalisation des revenus", constate encore Pascal Delwit. Le Bureau du plan a, pour la première fois, passé à la loupe les mesures fiscales des partis en mettant en avant leurs coûts et leurs impacts au niveau du pouvoir d’achat et de la création d’emplois.

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Plus malheureux, le dossier de la Justice s’est invité dans les débats de cette fin de campagne suite au drame survenu à Anvers la semaine dernière. Le meurtre de Julie Van Espen a remis à l’avant-plan des thématiques comme le sous-financement de la Justice. L’immigration aussi est revenue sur le devant de la scène à l’aune des événements survenus à la Gare du Nord, évitée par De Lijn et la Stib en raison de la concentration de migrants en transit à cet endroit. Voilà pour ce qui aura animé cette campagne. 

Les oubliés

On peut évidemment regretter que d’autres sujets n’aient pas réussi à s’imposer. En voici un rapide petit relevé non exhaustif.

- La gouvernance
Après avoir monopolisé l’attention pendant la dernière législature tant à Bruxelles qu’en Wallonie suite aux scandales du Samusocial et de Publifin, et à l’origine de la chute du gouvernement wallon PS-cdH, la gouvernance a disparu des radars. Si cela ne veut pas dire qu’il ne figure pas dans la liste des priorités des partis politiques, le sujet ne fait plus recette comme lors de la campagne pour les élections communales en octobre dernier.

- Le survol de Bruxelles
Alors qu’il avait pourri la campagne précédente –le cdH s’en souvient encore–, le survol de Bruxelles peine cette fois-ci à faire parler de lui. Ce qui ne signifie pas que la problématique soit réglée, loin de là. La différence principale en 2014, relève Jean-Paul Nassaux, politologue et chercheur au Crisp, c’est que c’était une nouveauté pour de nombreux quartiers d’être survolés. "Nous sommes revenus à la situation antérieure avec des habitants ayant l’habitude de subir des nuisances de ce type…"

- L’emploi et la lutte contre le chômage
Avec un taux de chômage important, et particulièrement préoccupant chez les jeunes, à Bruxelles et en Wallonie, ce dossier constitue une des principales priorités de la nouvelle législature pour les prochains gouvernements. On n’en a pourtant pratiquement pas entendu parler.

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- La sécurité
Malgré les attentats qui ont touché la Belgique en 2016, la sécurité ne figure pas parmi les grands thèmes de cette campagne. À Bruxelles, la majorité a pourtant bien intégré cette compétence héritée de la sixième réforme de l’État en engrangeant une série de projets comme le futur centre de crise régionale dont l’ouverture est annoncée pour juillet. "Mais c’est une thématique que la gauche ne privilégie pas", note Jean-Paul Nassaux du Crisp.

Autre explication avancée: la chute de la criminalité depuis une dizaine d’années dans la capitale. Mais selon Jean-Paul Nassaux, il suffirait d’un fait divers un peu marquant pour relancer l’éternel débat de la fusion des zones de police, comme ce fut le cas après les attentats, les émeutes dans le centre-ville en novembre 2017 et les débordements à Molenbeek le soir du Nouvel An. "Pour séduire les électeurs francophones à Bruxelles, la N-VA mise énormément sur la sécurité", précise le politologue.

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- Campagnes centrées sur les personnes
Plus globalement, Pascal Delwit estime que la campagne est passée à côté des grandes thématiques classiques comme la politique qu’entend mener la Belgique au sein de l’Union européenne ou celle de la défense. "On parle de la défense autour de sujets comme la cybercriminalité, la protection des données et le terrorisme et il n’y a eu aucun débat. Mais ce sont rarement des sujets au cœur de la campagne, pointe le politologue. D’autres politiques n’ont, elles, été qu’effleurées comme la pauvreté des travailleurs. Les hommes et les femmes politiques disent que résoudre la question sociale, c’est mettre les gens au travail mais beaucoup de travailleurs sont dans une situation de pauvreté. C’est notamment lié à l’évolution sociologique des familles et les familles monoparentales."

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- Le point de vue macroéconomique
Sans en faire la liste complète, Pascal Delwit estime que le point de vue macroéconomique est "le grand absent" de la campagne. "On est rentré dans une dynamique où les campagnes sont centrées sur les personnes et les punchlines et moins sur le débat général. Une des raisons est à chercher du côté des centres d’étude des partis politiques qui sont plus faibles qu’avant. Quand vous voyez ce qui ressort des centres d’étude du PS-MR -cdH, c’est moins percutant qu’il y a 10 ans. Les partis ont des structures moins importantes. Ils misent plus sur la communication."

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