interview

Kristiaan Borret, maître architecte bruxellois: "La complexité urbaine de Bruxelles peut devenir son atout architectural"

Connu pour son caractère bien trempé, Kristiaan Borret ne laisse personne indifférent. Il assure avoir appris à mettre de l'eau dans son vin. ©Frederik Hamelynck

C’est "plein d’engagement et d’énergie" qu’il dit entamer son second mandat au poste de maître architecte bruxellois. Kristiaan Borret assure aussi vouloir corriger le tir, fort de son expérience. Ses maîtres-mots: transparence et participation. Il assure que ce n’est pas un slogan de campagne. On aura quatre ans pour juger sur pièce.

Selon Kristiaan Borret, l’impact du maître architecte sur la qualité du développement urbain à Bruxelles s’est accru. L’impact, personne ne peut le nier: venu d'Anvers estampillé d'une aura sp.a et d'un caractère bien trempé, l'homme n'a pas hésité à marquer rapidement son territoire... et à bousculer l'entre-soi bruxellois dans le sérail immobilier. Et quand on lui rétorque que la qualité, c’est une notion bien subjective, il brandit le recours de plus en plus fréquent aux concours et les critères objectivables qui les motivent.

"Leur nombre, mais aussi leur diversité et leur sphère d’influence croissante – bien au-delà de nos frontières – sont gages de qualité. Regardez le succès international des concours lancés sur l’ex-siège de la Royale Belge à Boitsfort ou le Centre Monnaie, rebaptisé CityZen pour la circonstance. Et puis, désormais, la position du BMA, les services du maître architecte, est inscrite dans le nouveau CobAT, le Code bruxellois d’Aménagement du Territoire…"

Pour Kristiaan Borret, la ville comme entité autonome connaît un regain de dynamisme depuis plus de 10 ans déjà. Après une période marquée par le défaitisme, la détérioration de la qualité et l’exode urbain, on assiste aujourd’hui à une renaissance urbaine, et ce dans de nombreux coins d'Europe. Bruxelles, assure-t-il, participe à ce mouvement d’émancipation.

Complexité et diversité comme atout

Pour le maître architecte reconduit, qui a appris à connaître son terrain de jeu, Bruxelles incarne tout… sauf la simplicité. Mais cette complexité – rebaptisée "multipli-cité" – émerge peu à peu dans nombre de villes européennes. "Sachons faire de cet ADN déjà tangible à Bruxelles le laboratoire de la ville européenne de demain. Cette image urbaine hétérogène peut devenir l’atout de l’architecture bruxelloise". Il s’explique: contrairement à pas mal de voisines, il y a, dans le tissu bâti existant de la capitale, des opportunités – notamment à travers les concours – à se démarquer du contexte, même si tout est très réglementé.

"Dans la plupart des métropoles, un maître architecte a besoin de plus de 4 ans pour insuffler une nouvelle dynamique."
Kristiaan Borret
Maitre architecte bruxellois

On lui demande un exemple concret. Et il renvoie à la nouvelle passerelle tendue derrière le Parlement belge, choquante au premier regard, avec l’aluminium brillant plaqué sur le bâti historique voisin. "Je pense qu’un geste pareil ne serait pas possible à Paris ou à Vienne. Pour les architectes étrangers et les jeunes talents émergents, Bruxelles est donc aujourd’hui un champ de possibilités", ajoute-t-il, en pointant également les futurs bureaux SNCB, gare du Midi.

Moment charnière

Il place encore un mot pour qualifier la ville dont il doit tracer les contours futurs: fragilité. "Nous sommes à un moment charnière crucial. Mon second mandat me permettra de consolider les changements entrepris". Charnière, vraiment? "Dans la plupart des métropoles, un maître architecte a besoin de plus de 4 ans pour insuffler une nouvelle dynamique. Et puis, cette reconduction confirmée est une reconnaissance du travail ébauché et de celui qui l’a exécuté, non? Ce ne sera pas un simple copier-coller du premier. Ça me permet d’avancer et d’innover, en affinant le bon équilibre entre le besoin de densification résidentielle – mieux cibler la production de logements vraiment sociaux – et le besoin d’espaces verts, durables et perméables".

Néerlandophone et proche de Pascal Smet (sp.a), l'ingénieur civil-architecte de 54 ans vit à Forest, maîtrise parfaitement le français et possède également une maîtrise en design urbain de l'université polytechnique de Catalogne. ©Jonathan Ortegat

Et pour ne pas limiter les convives invités à sa table, le maître architecte dit vouloir privilégier la transparence et la participation. "Que l’urbanisme soit public fait partie de l’ADN de la Région bruxelloise. Or, ces 5 dernières années, on a essentiellement travaillé de manière interne. Je veux à présent élargir et ouvrir notre département aux professionnels, aux associations publiques traditionnelles, mais aussi aux plus nouvelles: les associations d’habitants qui sont des partenaires actifs de la reconstruction des quartiers urbains. Je souhaite ouvrir les jurys aux riverains".

Ouverture à la société civile

On lui prédit l’anarchie. Il s’explique: la transparence totale ne signifie pas la décision par tous. On va tester et écouter, même si les responsabilités des maîtres d’ouvrage et des décideurs publics resteront le cadre dont on ne déroge pas. "Par exemple, l’occupation provisoire d’un lieu à redessiner permet, grâce à un urbanisme transitoire, de tester à balles réelles ce qui marche ou pas avant de figer les affectations et les fonctions des quartiers, comme actuellement dans les casernes à Ixelles. Je veux donc tester la participation avant et pendant le lancement des concours, rendre public l'accès aux présentations devant le jury, contribuer à la charte de coopération avec le secteur privé initiée par le secrétaire d’État Pascal Smet – y compris dans le cadre des concours –, renforcer la disponibilité en ligne des avis du BMA. Aux Pays-Bas, par exemple, les avis de la Chambre de qualité sont déjà publiés depuis des décennies".

"Ces 5 dernières années, on a essentiellement travaillé de manière interne. Je veux à présent élargir et ouvrir notre département."
Kristiaan Borret

Enfin, le maître architecte, dopé par sa reconduction, veut ouvrir son département tant au secteur professionnel qu’à la société civile. "Fabriquer la ville n’est plus uniquement l’apanage des institutions traditionnelles, parfois à court d’idées novatrices. Elle est le fait d’une large constellation de ‘city-makers’, dans une forme d’intelligence collective partagée. Nous devons coopérer, dès l’entame des projets et dans un esprit de participation constructive, avec divers acteurs sociaux, reconnus et moins connus. Dans le même ordre d’idées, je voudrais d’ailleurs démarrer rapidement une consultation à 360° sur les services du BMA par des experts externes en vue d’en dégager avant la rentrée de septembre une synthèse de recommandations-améliorations", promet l’architecte public bruxellois. 

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