"Il faudrait pouvoir suspendre les allocations familiales"

©TdB ©Thierry du Bois

Thierry Willemarck est le nouveau président du Beci et le CEO de Touring. C'est un spécialiste de la mobilité. Mais il a aussi un point de vue très tranché sur l'enseignement. Il prône une politique plus coercitive pour éradiquer le problème de l'absentéisme. Il suivra également de près les transferts de compétence, qui risquent de compliquer le travail des entreprises.

Pour sa première interview en tant que président du Beci, Thierry Willemarck nous reçoit dans les bureaux de Touring, dont il est le CEO. Le siège de la société d’assistance est situé Rue de la Loi, l’une des artères les plus embouteillées de la capitale. Un vélo traîne dans le bureau du président. "Je l’utilise pour mes déplacements à l’intérieur de la ville", dit-il.

Par votre fonction au sein de Touring, vous êtes un fin observateur des problèmes de mobilité à Bruxelles. Votre constat?

Picqué a annoncé la couleur lui-même en partant. Le gouvernement bruxellois n’en a pas assez fait. Mais je pense qu’il y a quand même des évolutions positives. Le plan de parking, qui était une responsabilité communale, devient une responsabilité régionale. La tarification devrait être plus cohérente. Ce n’est qu’un petit exemple qui va dans le bon sens mais qui n’apportera pas encore de grandes solutions au problème majeur qu’est la mobilité.

POLEMIQUE:

Retrouvez toutes les réactions aux propos de Thierry Willemarck, dans cet article.

Sur quel autre dossier comptez-vous interpeller le politique?

L’enseignement. On reste avec un nombre d’emplois trop important que l’on ne sait pas satisfaire par manque de formation des jeunes Bruxellois. Un autre point sur lequel on sera attentif, c’est celui du transfert des compétences du fédéral vers le régional. Le politique croit qu’il va se simplifier la vie en ayant transféré cela aux régions. Mais il perd de vue que les entreprises sont souvent actives dans les trois régions. Quid de la politique de réduction des charges sociales? En Flandre, on aura sans doute un focus sur le maintien à l’emploi d’une population de personnes âgées. À Bruxelles, on aura plutôt une focalisation sur la mise à l’emploi de jeunes peu qualifiés. Pour la Wallonie, je ne sais pas ce qu’ils vont faire. Qu’est-ce que ça va donner? On peut imaginer qu’une entreprise décide de créer une filiale en Flandre où elle mettra des personnes âgées, une autre à Bruxelles où elle mettra des jeunes. Ce sera un gymkhana administratif. Ajoutez à cela que l’emploi à Bruxelles est quand même pris pour moitié par des navetteurs. Si vous faites une ristourne sur les charges sociales ici à Bruxelles, vous la faites donc pour les deux autres Régions.

Sur l’enseignement, quel est le point particulier qui attire votre attention?

Il y a un trop grand laxisme vis-à-vis des jeunes. Il faut forcer la présence à l’école. Et ce n’est pas le rôle des professeurs mais des parents. Si cela ne s’améliore pas, il faut un pouvoir coercitif, par exemple suspendre les allocations familiales. Vous verriez pas mal de pères reprendre les choses en main et obliger leur fils ou leur fille d’aller à l’école. Si les choses rentrent dans l’ordre, les arriérés peuvent être payés. Il ne faut pas tourner autour du pot, on a toute une population d’origine maghrébine. Ces enfants sont nés en Belgique, souvent d’une deuxième génération. On ne peut pas les qualifier comme étant des étrangers. Ce sont des Belges. Mais ils sont issus d’une culture différente et ils sont dans un environnement où excusez-moi l’expression- il manque le coup de pied au cul.

Vos propos stigmatisent une catégorie de la population…

C’est vrai, je ne peux pas stigmatiser. C’est dangereux. Je pense que le problème est plus général que ça. L’échec à l’école est plus fréquent en Région bruxelloise que dans d’autres Régions du pays. On doit en débattre, certainement.

Mais l’enseignement est une matière communautaire, que peut faire la Région?

C’est un message qui peut se débattre avec un chef de gouvernement régional. À lui de voir quelles sont les compétences de ses différents ministres.

Vous avez déjà affirmé que vous souhaitiez resserrer les liens entre les organisations patronales. Faut-il comprendre qu’aujourd’hui cette coopération est inexistante?

Je pense que sur Bruxelles, les choses sont parfois tendues avec le Voka. Il faut avoir le courage d’aller les écouter et de trouver des solutions avec eux. Quand on voit ce qu’ils essaient d’obtenir en Flandre, cela me semble être des gens rationnels et efficaces.

Des représentants du Voka sont membres du Beci. On a d’ailleurs dit qu’ils avaient essayé d’imposer un autre candidat que vous. Vous ressentez une certaine pression?

Le Voka se base sur une tradition que nous avons depuis quelques années où nous avons une alternance entre un président flamand et un président francophone.

Votre père est néerlandophone, votre mère est francophone, cela ne fait pas de vous un candidat 100% flamand…

Cela peut faire grincer des dents. Et alors, je suis comme je suis. Ce n’est pas ça le plus important.

Cela peut compliquer votre prise de fonction?

Je ne le crois pas.

La position du Voka sur Bruxelles ne vous fait pas peur?

Je pense qu’ils considèrent que Bruxelles n’est pas une Région à part entière. Il y a une tendance à vouloir la cogérer. Mais il faut être réaliste. Si on veut résoudre les problèmes d’emploi et de mobilité, Bruxelles ne sait pas les résoudre seule. Si vous voulez avoir des emplois pour personnes peu qualifiées, il faut aller vers Zaventem. Pour régler les problèmes de mobilité, on ne peut le faire qu’en coopération avec la Flandre et la Wallonie. Croire que Bruxelles peut régler ces problèmes-là seule, c’est nier l’hinterland.

Est-ce difficile pour une organisation patronale de concilier les intérêts des deux communautés?

Je ne crois pas que les tensions se situent au niveau de l’entreprise. Je n’ai jamais ressenti des tensions entre des entreprises qui se diraient flamandes et d’autres francophones. Les intérêts sont les mêmes.

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