La rénovation du stade Roi Baudouin, une équation à plusieurs inconnues

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Selon ses initiateurs, le projet de rénovation du stade Roi Baudouin sera financé par les pouvoirs publics. "Pas si vite", dit-on à la Région bruxelloise où l’on renvoie la balle au Fédéral. Un scénario de partenariat public-privé de type DBFM est également sur la table.

Enthousiasmant sur le papier, le projet de rénovation du stade Roi Baudouin piloté par le tandem Union belge de football-Golazo (organisateur du Mémorial Van Damme) pose plusieurs questions, tant le flou règne sur ce dossier.

1. Le projet est-il réalisable?

La facture est estimée entre 150 et 200 millions d’euros. Une étude réalisée en 2017 par le bureau néerlandais The Stadium Consultancy sur une rénovation du stade en vue d’accueillir l’Euro 2020 chiffrait le coût moyen du siège à 4.226 euros, soit près de 170 millions pour les 40.000 places prévues par le duo. Mais le maintien de la piste d’athlétisme, combinée au respect des exigences de l’UEFA (liées à l’époque à l’accueil de l’Euro 2020) augmentaient la facture de 15 à 60 millions d’euros! Recalé, pour rappel, dans le dossier de l’Eurostadium sur le parking C, Ghelamco assure, lui, "qu’un stade moderne répondant aux exigences de l’UEFA ne peut pas être érigé sur l’emplacement actuel. Notamment pour des questions de visibilité et d’accueil des VIP.

Ce n’est pas l’avis de son concurrent Besix. Il y a deux ans, ce dernier a réalisé une étude interne fouillée prouvant, données techniques à l’appui, qu’il y avait moyen de rénover le Roi Baudouin pour moins de 200 millions d’euros, soit un stade de 50.000 places respectant les prescrits des fédérations sportives internationales. Il nous revient que Besix avait proposé à la Ville de Bruxelles, propriétaire des lieux, un contrat de partenariat public-privé de type DBFM (Design, Build, Finance & Maintain) à l’issue duquel il assurerait la gestion du stade en accord avec la Ville. Ce projet aurait pu accueillir des matchs de l’Euro 2020. C’était sous l’ancienne législature, lorsqu’Alain Courtois (MR) était à la manœuvre. La proposition avait reçu une fin de non-recevoir.

Aujourd’hui, la donne a changé. Tant le partenaire Ecolo à la Ville que le ministre bruxellois Guy Vanhengel (Open VLD, naguère pour l’Eurostadium), seraient prêts à soutenir la rénovation du stade. Contacté via sa porte-parole, ce dernier n’a pas souhaité réagir.

Seul bémol, de taille: vu la qualité du propriétaire, pareil chantier nécessiterait un appel d’offres public. Ce marché public devrait aussi être compatible avec le projet Neo visant à réaménager le site du Heysel (logements, centre de convention, centre commercial), lui aussi piloté par la Ville et la Région et concédé au consortium Unibail Rodamco-Westfield, CFE et… Besix. Les nuisances engendrées par le stade devraient donc être négociées avec ceux-ci. Au four et au moulin, Besix pourrait donc être un assembleur tout désigné pour aligner les deux projets…

2. Le politique est-il prêt à allonger 150 à 200 millions d’euros?

Le scénario qui précède, séduisant pour les finances publiques, pourrait se heurter aux desiderata des porteurs du projet. "C’est un investissement sociétal", disent-ils. Dans ce contexte, les pouvoirs publics sont-ils prêts à le financer comme le soutenait le duo Bossaert-Verbeeck? Il ressort d’un coup de sonde des différents niveaux de pouvoir que tout le monde n’est pas prêt à mettre la main au portefeuille. C’est le cas de la Région bruxelloise qui plaide pour un montage économique identique à celui prévu autrefois pour l’Eurostadium, à savoir un projet réalisé sur fonds privés, rentabilisé en partie par la présence d’un club résident. L’exécutif bruxellois n’envisage donc pas d’injecter de l’argent public dans ce projet qui n’est pas dans son domaine de compétences et renvoie la balle au Fédéral.

"Nous sommes ouverts à la discussion s’il faut compléter le budget en fin de parcours."
Le porte-parole de l’échevin des sports de la ville de Bruxelles

Favorable depuis longtemps à la rénovation du Roi Baudouin, le vice-Premier Didier Reynders (MR) estime que Beliris, le fonds d’embellissement pour Bruxelles, ou un autre organisme fédéral pourrait être l’une des parties intervenantes dans le financement. Pas opposé au principe d’un financement public, l’échevin bruxellois des Sports Benoît Hellings (Ecolo) rappelle quant à lui que de l’argent est déjà injecté actuellement pour l’entretien de l’enceinte et que cela pourrait dès lors continuer. "Nous sommes ouverts à la discussion s’il faut également compléter le budget en fin de parcours", ajoute son porte-parole. Enfin, le gouvernement flamand avait rapidement salué l’initiative tout en précisant qu’une éventuelle participation financière de la Flandre pour la rénovation serait tranchée par le prochain gouvernement.

3. Y a-t-il des précédents à l’étranger?

Un stade multisport dans lequel joueraient les équipes nationales, mais pas un club résident est un modèle qui n’existe quasiment pas en Europe. Les équipes nationales jouent dans différents stades – ceux d’équipes de clubs – et non pas dans un stade national.

Il y a deux exceptions: Londres et Paris. Toutes deux sont des gouffres financiers.

→ À Londres, le stade de Wembley (90.000 places) n’a pas de piste d’athlétisme. On y joue au football mais le stade accueille aussi des concerts. Reconstruit en 2007 pour 1,2 milliard d’euros, il appartient à la Fédération anglaise de football. En 2018, sa dette s’élevait encore à plus de 140 millions de livres. D’où l’idée de le revendre afin de se débarrasser de ce fardeau pour financer les infrastructures des petits clubs. Le milliardaire pakistanais Shahid Khan avait fait une offre de reprise pour 674 millions d’euros avant de la retirer à l’automne dernier.

→  L’autre exemple est le Stade de France à Paris (80.000 places) qui dispose de tribunes amovibles permettant de couvrir la piste d’athlétisme et de rapprocher les spectateurs de la pelouse. Exploité par le consortium privé Bouygues Vinci qui en a la concession, le stade est la propriété de l’État français. Un récent un rapport de la Cour des comptes lui suggère de le revendre car l’enceinte coûte trop cher au contribuable en raison d’un contrat de concession mal négocié. D’autant que l’État va devoir y investir 70 millions pour le rafraîchir en vue des JO de 2024. Le consortium, lui, se frotte les mains. Grâce son caractère multimodal (événements sportifs, spectacles), l’outil est rentable depuis 12 ans.

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