Publicité

Il y aurait trop d'éboueurs à Bruxelles-Propreté

©ImageGlobe

L'audit consacré au personnel de Bruxelles-Propreté préconise de réduire la fréquence des collectes afin de diminuer progressivement le nombre de CDD. Le mécanisme du "fini-fini" devrait être supprimé, selon la société de conseil en organisation Berenschot.

Entre le gel de sa dotation, son déficit structurel et l'explosion des coûts du personnel, l'agence régionale Bruxelles-Propreté (ABP) s'était retrouvée sous le feu des critiques durant la campagne pour les élections régionales de mai 2019. Dans ce contexte, trois audits avaient été commandés par la ministre de tutelle de l'époque, Fadila Laanan (PS). Les deux premiers audits, l'un consacré à la comptabilité analytique et l'autre à la structure de l'agence, ont été présentés à la presse en juin dernier par Alain Maron (Ecolo). Le ministre bruxellois de l'Environnement a récemment fait savoir à ses partenaires de gouvernement qu'il avait réceptionné le troisième audit consacré au personnel, sans toutefois en dévoiler le contenu qui doit impérativement être consulté à son cabinet. Les organisations syndicales étaient également invitées à se déplacer pour prendre connaissance du rapport.

22%
Le personnel de l’ABP a crû de 22% depuis 2014, ce qui correspond à une hausse de 526 collaborateurs.

Mais pourquoi tant de mystère ? Cet audit réalisé par Berenschot est potentiellement explosif. Alors que le personnel de l’ABP a crû de 22% depuis 2014, ce qui correspond à une hausse de 526 collaborateurs, la société de conseil en organisations et ressources humaines avance des solutions drastiques pour améliorer la productivité tout en réduisant le nombre d'ETP. Selon Berenschot, le nombre actuel de collaborateurs serait davantage la conséquence d'une vision sociale de l'agence régionale que d'une vision axée sur la seule efficacité.

Pour son estimation des besoins en personnel, l'auditeur s'est basé sur les résultats d'un benchmark et des observations de terrain. De la comparaison avec d'autres organisations, il ressort notamment que l'ABP utilise un nombre relativement élevé de chargeurs par équipe lors des collectes en porte-à-porte, la moitié des équipes de l'ABP sont constituées d'un chauffeur et de trois chargeurs. La durée du travail contractuelle est également plus courte de 30 minutes que dans les deux autres organisations reprises dans le benchmark. L'ABP se démarque aussi par un taux beaucoup plus élevé d'absentéisme.

Le "fini-fini" mis en cause

Mais c'est surtout la comparaison des heures véritablement prestées qui est frappante. Le nombre d'heures productives, par ETP et par an, s'élève à 475 au sein de Bruxelles Propreté pour la collecte en porte-à-porte contre 1.085 ou 1.144 dans les deux autres organisations. Le tonnage de déchets ramassés annuellement par ETP est aussi plus bas à l'ABP : 318 au lieu de 423 et 532.

Aux yeux de Berenschot, c'est la faute au fini-fini, ce principe permettant aux chargeurs de quitter le travail après la fin de leur tournée dès que 2/3 des collectes sont effectuées. En clair, cela permet à un travailleur d'être payé pour ses heures contractuelles même si celles-ci n'ont pas toutes été prestées. Selon l'auditeur, le principe du fini-fini n'existe pas dans les autres organisations où le temps compris entre la fin de la collecte et la fin de la journée de travail peut être mis à profit pour entretenir le matériel ou corriger des erreurs en allant par exemple récupérer des sacs-poubelles oubliés.

Il ressort également du benchmark que les Recyparks (parcs à conteneurs) occupent plus de personnel malgré une superficie moindre : 2 ETP par 1.000 m² contre 0,5 ailleurs. En revanche, les services de support manqueraient de personnel, surtout dans les départements RH, finance et ICT.

Autre enseignement de l'audit : aucune organisation similaire à l'ABP n'offrirait une fréquence de collecte aussi élevée.

Autre enseignement de l'audit : aucune organisation similaire à l'ABP n'offrirait une fréquence de collecte aussi élevée. À Bruxelles, le papier (sac jaune), le PMC (sac bleu), les déchets verts et alimentaires (sac orange) sont collectés chaque semaine, les déchets ménagers résiduels le sont même deux fois par semaine. Ailleurs, il est plus fréquent de collecter les cartons et PMC toutes les deux semaines et les déchets résiduels une fois par semaine. Berenschot estime dès lors que le service proposé aux Bruxellois est "exceptionnel".

Conclusion de l'auditeur, il faut supprimer le fini-fini, réduire l'absentéisme en diminuant le nombre d'accidents de travail, modifier la composition des équipes pour ne garder qu'un chauffeur et deux chargeurs... Et réduire la fréquence des collectes : il en résultera une marge par rapport à l'effectif actuel des chargeurs porte-à-porte qui permettra de diminuer progressivement le nombre de CDD.

Observations faussées par le Covid?

L'audit laisse un goût amer du côté syndical où l'on a l'impression que l'on fait peser sur le seul personnel les échecs actuels de l'ABP. Selon les travailleurs, la présence permanente de sacs-poubelle dans les rues de la capitale est pourtant due à la réforme "ratée" de 2017, imposée par la direction malgré les critiques des trois syndicats. Des regrets sont également émis concernant les observations de terrain qui ont été effectuées en temps de Covid. Or, la durée des tournées à Bruxelles n'est pas uniquement déterminée par le volume de déchets à collecter, mais par la congestion automobile fortement réduite depuis un an.

Enfin, la comparaison avec des organismes privés dans lesquels de nombreux employés seraient physiquement inaptes au travail après quelques années seulement n'est pas heureuse selon plusieurs syndicats contactés.

"Mécaniquement, si les sacs bleus et orange sont plus gros, le sac blanc se dégonfle. Ce qui devra se traduire dans la réforme des collectes en construction."
Alain Maron (Ecolo)
Ministre bruxellois de l'Environnement

Interrogé au sujet de cet audit, Alain Maron assure qu'il fera l'objet d'un débat parlementaire très bientôt. Envisage-t-il de réduire la fréquence de collectes des sacs blancs ? "Les choses changent en termes de déchets. On peut désormais mettre dans le sac bleu un tas de plastiques qui allaient avant dans le sac blanc. Par-dessus le marché, les déchets organiques ne pourront plus finir à la décharge ou à l’incinérateur d’ici quelques mois. C’est une décision européenne, mais nous allons peut-être avancer un peu l’échéance. Mécaniquement, si les sacs bleus et orange sont plus gros, le sac blanc se dégonfle. Ce qui devra se traduire dans la réforme des collectes en construction", explique l’écologiste.

Le résumé

  • Un audit du personnel de l'ABP réalisé par Berenschot recommande de réduire la fréquence des collectes des sacs-poubelle en Région bruxelloise.
  • Selon un benchmark, le nombre d'heures productives par ETP serait particulièrement bas à Bruxelles-Propreté.
  • La société d'audit considère qu'il faut supprimer le fini-fini, ce principe permettant aux chargeurs de quitter le travail à la fin de leur tournée, sans prester toutes les heures contractuelles.
  • Les observations de terrain seraient faussées selon les syndicats, car la crise sanitaire et la circulation réduite impactent considérablement les conditions de travail des agents.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés