Affaire Emir Kir: un fusible qui a sauté ou le signe d'une véritable réforme?

Emir Kir ne bénéficiait plus de la protection de Laurette Onkelinx depuis les dernières élections internes et le torchon brûle depuis quelques mois entre lui et le nouveau patron de la fédération Ahmed Laaouej. ©Photo News

Le député-bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir a été exclu du PS pour avoir reçu deux maires turcs d’extrême droite en décembre dernier. Une décision qui pourrait faire jurisprudence. Selon le président de la Fédération bruxelloise Ahmed Laaouej, plus aucune exception ne sera tolérée.

Annoncée durant la nuit de vendredi à samedi, la décision prise par les sages de la commission de vigilance du PS bruxellois vis-à-vis d’Emir Kir a résonné comme un coup de tonnerre. Peu y croyaient, le PS l’a fait. Le député fédéral et bourgmestre de Saint-Josse n’est désormais plus membre du Parti socialiste, même s’il dispose d’un délai de 30 jours pour faire appel de la décision.

Pour mémoire, il était reproché au maïeur tennodois d’avoir reçu, début décembre, au sein de la maison communale, deux maires turcs du MHP, parti d’extrême droite. La commission de vigilance avait été saisie par un militant, Jérémie Tojerow, vraisemblablement désireux de faire strictement appliquer le respect du cordon sanitaire. "Une décision difficile mais qui restaure l’honneur des socialistes", a estimé ce dernier sur les réseaux sociaux.

Un deux poids deux mesures qu'il fallait corriger

Ce n’était pourtant pas la première fois qu’Emir Kir se trouvait au centre d’une intense polémique. Comment en est-on dès lors arrivé à cette décision radicale? Doit-on percevoir au travers de cet épisode la volonté des nouveaux cadres du parti, Paul Magnette au niveau national et Ahmed Laaouej au niveau bruxellois, d’imprimer leur marque en réaffirmant la ligne et les valeurs du parti? C’est tentant mais, selon plusieurs camarades interrogés, l’exclusion d’Emir Kir serait davantage liée à la rencontre d’une série de circonstances surmontée d’une pression médiatique énorme nécessitant de faire sauter un fusible.

L’exclusion très rapide de l’échevin socialiste de Neupré Benoït Hons après ses propos xénophobes envers les gens du voyage fin décembre a notamment pu jouer un rôle. En parallèle, la procédure vis-à-vis d’Emir Kir pouvait sembler lente et tiède et donner l’impression d’un deux poids deux mesures et d’une éventuelle réticence du PS de se séparer de l’une de ses machines à voix.

C’est aussi à la fin du mois de décembre qu’une interview conjointe du président du PTB Peter Mertens et du président du Vlaams Belang Tom Van Grieken, parue dans le journal dominical De Zondag, avait fait grand bruit au sud du pays. Mais il est plus délicat de s’offusquer d’une rupture du cordon sanitaire si un camarade fait des écarts...

Une commission de vigilance ni sourde ni aveugle

Emir Kir, il doit se demander pourquoi il saute maintenant. Il y a un côté absurde car il n’y avait rien de vraiment nouveau sur le fond.
Un socialiste

Rappelons aussi que certains mandataires socialistes du sud de Bruxelles gardaient un certain ressentiment vis-à-vis d’Emir Kir depuis la dernière campagne électorale tant sa présence au sein du parti socialiste est un repoussoir auprès de certains électeurs. Sans oublier qu’on se trouve à plus de quatre ans des prochaines élections régionales et communales, ce qui laisse le temps au PS de se remettre en ordre de marche. Ensemble, ces éléments ont débouché sur la décision que l’on connaît.

Car la commission de vigilance a beau être indépendante, elle n’est pas sourde et aveugle face aux attentes des militants et de la direction. "Ils ont pu sentir que le vent avait tourné. Quant à Emir Kir, il doit se demander pourquoi il saute maintenant. Il y a un côté absurde car il n’y avait rien de vraiment nouveau sur le fond. Et il avait déjà été eu cœur de multiples polémiques. Encore en avril dernier, lorsqu’il a comparé les descentes de police effectués à Bruxelles dans le cadre du plan Canal à des pratiques utilisée par l’Allemagne nazie", rappelle un socialiste.

Un parfum de règlements de comptes

Certains camarades estiment que le timing de la plainte ne doit rien au hasard puisqu’Emir Kir ne bénéficiait plus de la protection de Laurette Onkelinx depuis les dernières élections internes, en octobre dernier. D’autant plus que le torchon brûle depuis quelques mois entre Emir Kir et le nouveau patron de la fédération Ahmed Laaouej.

Le PS ressort grandi de la séquence mais le chemin à faire reste encore long.
Un mandataire socialiste

En septembre dernier, Emir Kir avait affirmé au quotidien La Capitale avoir été contacté par des proches d'Ahmed Laaouej qui tentait de faire un putsch contre la direction du parti à la suite de la nomination de Nawal Ben Hamou comme secrétaire d’État. Voilà pourquoi l’éviction de Kir dégage un parfum de règlements de comptes.

D'après, Ahmed Laaouej, le président de la section bruxelloise du PS, plus aucune exception ne sera tolérée. ©Photo News

Même si l’affaire Kir ne trouve pas nécessairement ses racines dans la volonté d’une profonde réforme interne, cela pourrait en être l’une des conséquences. Plus aucune exception ne sera tolérée à l’avenir, a ainsi déclaré Ahmed Laaouej à nos confrères du Soir alors qu’une photo montrant le député régional Sevket Temiz (PS) en visite chez l’ancien maire MHP d’Emirdag circulait ce lundi matin sur la toile.

À voir si la sévère punition infligée à Emir Kir fera jurisprudence. "Le PS ressort certes grandi de la séquence mais le chemin à faire reste encore long", résume un mandataire qui rappelle qu’un vaste débat relatif à la diversité est très attendu en interne.

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