L'eau plus chère à Bruxelles qu'en Flandre

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Le fournisseur d’eau Vivaqua va accorder des réductions de prix à la Flandre. Les Bruxellois vont-ils continuer à payer leur eau plus chère?

Un contrat signé entre Vivaqua, fournisseur d’eau bruxellois, et la TMVW, une intercommunale gantoise, peut laisser penser que les Bruxellois vont payer leur eau plus chère que les Flamands alors qu’il s’agit de la même eau.

Par ce contrat, Vivaqua s’est engagé à diminuer son prix de vente à la TMVW. À partir de 2019, il passera de 0,7896 euro/m³ à 0,60 euro/m³. Il est aussi convenu que les quantités commandées vont baisser. Elles passeront de 34 millions de m³ par an à 16 millions en 2019. Soit une diminution de plus de la moitié. De plus, il est aussi prévu que Vivaqua s’engage à acheter 4 millions de m³ à l’AWW, une intercommunale anversoise. Ces engagements sont valables jusqu’en 2038.

À Bruxelles, Vivaqua revend son eau à Hydrobru, l’organisme régional qui distribue et facture aux ménages bruxellois, au prix de 0,8778 centime. Il y a donc déjà une différence de prix par rapport à la vente en Flandre. Le contrat qui lie Vivaqua à la TMVW et à l’AWW va accentuer cette différence à partir de 2019.

À partir de 2019, Vivaqua, le fournisseur d’eau bruxellois, va diminuer ses prix de vente à la Flandre.

Les Bruxellois vont-ils devoir combler le manque à gagner?

Yvan Mayeur, le président de Vivaqua, assure que le Bruxellois ne paiera pas son eau plus chère.

Mais pourquoi Vivaqua a-t-elle accepté de vendre son eau moins chère en Flandre? Il existe une certaine volonté d’indépendance de la part de la Flandre en matière d’approvisionnement de l’eau. Un projet entre l’intercommunale gantoise désormais appelé Farys et l’anversoise, désormais appelé Waterlink pour avoir une structure commune d’approvisionnement en eau est en gestation. S’il se concrétise, Vivaqua, en situation de monopole à Bruxelles, serait dans une position moins confortable en Flandre. Cet argument a joué au moment de la signature du contrat.

Perte de 20 millions

Le manque à gagner pour Vivaqua à partir de 2019 se chiffrera à 20 millions d’euros. Mais la TMVW (Farys) n’est pas le seul client que Vivaqua pourrait perdre. Une autre intercommunale cliente de Vivaqua, l’IWVB (composée de communes de la périphérie bruxelloise) est en passe de procéder à une liquidation. Vers qui vont se tourner ces communes pour leur approvisionnement en eau? Vers la Flandre ou vers Bruxelles? À l’heure actuelle, le volume d’eau vendu à cette intercommunale correspond à environ 12 millions de m³. Une perte non négligeable pour les finances de Vivaqua.

"Mon rôle est de sauvegarder cette entreprise", assure Yvan Mayeur. ©BELGA

Yvan Mayeur (PS), l’actuel président de Vivaqua, est au courant de ces pertes potentielles. Il n’était pas encore chez Vivaqua lorsque le contrat avec la TMVW a été signé. À l’époque, c’était Marie-Paule Mathias (PS également) qui présidait le conseil d’administration. Le contrat a été conclu en décembre 2012, deux mois après les élections communales à la suite desquelles la présidente n’a pas été réélue. Le conseil d’administration a été renouvelé peu de temps après.

Yvan Mayeur aurait-il signé ce contrat s’il avait été à la présidence à ce moment-là? "Je n’étais pas là. Je ne veux pas mettre en cause ce qui a été fait", répond-il. Comment va-t-il aujourd’hui combler le manque à gagner? "De manière macroéconomique, même si on perd des clients, notre production reste la même. Normalement dans ce cas-là, nous devrions répartir les coûts de production sur les clients restants c’est-à-dire les Bruxellois. Sauf si nous trouvons de nouveaux clients en Belgique ou ailleurs", explique-t-il. Et il le jure, "il n’est pas question d’augmenter le prix pour les Bruxellois".

"Il n’est pas question d’augmenter le prix demandé aux Bruxellois."
Yvan Mayeur

En 2019, le contrat d’Hydrobru viendra à échéance. Ne craint-il pas que les Bruxellois réclament eux aussi une diminution des prix, ce qui plomberait encore plus les finances de Vivaqua? "D’ici là, nous aurons géré la fusion entre Vivaqua et Hydrobru. La perspective économique sera redéfinie. Il y a peut-être moyen de faire des économies, de diminuer les coûts de production. La Région a probablement un rôle à jouer. Car je rappelle que par ailleurs, nous allons devoir réaliser des investissements importants en matière d’assainissement".

Parmi les pistes d’économies, Vivaqua, qui emploie près de 1.600 personnes, pourra-t-elle sabrer dans la main-d’œuvre? "On veut éviter le plus possible de toucher au personnel. Mon rôle est de sauvegarder cette entreprise", jure Yvan Mayeur.

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