La manifestation antiracisme tourne à la polémique

La manifestation antiracisme a rassemblé quelque 10.000 personnes dimanche devant le Palais de Justice de Bruxelles. ©AFP

La manifestation de Bruxelles contre le racisme et les violences policières est vite tombée dans l'éternelle querelle gauche-droite. Mais fallait-il permettre un événement qui bafouait les règles du Conseil national de sécurité?

Une manifestation était organisée dimanche sur la Place Poelaert, au pied du palais de Justice de Bruxelles. Des protestations comme s'en sont déroulées bien d'autres en Europe, dans la lignée du mouvement né suite à la mort de George Floyd, homme noir de 46 ans asphyxié sous le genou d'un policier de Minneapolis, aux États-Unis. Il s'agissait de s'insurger contre les violences policières envers les Afro-Américains aux États-Unis, mais aussi contre le racisme dans la société belge.

"Il fallait faire une balance entre les règles sanitaires, la liberté d'expression et l'ordre public."
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles

Malgré la situation sanitaire qui interdit toujours les rassemblements, 10.000 personnes étaient présentes à Bruxelles. Aujourd'hui, l'événement tourne à la polémique. Était-ce bien sérieux de laisser piétiner de la sorte les règles édictées par le Conseil national de sécurité? En outre, des incidents ont éclaté après la manifestation, causant des dégâts. La réponse du bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS) fuse: "Il fallait faire une balance entre les règles sanitaires, la liberté d'expression et l'ordre public. Avec les services de police, on a étudié cela. Mais l'expression publique doit pouvoir avoir lieu! Comment pouvions-nous interdire cela alors que des manifestations ont lieu à Paris, Londres...?"

Que fallait-il faire?

Philippe Close rappelle que du gel désinfectant était disponible et que 4.000 masques – "de la Ville de Bruxelles parce que ceux du Fédéral, on les attend toujours!" – ont été distribués. "Non, ce n'était pas des conditions idéales. Mais on a trouvé une balance."

10.000
participants
La manifestation a réuni environ 10.000 personnes à Bruxelles.

Ce n'était pas l'avis de tout le monde, et surtout pas du MR, dont de nombreux représentants se sont insurgés. Sophie Wilmès, la Première ministre, et le président des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, ont pointé le manque de respect des règles sanitaires. "À la vue des images, je regrette qu'il n'ait pas été possible de trouver une alternative qui respecte consignes sanitaires et efforts de ceux en 1ère ligne dans la lutte contre l'épidémie", a tweeté Sophie Wilmès.

"Il fallait réfléchir à d'autres formules. Pourquoi ne pas envisager le stade Roi Baudouin?"
David Leisterh
Président du MR bruxellois

Du côté de DéFI, Olivier Maingain, bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert, tempère: "lorsqu'on travaille avec la police, on sait qu'il vaut mieux encadrer qu'interdire une manifestation. Sinon, ça tourne au jeu du chat et de la souris, impossible à contrôler. Il ne faut interdire que lorsque l'on sait à l'avance qu'il y a une volonté délibérée de casser." Pour l'ancien président de DéFi, qui est partenaire du PS à la Ville de Bruxelles et au gouvernement régional bruxellois, "Philippe Close a eu raison de permettre l'organisation. On lui fait un procès comme s'il en était à l'initiative." Néanmoins, Olivier Maingain note que le port du masque aurait dû être obligatoire. "Mais à un moment, il en va de la responsabilité de chacun. Moi, je n'y suis pas allé parce que je me considère comme une personne à risque vu mon âge."

"Ces accusations sont lourdes"

Qu'aurait-il fallu faire, selon le MR? "Pas interdire la manifestation", admet David Leisterh, président du MR bruxellois. "Mais il fallait réfléchir à d'autres formules. Pourquoi ne pas envisager le stade Roi Baudouin qui peut contenir 50.000 personnes? On aurait pu y faire respecter la distanciation sociale et mettre en avant l'ASBL organisatrice de l'événement." Le chef des bleus bruxellois glisse qu'il a lui-même participé au mouvement antiraciste.

"On avait vu que les mesures ne pourraient pas être rencontrées. On s'est réuni en marge de la manifestation avec quelques élus." Et le MR prépare un événement symbolique pour marquer son combat à l'égard de la cause antiraciste. Histoire, aussi, de répondre à Philippe Close qui avait déclaré, suite aux critiques des libéraux: "C'est d'ailleurs peut-être le thème de la manifestation qui pose problème à certains membres du MR." Pour David Leisterh, "ces accusations sont lourdes et impossibles pour nous à encaisser sans réagir."

Mais le bourgmestre de Bruxelles n'explicite pas l'exact fondement de son propos, précisant juste: "je n'ai jamais dit que le MR n'était pas antiraciste!"

Les dérives

À la fin de la manifestation, des casseurs s'en sont pris aux forces de l'ordre. Des magasins ont été pillés, notamment dans la Chaussée d'Ixelles et le long du boulevard de Waterloo.

239 personnes ont été arrêtées. Mais ces violences pénalisent des commerçants déjà fort marqués par l'arrêt des commerces durant le confinement. "Nous devons montrer notre solidarité envers ces commerces. La Ville va prendre en charge les frais occasionnés par ces dégâts", assure le bourgmestre. "On va ensuite se retourner contre les casseurs."   

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