reportage

La croissance verte du Marché Matinal de Bruxelles

Construits en 2019, les toits de neuf carports pour camions sont recouverts de 8.078 panneaux solaires. ©Saskia Vanderstichele

Depuis trois ans, le Marché Matinal engrange des bénéfices tout en investissant dans la modernisation de ses infrastructures. L’installation de panneaux solaires se poursuit avec un nouveau projet qui portera leur nombre total à 23.000 d’ici la fin de l’année. Une optimisation de l’espace sur le site de Mabru a débouché sur une augmentation des revenus locatifs.

Depuis quelques années, le Marché Matinal affiche de jolies couleurs. À l’instar de ses halles dont les façades ont été repeintes en vert, rouge, jaune, bleu… Tant pour améliorer l’orientation des opérateurs et des visiteurs sur le site que pour égayer celui-ci. Au niveau de l’infrastructure, l’année 2019 a été marquée par la construction de carports. "Les déchargements se faisaient dans le noir, parfois sous la pluie. Maintenant les commerçants sont à l’abri et c’est aussi bien éclairé qu’un aéroport, par des LED. Quand je suis arrivé, certains râlaient sur les nombreux travaux, mais ils constatent après quelques années que le résultat est positif. On a remis en mouvement un site qui ronronnait depuis une quinzaine d’années", fait valoir Laurent Nys qui a repris la direction de l’ASBL Mabru fin 2014.

©BELGA

Outre l’amélioration du confort, ce nouveau parking pour camions, recouvert par des panneaux sur une surface totale de 13.300m², renforce la stratégie énergétique du Marché Matinal initiée en 2018 avec l’installation de 8.000 panneaux photovoltaïques sur les toits des halles. Avec, sur l’ensemble du site, 16.000 panneaux financés par Engie grâce au système de tiers investisseurs, l’installation de Mabru est la plus importante du genre en Région bruxelloise.

"Nous recevons chaque semaine des demandes de location, mais c’est tendu"
Laurent Nys
Directeur du marché matinal

Et ce n’est pas fini puisque les cellules de stockages situées le long des voies ferrées seront également bientôt recouvertes par des panneaux solaires, portant leur nombre total à 23.000. La demande de permis est déjà déposée et les travaux devront être bouclés dans la foulée, avant le changement de régime des certificats verts prévu le 1er janvier prochain. "Le partenariat avec Engie nous a permis de réduire notre facture énergétique. C’est la preuve que les engagements écologiques ne représentent pas un frein au développement économique, au contraire!", souligne Laurent Nys qui ajoute qu’un système de récupération d’eau de pluie sert au nettoyage des 14 hectares.

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En déficit jusqu’en 2015, le Marché Matinal renoue avec les bénéfices depuis trois années consécutives. Pour 2018, le chiffre d’affaires de l’ASBL atteint 3,86 millions d’euros tandis que les bénéfices, en baisse par rapport à l’année précédente, s’élèvent à 158.081,78€. "Cela aurait pu être plus élevé mais nous avons choisi de continuer à investir dans la modernisation du site", justifie notre interlocuteur. Outre le parking solaire, Mabru a consacré un budget de 700.000€ à l’installation d’un système de vidéosurveillance. Les 60 caméras intelligentes réparties sur le site depuis juillet doivent permettre de lutter contre les dépôts clandestins, un coûteux fléau.

Le boom des produits méditerranéens

©Saskia Vanderstichele

Parmi les secteurs en croissance, on retrouve les firmes importatrices de produits méditerranéens. Dans la halle aux fleurs, les végétaux doivent ainsi céder de l’espace à Oma Trading, société spécialisée dans les produits du Maghreb. En pleine expansion, cette firme qui alimente notamment les rayons dits "ethniques" de nos supermarchés a besoin d’espace supplémentaire pour effectuer toutes ses livraisons. Également en plein essor, l’enseigne de produits turcs Tadal inaugurera l’an prochain la seconde annexe au bâtiment qu’elle occupe depuis 2005. Et avant cela, c’est son nouveau magasin de nuit fraîchement établi dans les halles qui approvisionnera les épiciers de quartier de la capitale. "Pour les produits méditerranéens, on compte une bonne dizaine d’acteurs dont trois gros qui sont arrivés petits et se sont développés sur le site…"

Pour le reste, Mabru reste Mabru avec sa diversité détonante de commerces. Au sein des halles de vente, le Maconal, grande surface fournissant boissons, alimentation sèche et produits de tabac aux night-shops et stations-services, côtoie le volailler W & H, fournisseur officiel de la Cour. Les restaurateurs viennent toujours en nombre s’approvisionner en fruits et légumes chez le grossiste haut de gamme Vandenpoel. Et en produits précieux à la Maison du Caviar tenue par la société Caspian Tradition qui étend aussi sa présence au sein de Mabru.

©Saskia Vanderstichele

"Albert Frère venait en personne ici chercher son caviar", relate tout sourire Laurent Nys avant une halte au Festin Aquatique. Dotée d’un vivarium, cette poissonnerie qui écoule environ 12 tonnes de produits de la mer chaque semaine s’est agrandie à plusieurs reprises, jusqu’à ce que la tendance aux livraisons s’accentue. Plus de 85% des 126 opérateurs basés au Marché Matinal livrent désormais leurs clients, ce qui explique sans doute que le nombre de visiteurs par mois stagne depuis plusieurs années autour de 22.000.

La hausse des recettes de Mabru provient essentiellement de ses revenus locatifs. Des dépôts de palettes vides ont, par exemple, laissé place à des cellules de vente, mais l’optimisation de l’espace atteint désormais ses limites. "Nous recevons chaque semaine des demandes de location, mais c’est tendu. Si la Ville me donnait du terrain supplémentaire, je serais preneur. Mais il n’y en a pas à moins d’arrêter de faire passer les trains…", déplore Laurent Nys qui n’exclut pas un développement en hauteur.

Les projets? Un espace de réception

"Mon homologue de Rungis s’étonne toujours de voir la télévision belge venir faire des reportages chez eux plutôt que chez nous", confie Laurent Nys, qui juge l’attention médiatique accordée à Mabru faiblarde au regard de son rôle important au niveau socio-économique. Et de souligner les 700 emplois dont une partie d’infraqualifiés générés par le site. Ou encore l’importance qu’un tel acteur soit géré par les pouvoirs publics, des loyers raisonnables permettant de maintenir des petits commerces et de lutter contre Amazon Freshet l’uniformisation des produits alimentaires.

Sans oublier le projet Dream lancé en 2016 avec le CPAS  de la Ville qui met de récupérer jusqu’à 2 tonnes par jour d’invendus alimentaires sur le marché matinal afin de les redistribuer ensuite à un réseau d’associations. Quatre ans après son arrivée à la tête de l’ASBL, l’enthousiasme de Laurent Nys semble intact.

Désireux de faire rayonner l’institution, il a initié les portes ouvertes nocturnes qui ont rassemblé pas moins de 6.000 visiteurs dont 3.000 particuliers en 2017. La troisième édition, sur le thème de la Colombie, se tiendra dans la nuit du 20 au 21 septembre.

Autre grand projet dans ses cartons: le développement de l’étage en terrasse dans les halles pour organiser des dîners de gala et des démonstrations de chefs. "Nous avons régulièrement des demandes pour organiser à Mabru des événements mais on manque malheureusement d’un espace de réception."

 

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