La Stib doit se préparer à rouler sur les rails d'Infrabel, selon plusieurs partis

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Ecolo, PS et DéFI plaident pour que la société bruxelloise de transport réfléchisse à l’exploitation du réseau fédéral qui sera ouvert à la concurrence.

L’idée d’un Réseau express bruxellois (REB) exploité par la Stib entre les gares SNCB de la capitale est en train de faire son chemin. Elle se conforte en tout cas dans plusieurs partis où l’on ne croit pas sérieusement que la SNCB a pour ferme intention d’augmenter son offre à l’intérieur des frontières régionales.

Ce week-end, Brieuc de Meeûs, CEO de la Stib, confessait à L’Echo qu’il ne voyait pas d’un mauvais œil l’exploitation par son entreprise du réseau Infrabel (le gestionnaire fédéral du réseau de chemins de fer) lorsque celui-ci sera ouvert à la concurrence.

"Je n’ai pas de religion, je constate simplement que la SNCB ne fait pas le job."
Céline Delforge
députée Ecolo

La libéralisation des chemins de fer pour le transport des personnes à l’échelle nationale est attendue pour 2020 et si un report de cette obligation européenne n’est pas impossible, plus personne ne peut l’empêcher. À terme, n’importe quel opérateur, privé ou public, pourra – sous réserves de contraintes techniques, administratives et financières – faire rouler ses trains sur le réseau belge. La Stib, en tant qu’opérateur public bruxellois, est naturellement bien placée pour lorgner sur le réseau ferré d’Infrabel et de mettre un terme au monopole de la SNCB et augmenter la desserte des 29 gares bruxelloises.

Bellot balaye

Les déclarations de de Meeûs ont toutefois été balayées ce week-end par le ministre fédéral de la Mobilité, qui exerce la tutelle sur la SNCB et Infrabel. "Mettre des trams sur le réseau ferroviaire bruxellois reviendrait à mettre des voitures qui tournent en permanence dans le rond-point sans en sortir, estime François Bellot (MR). Plus aucune voiture ne pourrait donc entrer, circuler et sortir du rond-point. Par conséquent, cela revient à séparer le réseau en trois: un bruxellois, un flamand, un wallon."

En d’autres termes, cette option reviendra à régionaliser le rail, selon lui. A priori, pourtant, rien ne s’oppose à ce qu’un nouvel acteur s’invite sur le réseau pour peu qu’il paye une redevance à Infrabel, "achète du sillon", dit-on dans le jargon ferroviaire lorsque celui-ci sera libéralisé. "Et du sillon, il y en a encore à Bruxelles", assure un fin connaisseur des chemins de fer.

"Il s’agit sans doute d’une réaction rédigée à la va vite sur un coin de table", ironise Céline Delforge (Ecolo), députée bruxelloise au sujet des déclarations de François Bellot. Elle est une des chevilles ouvrières du REB élaboré par Ecolo. "Je n’ai pas de religion, je constate simplement que la SNCB ne fait pas le job, explique-t-elle. Il y a deux solutions pour mettre en œuvre un REB digne de ce nom: permettre à la Stib de le réaliser ou passer un contrat avec la SNCB pour qu’elle roule pour le compte de la Région bruxelloise."

Au PS, on adhère également à l’idée de faire rouler la Stib sur les rails d’Infrabel. "Nous préférons la Stib à un opérateur privé, dit Ridouane Chahid, député PS au Parlement bruxellois. En attendant, il faut que des collaborations soient nouées entre la Stib et la SNCB pour préparer le terrain, mais aussi éviter que la SNCB ne se détourne d’une de ses missions essentielles pour Bruxelles, transporter les navetteurs de Flandre et de Wallonie."

Smet est contre

DéFI, membre de la majorité régionale, se dit également favorable à l’élargissement du réseau Stib. "Il faut d’ailleurs qu’elle s’y prépare dès maintenant", préconise Marc Loewenstein, député régional DéFI. Pour lui, peu importe que ce soit un opérateur public ou privé qui augmente l’offre intrabruxelloise. "Il faut être pragmatique", dit-il.

"Nous reprendrions ainsi une mission qui relève de l’État fédéral. Je préfère que ce dernier continue d’investir dans le réseau ferroviaire en Région bruxelloise. N’oublions pas que beaucoup des lignes évoquées partent vers la périphérie. Nous financerions donc aussi la Flandre."
Pascal Smet
Ministre bruxellois de la mobilité

Pascal Smet, ministre bruxellois de la Mobilité n’était pas disponible lundi pour commenter les déclarations de Brieuc de Meeûs. Dès 2016, il exprimait toutefois son désaccord. "Financièrement, ce n’est en réalité pas souhaitable, estime-t-il dans une réponse parlementaire de l’époque. Car nous reprendrions ainsi une mission qui relève de l’État fédéral. Je préfère que ce dernier continue d’investir dans le réseau ferroviaire en Région bruxelloise. N’oublions pas que beaucoup des lignes évoquées partent vers la périphérie. Nous financerions donc aussi la Flandre. Ce projet n’est ainsi pas à l’ordre du jour."

Pour DéFI, l’argument financier ne tient pas la route. "L’objectif est d’améliorer l’offre de transport public à Bruxelles, réplique Marc Loewenstein. Il y a différents moyens d’y arriver. Et l’avantage du rail, c’est qu’il existe et qu’il ne faut donc pas investir dans les infrastructures."

Quant au MR bruxellois, il se range derrière la fin de non-recevoir du ministre François Bellot.

Une trentaine de gares sous-exploitées

Le Fédéral a fait un effort en mettant sur pied une offre S préfigurant une desserte RER en Région de Bruxelles-Capitale. Mais cette augmentation reste largement insuffisante alors que la trentaine de gares qui équipent le réseau de chemins de fer de Bruxelles continuent d’être largement sous-utilisées, selon de nombreux acteurs régionaux, en dépit du bon sens, vu les temps de parcours particulièrement attractifs qu’autorisent ces infrastructures amorties de longue date, notamment entre le centre et le sud de Bruxelles, mal desservi par le métro. Ces performances sont par ailleurs peu connues et donc peu utilisées par les Bruxellois eux-mêmes.

Douze entreprises de fret

Cela fait plusieurs années que depuis Bruxelles, des voix s’élèvent vers la SNCB pour qu’elle étoffe son offre intra-muros. Voire qu’elle élabore une véritable boucle ferroviaire autour du centre de Bruxelles en connexion avec l’offre de la Stib. Devant l’inertie des chemins de fer, la Stib apparaît aujourd’hui comme un opérateur "rail" crédible alors que le secteur doit être libéralisé. À cette option, jamais sérieusement étudiée, s’oppose une considération logistique qui fut à nouveau avancée par le ministre de la Mobilité François Bellot (MR): le réseau en étoile qui dessert le centre de Bruxelles depuis les autres grandes villes. Les trains tournant en boucle à haute fréquence viendraient perturber l’entrée et la sortie des trains de masse utilisés par les navetteurs. Par ailleurs, la jonction Nord-Midi est largement congestionnée en heure de pointe, ce qui ne facilite pas l’élaboration d’un nouveau plan de transport bruxellois.

Infrabel n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Apparemment, aucune étude pointue n’est venue étayer l’impossibilité exprimée par François Bellot. Mais a priori, il y a encore de l’espace-temps sur le réseau ferré bruxellois. À noter: Infrabel réalise déjà des portions de voies nouvelles pour relier des entreprises à son réseau. Pourquoi ne pas le faire pour la Stib qui aura besoin de dépôts pour ses rames "REB"? Car le cas échéant, la Stib devra elle aussi s’adapter en commençant par acheter du matériel roulant autorisé à emprunter le réseau national. Elle devra également se faire enregistrer en tant qu’entreprise ferroviaire, une procédure qui peut prendre plus d’un an. Douze entreprises de fret circulent sur le réseau d’Infrabel, ainsi que trois entreprises de transport de personnes (la SNCB, Thalys et Eurostar), alors que le trafic international est déjà libéralisé.

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