interview

Grégor Chapelle: "Le taux de chômage sera le résultat d'un choix politique"

©Tim Dirven

Grégor Chapelle, le patron d'Actiris, espère que le gouvernement bruxellois annoncera des investissements massifs dans l'emploi et la formation à la rentrée.

Même si l'on se trouve au dernier étage de la tour Astro, siège d'Actiris, Grégor Chapelle insiste d'emblée sur le fait qu'il s'exprime en tant qu'expert de l'emploi et non comme le directeur d'un organisme public mandaté par le gouvernement pour exécuter sa politique. Concernant les mesures d'urgence du plan de relance présentées mardi par l'équipe de Rudi Vervoort (PS), il se montre positif: "La volonté d'augmenter la commande de formation pour 3,6 millions d'euros, le renforcement des articles 60 et du personnel au sein d'Actiris, ce sont de bonnes choses."

Mais son attention se porte surtout sur les mesures à plus long terme qui seront présentées à la rentrée, après un débat avec les partenaires sociaux. "Je pense que nous allons rentrer dans une période où le taux de chômage sera le résultat d'un choix politique. Il faut cesser de laisser le soin au marché du travail de déterminer le nombre de personnes qui seront au chômage. Dans la situation actuelle, ce sont les moyens investis par nos élus dans la formation et l'emploi qui détermineront ce taux dans les années à venir. Chaque euro qui n'est pas dépensé dans la création d'emplois, on va le payer. Cela va détruire la réserve de main d'oeuvre bruxelloise et les recettes fiscales dans cinq ans."

"Chaque euro qui n'est pas dépensé dans la création d'emplois, on va le payer. Cela va détruire la réserve de main d'oeuvre bruxelloise et les recettes fiscales dans cinq ans."
Grégor Chapelle
Directeur-général d'Actiris

Selon Grégor Chapelle, la crise sanitaire a démontré que la seule confrontation de l'offre et de la demande sur le marché du travail ne règle pas tout. "Par exemple, on a manqué de personnel soignant. Ce sont des métiers en pénurie depuis dix ans. Si le marché du travail fonctionnait bien, on aurait revalorisé les conditions de travail depuis longtemps et on n'aurait pas eu ce manque. En fait, ce qui me frustre dans le débat actuel, c'est qu'on parle soit de soutenir l'entreprise, soit la consommation. C'est ce qui devait, certes, être fait en urgence pour sauver l'appareil de production. Mais les aides publiques aux entreprises provoquent des effets d'aubaine, tandis que le soutien à la consommation n'a pas d'effet démultiplicateur de créations d'emplois. L'argent est mis sur un compte épargne ou part vers l'étranger. Je défends donc une proposition travailliste contre-cyclique. Il va y avoir des faillites qui vont provoquer d'autres faillites et un changement de comportement des consommateurs. La seule façon d'enrayer la contagion du chômage sera que la collectivité investisse massivement dans la formation des humains et la création des emplois subsidiés pour les humains les plus fragiles."

Soutenir les reconversions

Ce raisonnement posé, le patron d'Actiris avance trois propositions concrètes qui figurent dans la déclaration de politique régionale. Primo, la crise renforce, selon lui, la nécessité d'instaurer un revenu de formation permettant de s'approcher de l'équivalent du salaire minimum. "On a besoin que les gens s'investissent dans la formation longue. Le secteur Horeca est en grande difficulté mais on a besoin de personnel dans la santé, l'agriculture urbaine, l'IT... Il faut convaincre les gens de se reconvertir dans des filières d'avenir et durables, ce qui prend du temps. Sans revenu complémentaire, ils ne s'engageront pas!"

"Il faut convaincre les gens de se reconvertir dans des filières d'avenir et durables, ce qui prend du temps. Sans revenu complémentaire, ils ne s'engageront pas!"
Grégor Chapelle

Ensuite, l'ancien échevin de l'Emploi à Forest plaide aussi pour que l'on bascule vers la garantie emploi pour tous. "On pourrait lancer les projets-pilote pour les territoires zéro chômeur dès janvier 2021. Les études juridiques et économiques sont bouclées, techniquement nous sommes prêts. Le non-emploi coûte 41.000 euros par an par personne. Plutôt que de dépenser de telles sommes pour de l'inactivité, dépensons-les pour créer des emplois dans le soin aux personnes et à la planète."

Tertio: la généralisation des Social Impact Bonds est préconisée. "C'est un mécanisme qui a déjà fait ses preuves. Un investisseur privé finance la mesure d'emploi ou de formation et l'État le rembourse si les résultats sont atteints. Ce qui permet de dire au ministre du Budget: donne moi des moyens, il y aura des recettes dans le futur", fait -il valoir en s'appuyant sur l'exemple de Duo for a Job.

"Il s'agissait de mentorat de primo-arrivants par des travailleurs expérimentés. Un organisme indépendant a évalué qu'il y avait un taux plus élevé de mise à l'emploi par comparaison avec un groupe contrôle. Le collectif d'investisseurs a récupéré sa mise majorée de l'inflation. Le privé pourrait financer des formation supplémentaires pour tous les métiers en pénurie. Si le résultat n'est pas atteint, aucun argent ne sort des caisses de l'État. S'ils sont atteints, les métiers en pénurie seront complétés. On devrait le faire jusqu'à ce qu'on ne trouve plus d'investisseur!", s'enthousiasme Grégor Chapelle.

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