Grégor Chapelle (Actiris): "Nous perdons les chercheurs d'emplois les plus fragiles"

Face aux derniers chiffres du chômage, Grégor Chapelle dresse deux constats: les jeunes sont les premières victimes et les inscriptions sont en baisse dans les publics les plus fragilisés en raison de la fracture numérique. ©Tim Dirven

La hausse du chômage global masque une diminution importante des inscriptions des publics plus vulnérables, selon le directeur-général d'Actiris. Grégor Chapelle estime que le renforcement de l'accompagnement ne sera pas suffisant et que le coût du non-emploi doit être investi dans des Territoires zéro chômeur.

"Tout le monde n'est pas frappé de la même façon", analyse Grégor Chapelle. En août, le chômage global a augmenté de 2,1%, soit la première augmentation annuelle significative en Région bruxelloise depuis le début de la crise sanitaire.

Sans surprise, les jeunes sont les premières victimes, relève le patron d'Actiris. "On aurait dû avoir du -5% et on est à du +19%. Ce sont des variations annuelles monstrueuses que l'on n'a pas connues dans les cinquante dernières années au moins."

Autre chiffre frappant: le chômage des jeunes après étude qui augmente de 41%. L'hypothèse de l'office régional de l'emploi étant qu'auparavant ces jeunes n'avaient pas besoin de s'inscrire auprès de leurs services car ils trouvaient directement un emploi une fois diplômés.

"On est surtout en train de perdre les plus fragiles. C'est un effet inattendu de la crise: il y a une baisse des inscriptions des publics les plus vulnérables."
Grégor Chapelle
Directeur-général d'Actiris

Chômage en hausse dans les communes riches

Le second constat de Grégor Chapelle repose sur une lecture contre-intuitive des chiffres. On observe une augmentation du chômage dans les communes socio-économiquement plus fortes comme Woluwe-St-Pierre (+8,7%) ou Uccle (+5,6%) tandis que ce taux augmente à peine dans celles du croissant pauvre: Saint-Josse, Molenbeek et Anderlecht affichent ainsi une hausse de 0,3%.

Les localités privilégiées seraient-elles les plus impactées par la crise? "On est surtout en train de perdre les plus fragiles. C'est un effet inattendu de la crise: il y a une baisse des inscriptions des publics les plus vulnérables", rétorque le directeur-général. Le taux de chômage serait donc pour l'heure sous-évalué... Actiris rapporte ainsi une baisse de 24,7% des chercheurs d'emplois usagers du CPAS.

Fracture numérique

Pour respecter les règles sanitaires, les antennes d'Actiris fonctionnent avec 50% des effectifs. Et une capacité moindre à recevoir physiquement les gens. La fracture numérique serait donc à l'origine d'une baisse d'inscription des publics fragilisés.

"Une hypothèse vérifiée via le nombre de nos inscrits n'ayant pas d'adresse mail. Ils sont plus de 15% à Molenbeek et plus de 14% à Schaerbeek. À cela s'ajoute la fracture linguistique: 16% des chercheurs d'emploi ne parlent ni le français ni le néerlandais. Pour ce public, l'inscription est plus simple en présentiel", souligne Grégor Chapelle.

En conséquence de quoi Actiris a renforcé les effectifs de son contact center. Plus de 80 personnes au lieu d'une vingtaine tentent désormais de répondre à tous les coups de fil. Le 7 septembre, l'office régional de l'emploi enregistrait un chiffre record avec 2.758 appels.

Le coût abyssal du non-emploi

En juillet dernier, le gouvernement bruxellois a pris plusieurs décisions comme la création d'un fonds Rebond pour les travailleurs victimes de faillites et le renforcement d'Actiris par l'arrivée de 50 ETP. "Ce sont de bonnes nouvelles mais l'accompagnement ne sert à rien s'il n'y a pas de solution derrière", lâche Grégor Chapelle qui réitère son appel aux autorités bruxelloises pour la mise en place de la Garantie Emploi pour tous.

3,27
Milliards €
Le coût total annuel moyen pour les pouvoirs publics lié au non-emploi des demandeurs d'emplois inoccupés bruxellois, selon l'étude réalisée par la Solvay Brussels School.

Il s'appuie cette fois sur l'étude relative aux Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) réalisée par Solvay. "Celle-ci démontre que le non-emploi d'un individu coûte environ 40.000 euros par an, soit un coût annuel de 3,27 milliards à Bruxelles. C'est un véritable gâchis humain: 90.000 Bruxellois bénéficient de la sécurité sociale sans pouvoir s'investir dans les défis sociaux et environnementaux. Par exemple, la ville va devoir s'adapter aux épisodes caniculaires et on pourrait activer ces budgets pour créer de l'emploi et réaliser ce travail de verdurisation."

Le patron d'Actiris voudrait que la Région bruxelloise teste au plus vite trois Territoires zéro chômeur de longue durée, pour démontrer que cela fonctionne. "Pour aller plus loin, il faudra un accord de coopération entre le fédéral et les régions afin que les allocations de chômage économisées par le fédéral bénéficient aux personnes employées par les TZCLD, et que cela minimise le coût pour la Région. Je lance un appel en ce sens aux négociateurs fédéraux. Le dispositif a fait ses preuves en France qui passe d'une dizaine de projets à 40. Les villes se battent pour en être, Lyon en demande cinq!"

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