L'enterrement de la taxation kilométrique relance le péage

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Le refus d’instaurer, côté wallon, une taxation au kilomètre pourrait causer l’accélération, côté bruxellois, du passage au plan B, à savoir la mise en place d’un péage.

Les députés bruxellois ont fait leur rentrée officielle lundi matin avec, au menu, la composition des différentes commissions ainsi qu’une première salve de questions d’actualité dont certaines consacrées à la taxation kilométrique. Et pour cause, le coprésident d’Ecolo Jean-Marc Nollet enterrait, ce week-end dans les colonnes de L’Echo, la possibilité d’instaurer une taxe kilométrique en Wallonie, au prétexte que le système ne serait ni prêt ni mûr.

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Cette sortie a surpris la majorité bruxelloise qui a inscrit noir sur blanc dans son accord de majorité sa volonté de conclure un accord avec les deux autres régions pour mettre en place un tel système. Le gouvernement flamand n’est même pas encore formé qu’une fin de non-recevoir est donc déjà émise en Wallonie, par un écologiste de surcroît.

"Girouette"

"Cela fait un peu girouette de la part d’Ecolo. On ne peut pas dire, d’un côté, que l’on aura le choix entre la société de l’écologie et la société de la barbarie, et de l’autre, ne pas avancer ensemble avec les autres régions sur des solutions structurelles. Les problèmes de mobilité ne s’arrêtent pas aux frontières régionales. C’est un enjeu qui dépasse Bruxelles. Les problèmes de congestion et de qualité de l’air sont aussi une réalité dans les grandes villes wallonnes", réagit Emmanuel De Bock (DéFI). Les déclarations de Nollet sont-elles de nature à enterrer toute concertation entre les régions?, a demandé le député amarante en séance plénière.

Ce n’est pas parce que ce n’est pas dans l’accord wallon que l’on ne va pas en discuter.
Elke Van den Brandt
Ministre bruxelloise de la mobilité

Alors qu’elle s’était montrée très volontariste en août en déclarant que Bruxelles n’avait pas le luxe d’attendre les autres régions pour adapter la fiscalité automobile, la nouvelle ministre bruxelloise de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) s’est montrée nettement plus prudente en répondant aux députés que la concertation entre régions demeure toujours la priorité. "Je vais contacter le gouvernement wallon pour voir quelle solution est possible. Ce n’est pas parce que ce n’est pas dans leur accord de majorité que l’on ne va pas en discuter."

Quelques heures plus tard, dans un autre hémicycle situé plus au sud du royaume, le nouveau ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) en remettait une couche lors des discussions autour de l’accord de majorité: "Il n’est pas prévu d’instaurer une taxe au kilomètre en Wallonie."

À Bruxelles, on y croit toujours

Mais pas de quoi refroidir l’exécutif bruxellois, qui fait toujours mine de croire à la possibilité d’un accord sur ce dossier sensible. "N’allons pas plus vite que la musique. Il faut d’abord mettre tout le monde autour de la table pour trouver un terrain d’entente concernant les objectifs et ensuite voir les zones d’accommodements possibles pour régler les problèmes de congestion et de qualité de l’air qui concernent aussi bien les grandes villes flamandes et wallonnes. Pour l’instant, nous avons plus débattu des solutions à apporter dans les médias qu’entre formations politiques", souligne le porte-parole d’Alain Maron (Ecolo), ministre bruxellois de l’Environnement.

Dans un tweet, Emmanuel De Bock questionnait la possibilité que Nollet enterre la taxe kilométrique pour faire avancer l’idée d’un péage urbain. De l’avis de plusieurs écologistes, la sortie du coprésident des verts n’était pas du tout concertée.

Passage en force bruxellois?

En revanche, il n’est pas exclu de penser qu’un blocage côté wallon puisse justifier, côté bruxellois, le passage accéléré au plan B. Pour rappel, le programme d’Ecolo prévoit un péage de zone, sur le modèle londonien, fonctionnant grâce aux caméras ANPR de la zone basse émission. Une option reprise dans l’accord de gouvernement dans le cas d’un échec relatif à l’instauration de la taxation kilométrique.

En outre, le péage de zone serait techniquement plus simple à établir qu’une taxation kilométrique nécessitant la présence d’un boîtier de calcul de la taxe (On board unit/OBU) dans tous les véhicules de particuliers. Tout en continuant de plaider pour une concertation entre régions débouchant sur la taxation au kilomètre, Bruxelles avancera en coulisse sur l’option d’un péage de zone. Selon nos informations, des contacts discrets sont pris en ce sens entre les différents cabinets responsables.

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