La Région bruxelloise fait de la place à l'école

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L’enseignement bruxellois est saturé. La Région investit 9 millions d’euros pour créer 3.500 places.

Si rien ne bouge à Bruxelles d’ici 2015, 18.000 enfants de l’enseignement fondamental seront sans école. Les statistiques sont claires pour la Région de Bruxelles-Capitale qui prend le taureau par les cornes. En dégageant 9 millions d’euros pour créer 3.500 places dans le maternel et dans le primaire. Elles devraient être accessibles dès la rentrée de septembre 2012.

Les neufs millions permettront de rénover ou d'acheter des conteneurs et installations préfabriquées.

C’est la première fois que la Région investit dans l’enseignement: la matière est de compétence communautaire. Mais face à la saturation, la Région prend les devants. "Renvoyer la balle aux autres niveaux de pouvoir ne sert à rien. Ce qu’il faut faire, c’est s’atteler aux problèmes des gens", affirme le ministre-président de la Région, Charles Picqué.

Il faut plus de place

Aujourd’hui déjà, les parents bruxellois ne savent plus où trouver de la place pour leurs enfants. "Certains nous harcèlent. Mais on les comprend. Après cinq ou six visites d’écoles, ils ne parviennent toujours pas à inscrire. Et à la fin, ils craquent", témoigne Martine Van Lier, directrice d’une école à Molenbeek.

Or, la démographie bruxelloise va encore grimper. D’ici 2020, la population globale devrait augmenter de près de 13%, selon l’Institut de statistiques bruxellois. Le nombre d’enfants en âge de fréquenter l’enseignement maternel devrait connaître une croissance de 18%. Pour l’enseignement primaire, elle atteindrait 26%. Les communes du Nord-Ouest et du Centre de Bruxelles seront les plus touchées.

Les écoles situées dans cette zone vont donc sans doute répondre à l’appel à projets qui sera lancé la semaine prochaine par la Région. Pour pouvoir bénéficier de l’aide de la Région, les pouvoirs organisateurs (PO) devront donc présenter un projet.

La plupart émaneront sans doute des communes, le PO le plus important dans l’enseignement fondamental bruxellois. Le budget sera ensuite réparti sur base de la clé 80/20 entre les écoles francophones et néerlandophones. En rendant leurs projets, les PO ne devront toutefois pas viser trop haut. Le budget accordé par la Région visera essentiellement des petits travaux de rénovation des bâtiments existants ou l’achat de conteneurs ou d’installations préfabriquées…

"Elles peuvent être d’une qualité suffisante", affirme Charles Picqué qui tenait d’ailleurs à accueillir la presse dans ce type d’infrastructure. "Et puis, poursuit-il, à la guerre comme à la guerre. On est confronté à un tel défi, qu’il vaut mieux ce type d’aménagement provisoire que rien du tout."

Le matériel préfabriqué n’est pas prévu pour une éternité. Quoique certaines installations du genre datent déjà d’une vingtaine d’années… "Je suis sûr qu’ils dureront longtemps", affirme le ministre-président sans davantage s’engager. Mais en précisant qu’il "faudrait éviter de donner le sentiment que les enfants sont accueillis dans du brol, comme on dit à Bruxelles."

"Mis à part un souci d’isolation sonore, nous n’avons pas à nous plaindre", confirme pour sa part Martine Van Lier. Sa collègue, Jacqueline Charon poursuit dans le même sens: "C’est vrai que ce ne sont pas des pierres mais c’est une bonne solution."

Temporaire ou durable?

Pourquoi ne pas investir directement dans des bâtiments durables? Pour la Région, la balle est dans le camp des Communautés. Et de rappeler qu’en mars 2010, la Communauté française a décidé de la création d’un peu plus de 4.100 places dans 11 communes pour un budget de 656 millions d’euros. Du côté flamand, la communauté et la Vlaamse Gemeenschapcommissie (VGC) vont investir un peu plus de 20 millions d’euros.

Si on considère les deux budgets, les communautés vont donc investir quelque 80 millions dans l’enseignement bruxellois. A situer en regard des 9 millions de la Région… "Les moyens que vont consacrer les communautés ne se concrétiseront pas assez vite", explique Charles Picqué. "Les 9 millions que nous apportons permettront au moins d’amortir le choc des prochaines rentrées."

La Région veut donc faire face à l’urgence. Jusqu’à induire le désinvestissement des communautés? "En prenant nos responsabilités, nous sommes d’autant plus crédibles pour leur demander d’investir dans du durable", assure Charles Picqué.

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