L'invest bruxellois recapitalisé par la Région et des entreprises privées

De gauche à droite, le président de Finance & Invest Brussels Denis Knoops, la secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique Barbara Trachte (Ecolo) et le CEO de l'invest bruxellois Pierre Hermant ont finalisé leur nouvelle stratégie d'investissement. ©saskia vanderstichele

L'invest bruxellois dispose désormais de 134 millions d'euros supplémentaires pour apporter des solutions aux entreprises bruxelloises, sous forme de prêts ou de prises de participation. Une recapitalisation qui s'inscrit dans la transition économique menée par Barbara Trachte (Ecolo).

Il n'est pas toujours possible de restituer fidèlement la trame d'un entretien. Quand les idées se bousculent et s'entremêlent. Quand un interlocuteur expose un point de vue qui est ensuite complété par un autre. Quand l'enthousiasme prend le pas sur une communication institutionnelle ficelée. C'était le cas lors de l'interview accordée par Barbara Trachte, Pierre Hermant et Denis Knoops au sujet de la recapitalisation de Finance&Invest Brussels et de sa nouvelle stratégie d'investissement. Ces trois-là sont visiblement très satisfaits de la mission réalisée ensemble. À l'issue de son assemblée générale le 16 décembre prochain, l'invest bruxellois disposera de 134 millions d'euros supplémentaires - dont près de 45 apportés par des entreprises privées - pour répondre aux besoins financiers du tissu économique bruxellois.

"Ce partenariat public-privé, c'est notre grande force et notre spécificité par rapport à l'invest wallon 100% public."
Barbara Trachte
Secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique

"C'était the best of two worlds", résume Denis Knoops. L'ancien boss de Delhaize désigné en mars dernier par François De Smet (DéFI) pour présider le conseil d'administration de Finance&Invest estime que la nouvelle stratégie a bénéficié de ce mix public-privé. "Avec deux visions extrêmes cela aurait pu être l'enfer, mais on a trouvé l'équilibre. On soutiendra les dossiers qui créent de l'emploi, qui s'inscrivent dans la logique du circulaire et d'une diminution du CO2, avec de la rentabilité. Il y a moyen d'avoir le triangle parfait même si ça balance parfois un peu plus d'un côté."

"Ce partenariat public-privé, c'est notre grande force et notre spécificité par rapport à l'invest wallon 100% public. Le fait d'être confronté à la réalité du monde des entreprises, des investisseurs et d'entendre leurs préoccupations, c'est un atout et un levier pour nous qui voulons faire de la transition. C'est important de partir de la réalité du terrain", enchaîne Barbara Trachte (Ecolo).

Pour la secrétaire d'État bruxelloise à la Transition économique, il s'agit d'une étape cruciale vers l'un des engagements de l'accord de majorité: l'alignement de toutes les politiques économiques sur les objectifs environnementaux, à l'horizon 2030. "Mais ce n'est pas quelque chose que l'on va imposer top-down, nous avons travaillé avec nos investisseurs privés", précise-t-elle. Inspirée des fonds à impact, la nouvelle stratégie privilégie cinq grands thèmes d'investissement: la qualité de vie dans une ville durable, la participation citoyenne, la production alimentaire, la culture et la créativité ainsi que les fintechs et les assurtechs.

"Même les sociétés qui partent de très bas peuvent venir toquer à notre porte pour qu'on les aide à avancer. Il faudra juste mettre des KPI."
Denis Knoops
Président du CA de Finance&Invest Brussels

Les entreprises polluantes ne seront évidemment pas exclues, précisent nos interlocuteurs. "La secrétaire d'État a toujours insisté sur le terme de transition, ce qui signifie qu'on ne va pas prendre que les meilleurs de la classe, mais que l'on va prendre les autres par la main pour les entraîner dans la transition économique et faire en sorte que celle-ci soit créatrice de valeur pour l'entreprise", déclare Pierre Hermant, CEO de Finance&Invest Brussels. "Même les sociétés qui partent de très bas peuvent venir toquer à notre porte pour qu'on les aide à avancer. Il faudra juste mettre des KPI (indicateur clé de performance, NDLR)", poursuit Denis Knoops. "Toutes les PME ne sont pas outillées pour analyser leur empreinte ou revoir leur business model, mais tout l'écosystème bruxellois, du Hub à Citydev pourra être mobilisé au service des entreprises", ajoute Barbara Trachte.

L'expertise du privé

Les investisseurs privés amèneront aussi leur propre expertise et leur réseau ainsi que de la diversité au sein du CA, soulignent ensuite Pierre Hermant et Denis Knoops. À ce stade de l'interview, on réclame des noms. Tous les actionnaires historiques sont restés, se réjouit le trio. Belfius Banque, BNP Paribas Fortis, P&V Assurances et Ethias qui ont remis au pot deviennent ainsi les quatre plus gros actionnaires de Finance&Invest après la Région bruxelloise. Les banques KBC et ING sont également toujours de la partie.

"Avec Solvay, on aura donc l'expertise d'une industrie et de ses ingénieurs pour analyser les dossiers. C'est une énorme plus-value."
Pierre Hermant
CEO de Finance&Invest Brussels

L'invest bruxellois passe de sept actionnaires à une douzaine avec AG Insurance, Hydralis, Partena et Solvay qui entrent dans la danse. "Avec Solvay, on aura donc l'expertise d'une industrie et de ses ingénieurs pour analyser les dossiers. C'est une énorme plus-value", s'enthousiasme Pierre Hermant qui énumère les atouts de chaque nouvel entrant: la connaissance du marché immobilier d'AG, l'expertise en matière d'accompagnement des employés chez Partena, etc. Des contacts sont également en cours avec une institution universitaire dont l'intérêt doit encore être formalisé.

Les acteurs privés pourront aussi combler le déficit de notoriété dont souffre encore l'invest bruxellois. "On tient au terme 'Invest' dans le nom afin d'insister sur notre coeur de métier qui est à la prise de participation. Quand on met uniquement Finance, cela fait penser à un outil financier ou de fiscalité. Mais les entreprises qui ne connaissent pas encore Finance&Invest font déjà confiance à des boîtes comme Ethias et P&V qui peuvent nous recommander."

Une question de survie

Tant la stratégie du gouvernement que la crédibilité de Finance&Invest ressortent renforcées de l'arrivée du privé, estime encore Pierre Hermant. "Nous avons réussi à lever 45 millions dans une période de crise auprès d'acteurs qui ne le font pas par complaisance, mais parce que notre stratégie tient la route. Après tout le contrôle du côté public par l'ICN, la Cour des comptes et l'inspection des finances, ce sont les gars de Solvay, Partena, Belfius, etc. qui ont fait leur mission de due diligence. On a donc eu un double check!"

"Sans un agenda clair au niveau de l'impact environnemental, une entreprise sait qu'elle n'existera plus dans trente ans."
Denis Knoops
Président du CA de Finance&Invest Brussels

À les entendre, l'écologie n'est plus perçue comme une contrainte par le monde économique. "C'était le cas il y a dix ans. Mais sans un agenda clair au niveau de l'impact environnemental, une entreprise sait qu'elle n'existera plus dans trente ans parce que ses clients ne voudront plus de ses produits et elle ne parviendra plus à engager ces jeunes talents qui challengent désormais leurs futurs employeurs sur les valeurs de l'entreprise dans laquelle ils postulent. Je suis admiratif de cette génération en quête de sens", confie Denis Knoops.

"Avant c’était considéré comme une contrainte et la dérive c’était le greenwashing, mais c'est devenu un levier de performance et de création de valeurs. Mais on ne doit pas se raconter des histoires, il faudra un plan d'action ambitieux mais réaliste et accepter que la transition soit progressive et pas au détriment de la rentabilité", ajoute Pierre Hermant. "C'est de la friction positive, comme le grain de sable qui devient une perle", conclut Denis Knoops.

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